19.11.2008
Vous ne rirez plus comme avant

Cette année là le retour du printemps marqua le commencement d'un autre changement dans mon existence et dans celle de mes comportements. Mes parents nourriciers élevés dans la tradition paysanne n'eurent point la moindre peine pour m' inculquer les rudiments et les plaisirs de la campagne. Mon village à l'odeur angevine, de la pomme acide, du trèfle des prairies, est éparpillé dans la nature sarthoise sur une terre plate mais noble, vallonnée, riche de ses sources. Autrefois pays de la vigne, il est courant au détours d'un bosquet, à l'entrée d'un chemin de traverse, de la côtoyer cette restante effluve du pieds de ceps et du sarments abandonné qui m'embaume encore l'imagination. Au village, il n'est pas rare de rencontrer un puits dans chacune des cours des maisons, en ces temps là le puisatier s'appelait Auguste Ribet. Tous ces gens étaient des travailleurs consciencieux dont l'âme était nouée dans la générosité qu'ils partageaient avec la nature, ils avaient une très forte connaissance des saisons, des métiers de l'agriculture, née de l'expérience et du fruit du travail bien fait, de la tache accomplie et personne n'aurait trouver à redire sur l'infortune de l'un des leurs. C'était une journée de vacance entre mille, un simple regard avait suffit, nous irions à la pêche demain matin à l'aube. Avec mon frère Jean Marc, tout l'après midi nous avions préparé et disposé dans la grosse boite à pêche, construite du bois d'une caisse de munitions, les hameçons, les appâts, les lignes de rechange, et les plombs. Il faisait encore nuit lorsque nous partîmes, le sac muselière sur le dos, le casse croute bien calé au fond de la toile, la gourde remplie de menthe, bien droite de peur qu'elle ne se renversa. La filange, l'épuisette, la gaule, la canne à pêche ficelée le long de la barre près du guidon. Nous avions rendez vous au Gravier, un lieu qui se situait à trois kilomètres du bourg. Au milieu du Gravier, plusieurs petits étangs tous garnis de gardons et de perches arc en ciel qu'un environnement propice et tempéré maintenait en parfaite autarcie. Comme à mon habitude, je suis tombé du vélo au moins trois ou quatre fois lors du passage des voitures, mon genoux tout ensanglanté, mais on ne pleure pas qu'en est âgé de 12 ans, on se considère un homme. Mes yeux alertés par les ronds dans l'eau faisaient baisser mes paupières endormies, là le dos argenté d'un gardon ou parfois la surface de l'eau teintée par le reflet d'une aile d'un poisson et je me secouais de l'endormissement. Nous étions à manger nos casses croutes quand je le vis arriver sur l'autre rive, je tirais un bout de mon saucisson planté entre mes dents tandis que je l'observais d'un œil attentif, mais sévère. L'extraordinaire apparition, que celle de cet homme sans âge, une silhouette sortie toute droite d'un roman de Balzac m'interpellait. Il piétinait sur place d'une perte d'équilibre, ses bottes de caoutchouc noir accentuant dans les claquements le fort déhanchement dont il était victime. Poussé par un secret instinct, l'homme nous observait, il ne semblait pas nerveux, le sourire constant aux lèvres, il gesticulait comme un pantin de bois qu'on aurait dit actionné par Geppetto et tout son visage était articulé par des tics impressionnants. Le brouillard tomba, et le jour se montra illuminant les berges de chaque côté et notre gaillard toujours là à nous mater. C'est ainsi que je fis la connaissance de Charlot G......, un travailleur de la terre qui se louait à la journée, un brave homme qui passa son existence dans la douleur et la souffrance, dans une époque où l'exclusion économique n'était pas encore de mise, mais l'handicap physique ou mental d'un être humain suffisait à la récréation de ceux qui dans l'innommable de la pensée sont des monstres indignes du droit d'aimer. La risée des coins de rue fut son lot quotidien, celle des fêtes de villages alentours, de foires ou comme bien de ses contemporains blessés de la vie, Charlot fut promu à l'encan œil au beurre noir pour les chanbouletouts et autres artifices des réjouissances, l'esclave d'un petit nombre pour l'attraction du plus grand nombre. Comment se regarder dans sa glace le matin quand la veille on a sali l'image d'un ange, je crains que l'on ne le puisse pas. Un jour on trouva Charlot dans sa maison, mort depuis peu, et l'on découvrit des asticots en très grands nombres dans ses bottes, sans doute parce que jamais au cours des dernières années, il n'avait pu se les ôter lui même ses bottes, parce que usé par l'handicap qui le minait depuis si longtemps. Alors ça a bien fait rire dans la contrée, et dans les quelques chaumières atteintes de phobies sociales, sauf moi avec quelques uns dignes de son humanité à Lui, et celle du droit d'aimer. Cette génération, ma génération a t'elle changé, pas vraiment, je désespère parfois de l'humaine humanité de l'homme.
12:04 Publié dans Mes écritudes | Lien permanent | Commentaires (34) | Envoyer cette note | Tags : poésie
12.11.2008
La douleur dans le mur

Je me souviens ... depuis le début de la saison les fenêtres sont ouvertes et les volets entrebâillés, ma mère a installé les bandes multicolores au dessus de la porte d'entrée. Je me souviens, c'est presque la mi-été de l'année 1967... et je suis âgé de 8 ans. Il semble que la terre brûle tant la chaleur est encore intense. Je me suis entouré le corps d'une longue branche flexible du Saul pleureur qui se trouve au beau milieu de notre cour. Je m'enroule et me déroule dans l'odeur de la feuille verte froissée, l'arbre bourdonne d'un essaim de guêpes. J'aime la chaleur du soleil sur ma peau, l'alternance du vent de fraicheur sur ma chair , je ne sais rien de meilleur que de m'absenter momentanément lors de ces petits plaisirs. Je me suis fait la promesse avec mes frères de ne pas nous aventurer trop près de la porte si par malheur ma mère trouverait de quoi nous occuper ! Je la revois traverser la cour ... elle n'était pas bien haute, combien pouvait -elle mesurer, oui 150 cm, pas plus de cela , cette petite bonne femme vêtue toute de noir, d'une agilité déconcertante, madame Bouzeau était notre voisine, elle est née en 1887. Il avait été décidé pour le midi en revenant de l'école , je ramènerais le pain polka de madame Bouzeau dont sa grande amie madame Fréale, mère de madame la boulangère me confierait. J'avais droit de tant en temps à la brioche, ce que n'appréciait guère sa fille ; allez Patrick cache ça dans ta blouse ! Le trajet n'excédait pas 50 mètres, mais mon imagination en avait jugé le parcours juste assez long pour en extraire de la croûte du pain tous les épis que je dégustais avidement, cherchant bien évidement l'alibi que je ne trouverais pas. Un samedi matin, j'allais avec mon père rendre la visite à madame Bouzeau, il était convenu que nous lui scierions du bois en prévision de l'hiver, Aline c'était son prénom, m'avait appâté ; tu veux gagner des aiguillettes mon Patrick ? Pensez donc ! j'en avais pas dormis durant deux jours et les miens qui ne voulaient pas me dire ce qu'étaient des aiguillettes. Je m'y rendais les après midi et j'étais heureux. Parfois je l'observais actionnant la pompe du puits, j'aimais lorsque qu'Aline passait la main dans la bassine d'eau, ah ! La gestuelle du rinçage de la bassine, avec qu'elle méticulosité elle s'y prenait, il faut en profiter disait-elle tant que l'eau n'est pas encore dégourdie ! Son petit corps était enserré dans d'étroites bandes noires des pieds jusqu'au bassin qu'on aurait dit un papoose et je me posais la question si elle se lavait le corps et surtout si elle se déshabillait le soir pour se coucher dans son lit et comment s'y prenait elle pour aller aux toilettes. Je m'étais mis d'accord avec Aline, j'arracherais l'herbe du jardin, j'arroserais les planches de légumes, et je rangerais le bois dans l'appentis. J'étais à mon ouvrage depuis une semaine, libre de mes actes allant du jardin aux dépendances, j'admirais les outils du temps de jadis, quand soudain j'entendis un cri qui déchira mes tympans, je lâchais le tout pour m'aventurer dans la maison. Aline était planté dans le mur attenant près de la table, enfoncée en un creux qui épousait parfaitement la cambrure de son corps, son visage ressemblait à de la cire d'abeille, jaune, les traits tirés d'épouvante. La crise dura dix minutes, Aline se jetait dans le mur, en ressortait, se rejetait dans le mur avec une telle violence que je pris ses mains osseuses dans les miennes, et mis ma tête sur son ventre, quand elle se fut calmée, je détallais vers notre maison à fond de cale cherchant mon père qui accourut aussitôt secourir la pauvre femme. Personne ne m'avait averti du calvaire d'Aline qui durait depuis plus de vingt ans, elle souffrait le martyr. Prise de compassion pour moi, Aline me passait tout, de la tasse à laver dans l'évier c'était déjà l'époque de mes tocs ; laissez le ! Gilbert ! Patrick est comme moi, il a la goule fine, je ne sais plus comment j'en était arrivé à tutoyer Aline, mais mon père outré, dû l'admettre, Aline lui rétorqua ; nous on se tutoie avec Patrick ! Elle m'avait aimé parce que je l'avais aimé dans sa souffrance, c'est ainsi que durant de longues années encore, puisque Aline mourut à l'âge de 96 ans, je partageais un dialogue constructif fait de souvenir du siècle passé et les choses du moment. Chaque midi , les jours où j'étais pour l'aider, j'assistais impuissant à son calvaire, aujourd'hui j'approche de mes 50 ans et je n'ai jamais oublié cette femme courageuse et si digne, les aiguillettes, oui il faut que je vous dise, les aiguillettes étaient une grosse pièce de cinq franc en argent, il m'en reste encore quatre que je conserve très précieusement. Je vous remercie chère Aline d'avoir bien voulue être mon amie ...
Les aiguillettes d'Aline ...
12:00 Publié dans Mes écritudes | Lien permanent | Commentaires (51) | Envoyer cette note | Tags : douleur
03.11.2008
Le sable d'espérance

Le sable d'espérance
Que trouver de moi dans les cimetières aux dalles de granite, l’écorce de l’obéissance si éloignée de ma raison ? Oui l’âme encore verte d’amour dans l’odeur de la résine sous le moelleux du sable bleuté et frileux. J’y viens certes mon jour pour respirer l’ivresse subtile des âmes nouées, ici de cette terre riche qui m’a éduqué, façonné à la passion. La tombe m’invite comme une promesse à tenir et le socle de Dieu me laboure l’âme en un sillon parfait. Humant la friche du fond de ma mémoire, je mesure les regards oubliés, la voix voilée reconnaissable entre toutes. Foule immense, l’haleine si hardie dans la mort, la phrase épineuse qui mendie, la bouche d’argile qui me livre de sa lèvre l’imagination du doigt.
Sous l’ovale du verre la photographie vieille interpelle le dégel de mon existence qui frissonne. Ô Dieu ! Mon Dieu ! J’aime en grappe les boutons de fleur dans la violence de la chose abandonnée, dans la suavité fugitive, j’aime la brindille qui casse.
Non, la porte du cimetière n’a pas vraiment changée, elle est là depuis si longtemps. Les portes des cimetières ont une âme mais pas d’ancêtres et leurs mouvements sont faits de ceux qui vivent et sont nés ici. Le sable de mon cimetière est souple, de joyeuse humeur et vivace, qu’elle belle destinée pour cette terre née des carrières. Cette couverture de soleil qui recouvre le sommeil des incertains craque sous mes semelles accablées dans un bruit fin de sollicitude. A l’entrée, les tombes des petits anges nous accueillent dans le chagrin de ceux qui ne purent creuser plus haut. Sur la gauche, la tombe de mon ami M … Qui préféra le fusil à l’espoir, toi mon ami à l’âme impulsive, tranchante comme le sabre, tu me souriais, moi je m’efforçais entre ma prière et ta colère du vivre de te démontrer la capacité du don d’exister. Mes yeux, je les laisse longtemps appuyés contre la pierre sculptée, je mime d’assentiment par les distances la date d’approbation, il est agréable le vertige des biographies écrites. Vers le haut à droite du cimetière, mes paupières mangent dans un mouvement doux et heureux le sommeil de Marie France ma petite camarade de l’école publique 1959-2004, son visage sur la photo n’est pas éteint. Dans l’allée centrale, des souches de bois venues des entrailles du monde souterrain soulève la vérité d’un tombeau dont les noms des habitants sont effacés par l’usure. Mon regard arbore le contentement des alignés dans l’ultime acceptation des plaques, l’identité du chrysanthème comme appartenance territoriale.
Voici la tombe de mon père nourricier, un brave qui diminua la honte de mes géniteurs, un homme comme les autres dont les gestes paternels ont fait l’efficacité de mon histoire. J’ai son image sous les yeux, son oeil si malicieux prêt à héberger la misère d’où qu’elle vienne, mon père aurait donné sa charité jusqu’à sa dernière sueur, celui qui me critique c’est qu’il pense à moi avais tu coutumes de dire mon ami. Il existe ici un petit vent prudent et pacifique, sa froidure éternelle me rapporte les chuchotées pour l’avarice des rumeurs qui ne viennent plus. Je ne renonce jamais, j’enveloppe toutes ces raisons disparues, il existe en moi l’image un peu brouillée d’un mur du souvenir, et je crois même connaître toutes les cendres du lieu. Me voici devant la tombe de mon ami Alain…. mon camarade, mon copain de l’école publique des garçons, jamais je ne quitte cet endroit sans venir prier sur la dalle de ce frère disparu tragiquement dans un accident de la circulation routière en 1986. Nous sommes âgés de six ou sept ans, je te revois avec ton manteau de laine et ce fameux bouton sifflet …nous sommes en sixième, le professeur monsieur Volette me dit : Patrick ! vous lisez à la perfection, faites lire votre camarade Alain, tu avais probablement une dyslexie, je me souviens de la bibliothèque verte que je rapportais en classe, tu commenças de lire 5 lignes, ensuite 10 lignes et moi d’aller fayoter, monsieur ! Alain y arrive ! C’est ainsi que plus tard j’appris à lire à René, et à Jean Jacques qui ne pouvait pas lire le tableau d’affichage de l’usine, et ensuite tant de demandes de lettres écrites.

Le Jardin du souvenir

Je referme la porte du cimetière, ma pensée mutilée scrute l’insondable.
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20.10.2008
La petite Fernande est morte

La petite Fernande est morte …
Souvent … Dieu me lance un regard de côté à travers son ciel bleu, ainsi la disparition du rythme me laisse presque dépouillé, anéanti, pourtant je ne me sens pas desséché par les froidures du temps, d’où vient alors cette impression que ma conscience n’a pas encore fait tout son chemin jusqu’à ta volonté ! … je refuse obstinément de me considérer comme une représentation déterminée de Toi mon Dieu, j’exige ma liberté, je ne veux pas me disséminé image réflexive d’une écritude de Toi, je suis ta petite bactérie insignifiante, toute juste salivée de l’index de l’ange, l’ivresse collée, fécondée sur l’unique marque page de ton livre universel … je n’oublie pas, jamais … c’est l’été 71 (j’ai 12 ans), le soleil me baignait de sa force, de sa chaleur brutale et mes yeux forçaient le paysage comme le désert qui ondule par une volonté inébranlable de partage, j’étais vraiment absorbé par les ondulations comme à travers la flamme d’un feu. Elle était là, de l’autre côté de la route, juchée haute sur la branche d’un arbre et elle m’observait tandis que l’odeur du vent me pénétrait. J’étais heureux. Elle ressemblait étrangement aux petites filles dessinées sur les boites à sucre. Il n’y avait, entre moi et cet arbre modeste, qu’une longueur d’attendrissement de la créature indécise. L’ombre des branches flottaient légères et je sentais, m’envahir d’une mystérieuse surveillance de mon obscur créature. Je n’avais donc plus le choix, il me fallait puiser dans ma réserve secrète la tentation de l’aborder. Elle sauta de toute sa hauteur d’un bond qui me stupéfia, ses cheveux étaient mi- longs, gras et sales, son visage était beau, elle portait sur les joues la trace d’un sanglot renouvelé. La fille était vêtue d’une robe bleue passée qui ne lui descendait pas la cuisse, parsemée de petites fleurs blanches, et elle était pieds nus. Elle, les jambes toutes griffées des branches et des ronces, ses pieds meurtris des coupures étranges des enjambées du mur qu’elle escaladait avec une adresse déconcertante. La fille était là devant moi me jaugeant méticuleusement, son petit corps malingre, alerte par petites saccades me parfumait d’une odeur de muguet que l’on aurait dit médicamenteuse, puis son large sourire enveloppa nos deux haleines quand spontanément elle me parla … tu es Patrick toi ! … bin mince alors ! tu connais mon prénom ? moi c’est Fernande, j’ai 11 ans ! tu sais je vais mourir moi ! … bin mince comment ça tu vas mourir ? j’ai un cancer du sang …mon père m’a dit que tu avais eu un cancer du dos toi ! … Non que sa voix se fût abattue comme une révélation inacceptable, cette voix chargée du cristal, mais que sa sonorité invisible ait aboli le temps en moi, j’étais désespérément abattu. Je réagis souvent de la sorte quand le sol se dérobe sous mes pas, comme si l’univers qui m’entoure m’avalait, m’absorbait, alors mon âme se blottie en se dilatant dans mon présent, et ma raison loin d’être effacée, se conjugue, et mon cœur, ma pensée s’emmure de tout ce qui m’entoure. Fernande se moula en une danse inconnue, tandis que ses deux mains crasseuses emprisonnaient déjà mes joues chaudes, elle colla sa bouche sur la mienne, ferma les yeux et s’enfuit escaladant le mur qui nous séparait de la route. Jeannot nous avait épié de la fenêtre, il me dit … tu as fais la connaissance de Fernande Patricius (l’oncle me charriait, je me prenais pour un soldat romain), elle est atteinte de la leucémie tu sais ! elle n’aura pas ta chance Patrick !. Je n’ai jamais oublié ce mois de juillet 71, ni celui de 72, ni celui de 73 … pas là Fernande m’dame ? elle dort Patrick ! Nous jouions quelques jours espacés des visites à l’hôpital, à ses retours Fernande redevenait crade pour mon plus grand plaisir, notre complicité n’avait plus besoin des phrases, ni des mots, seuls nos yeux, nos paupières, nos joues jumelées des boues des larmes se conjuguaient.... Juillet 74… les dernières vacances… Jeannot … Fernande est morte … patati et blablabla … moi je suis tué encore … je n’oublie pas, jamais… jamais …
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13.10.2008
Le jour où je devins Hector

Le jour où je devins Hector …
De la genèse de mes tics à l’origine de mes tocs …
Mon Dieu ! ... cette nuit ou plutôt ce matin vers deux heures, j’ai cru que je n’étais qu’une circonstance extérieure à ton décor, puis l’idée c’est défragmentée en un je ne sais quoi d’intérêt d’approximation… il faut que j’évite de me disperser dans ce morceau de déchirure qui s’accumule en expression destructrice, oui vraiment il le faut… 1965 (j’ai 6 ans) journée d’été, chaude, pleine de guêpes, mon Dieu que les distances sont longues dans la tête d’un enfant, je n’aurais pas cru l’allée du jardin aussi courte, si démesurément courte … le jour où je devins Hector, je me souviens, la veille j’avais procédé à l’enterrement de la poupée de Pascaline (elle avait crevé les yeux bleus de sa poupée) j’en avais profité pour enterrer ma grue rouge (c’était l’époque où j’enterrais tout) … C’est arrivé un midi après l’école, direction les chiottes dans la cour, j’en avais fait mon quartier général, c’est en ce lieu peu ragoûtant que je prenais toutes mes décisions, mes missions, j’étais le lieutenant Rip Master et les chiottes Fort Apache (Rintintin, oui je sais c’était un peu nul), ensuite je me rendais au fond du jardin ou je reniflais le seringa (j’adorais) , delà je me scotchais devant la cabane des lapins où vivait Hector, j’aimais profondément Hector, son petit nez qui bougeait avec une rapidité déconcertante, soudain ! je fus pris du même vertige, de la même gestuelle, tandis que j’entendais le « A table Patrick ! A table ! … bin qu’est ce qui t’arrive mon gamin ? dit ma mère… toute la tablée riait aux éclats, elle ne savait pas encore qu’Hector était entré en moi ! Bin t’a perdu ta langue rétorquait mon père ? je ne parlais plus, sauf d’une étrange gymnastique du nez et de bouger la tête de gauche à droite, bien sûr ce jour là je subis une analyse en règle, la bouche, la gorge, les narines, jusqu’aux fesses, va savoir dès fois que … j’ai tout compris le lendemain (la maîtresse s’était inquiétée, moi qui chaque instant avait le traquet disait-elle, la pompe à questions, et pourquoi ça et pourquoi ci)… chez la doctoresse Kardoz …alors mon bonhomme ! Tu as mal à ton pied ? tu as mal à ton dos ? (Gustave Roussy), tu vas te fatiguer à faire comme le lapin ? et patata et patati et blablabla… mon tic disparu un an plus tard, sûrement le jour où Hector a fini ses jours dans la cocotte ! (je n’aie pas mangé d’Hector ce jour là) … l’année suivante, je n’aurais jamais dû aller au cirque Zapata, c’était la première fois que mes yeux croisaient une girafe, mon Dieu !... j’étais devenu une girafe avec mon cou que je tirais, que je tirais démentiellement … cette fois s’en fut trop pour mes parents nourriciers, ainsi le lendemain traitement de choc … ma boite de granulés marron (qui ressemblaient étrangement aux granulés d’Hector) 3 cuillères à soupe matin midi et soir suivi d’une bonne cuillère de sirop Phénergan devant la tablée qui salivait à me voir me droguer, allez vous étonner après ça que les pharmacies ne désemplissent pas ! Plus tard vinrent les années tocs, les tics ayants laissés la place aux tocs… mes pas sur la route, les bordures, les pavés (pas tous, ceux de mes tocs), les lavages des mains, les douches, les re-douches, les fermetures de portes à en casser les poignées, jusqu’aux bouteilles de gaz que j’ai fini par virer, les draps de l’amour, jusqu’à ce que je comprennes par le psy que mes tics étaient une récupération vers l’animal qui lui ne m’avait jamais fait de mal et que mes tocs étaient ma sécurité, je me lavais du mal que l’on m’avait fait, je me sentais sale … Aujourd’hui ils m’accompagnent toujours dans mon existence, je les aient ou alors ils se sont intégrés à mon handicap, va savoir dès fois que ! … pour sûr que je ne montrerais plus mes fesses pour une confirmation …
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09.10.2008
La Foi
La Foi
Toutes joies de vivre disparues
L’amour s’abandonna et quand il ne fut plus
L’existence seule désormais s’acharna
Incapable de relever la ride qui s’affaissa
On ne le revit plus dans l’odeur des feuilles
Ni dans l’herbe tendre, ni dans la ronce des roses
Mais il fallait soit mourir ou continuer l'écritude
De plus en plus sec son cœur se dessécha
Puis, revint dans la première douceur d’une haleine
L’assemblée des phrases, dans les hautes volées
Mots mouvants, volants des papillons
Qui fécondent les buvards où les virgules
Comme les étourneaux, cris des inaccessibles confettis
Jusqu’à la main d’encre tendue où se pose le point
17:42 Publié dans Mes écritudes | Lien permanent | Commentaires (30) | Envoyer cette note | Tags : mes poésies, mes écrits
05.10.2008
A propos d’une journée de merde

A propos d’une journée de merde…
Mon Dieu donne moi la force, cette époque est trop dure pour moi, j’espère que la suivante sera plus humaine, je suis armé pour affronter la grande souffrance, de quel prénom pourrais-je me raisonner ! mon fils ? mon fils ne sied pas à la tache, Annabelle dit : allez ma fille ! faut y aller ! ma fille ça va fort pour Annabelle et pour toutes les autres du reste, difficile pour moi de dire allez mon fils…. ça ne se fait pas, je suis un homme, puis zut ; non je suis un gosse ! c’est dingue je n’ai jamais considéré ma fonction d’Homme qu’à travers ma singularité enfantine … le Christ s’appelle lui même le Fils de l’Homme, il faudra un jour que j’analyse ce Fils de l’Homme ! même Hitler, Napoléon ou César ne se sont appelés Fils de l’Homme ..... Ce matin dans l’haleine suffocante, infecte et alcoolisée de R…… ( nous ne nous serrons pas la main d’un commun accord, mes tocs me l’interdisent, je suis obligé de me laver les mains 50 fois et en ce moment mes mains gercent, s’il s’assoit chez moi je désinfecte aussi la chaise, ensuite la poignée de la porte, je sais c’est bête et dangereusement scandaleux ), nous avons parlé de Marc, du suicide de Marc la semaine dernière…. je revois Marc, une stature de marin, là assise à ma table, épave flottante du bateau à quai, deux phares éteints comme autant de marées inquiètes qui me supplient, j’entends encore sa voix : je n’ai aucun droit de me plaindre face à toi Patrick, et blabla et blabla ! moi de lui redire que la souffrance est multiple, unique, à la fois aveuglante ! j’en profite pour rappeler à R…… qui pue le phoque en rût, le suicide de P… , aveugle de guerre qui s’était tiré une balle de chevrotine dans la tête, il ne s’est pas vu mourir je termine ma phrase, ça fait rire R…… à gorge déployée … je sais c’est vraiment vulgaire, dégueulasse, mais j’ai droit, je suis moi.... puis il y a Henri, l’ami de Mimi qui s’est jeté sur le rail de chemin de fer … j’avoue que tous ces drames me collent une quantité d’indigestions incontrôlées, mon estomac étant mon meilleur thérapeute.... cette journée serait une journée de merde, et toi P…., toi Marc, toi Henri vous m’emmerdez ! .... c’était sûrement écrit dit Annabelle…. Bof !!!
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03.10.2008
La petite afghane

La petite afghane
Sa bouche rose acidulée, veinée de vert pâle
Elle, assise sur la marche, goûte la triste mesure
Tandis que la bigarrure, la honte tache sa pensée
La ride emprisonne la spéculation de son visage
Le bleu de ses yeux océan où passe les nuages
Avant que ne l’aient bue, la terre, le ciel, les orages
Je m’invite, seul dans le nœud coriace de sa solitude
Mon haleine exerce mon tourment, brise ma paupière
Augmente ma révolte en une poche garnie d'ivresse
En grappe du ricochet qui esquisse mes cristallins
Sa décision était prise, elle ne lèverait plus son voile
C’était sa promesse, elle tiendrait tête aux cabillauds
Des calligraphies autistiques, des madrasas obscures
Longtemps, elle avait été le bouzkchi des mains sales
Cils après cils, son grillage s’ouvrirait pour les voyages
Où drainent les idées, pas de souffrance, chaleur du sable
À grands flux où germent les mémoires profilées, elle irait
Elle écrirait de nouveaux versets venus des enjambées
Elle emporterait le buvard sans édulcorant devant ses juges
Mais elle savait son temps compté sur l'estrade sportive
La balle qui l’a ramasserait serait- elle née du père ou du fils
Bientôt dans la clameur de son jeune âge, elle l’apprendrait là
La bouche rose acidulée, veinée de vert pâle, elle espère lasse
14:15 Publié dans Mes écritudes | Lien permanent | Commentaires (18) | Envoyer cette note | Tags : mes poésies, mes écrits
01.10.2008
A mon Annabelle

A mon Annabelle …
Le long des berges du Loir
Où ondulaient les reflets doux
A l âme sourde, sommeillante
De la rive saoulée des frondaisons
La rumeur enfantine, la fille de l’air
Déshabillée en sa chair lait cerise
Elle, fraîche toute gluante de naissance
Qui germait là, terre nubile frétillante
Sous mes timides regards élastiques
Elle huma la faim de ma paupière triste
Et l’eau de mes yeux se déchira aussitôt
Comme une brusque hémorragie orgie
L’habile intruse avala ma lassitude
Me détendit de toutes mes tiédeurs
Puis, à coups de jouissances répétées
Me projetant à la faveur de l’habitude
Une exhalaison forte des rosées perlées
Puis les frétillements mûrs de notre refuge
Dans la certitude de nos deux corps nus
Bandés au fur à mesure de leurs besoins
Elle, rejetant les miens trop encombrants
L’amour émouvait notre couche végétale
Ourlant notre peau en vibrance de lumière
Tandis que le crépuscule caressant le Loir
Commençait à s’insinuer dans notre mystère
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L'enfant au pied cassé

L'enfant au pied cassé
L’enfant au pied cassé
Se relève dans ses rêves
S’envole dans l’air parfumé
Dans les sentiers parsemés
De ses rires avortés
L’enfant au pied cassé
A le cœur enrhumé
De tant d’années passées
Dans la poussière du placard
Dans les excréments des cafards
L’enfant au pied cassé
Est enchaîné dans son passé
Sa vie défile dans son miroir
Qu’il voudrait une fois traverser
Une seule fois, et puis danser
L’enfant au pied cassé
A le cœur gros, a le cœur lourd
Il tend les mains à l’amitié
Il tend sa vie à l’infini
Il donne tout à ses ami(e)s
Fanzesca
Pour te remercier de ton affection, de ton amitié, de ta présence, de ta compréhension, de tes réconforts, et pour consoler l'enfant qui à trop souffert, que l'on a envie d'embrasser, de serrer fort et de réparer.
Je t'embrasse fort mon Pat
Ta matelote en paix ce soir,
Grâce à Fiona qui est passée par là
Merci beaucoup ma chère matelote pour ce cadeau poème qui me touche. ( Pour cette note offerte par ma matelote, j'ai retrouvé une photo de moi, je suis âgé de 6 ou 7 ans et ça n'allait pas du tout à cette époque et pourtant ça ne transparaît pas sur mon visage).
09:31 Publié dans Mes écritudes | Lien permanent | Commentaires (19) | Envoyer cette note | Tags : mes poésies, mes écrits































