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06.02.2010

Rétrospection de 15 jours


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J'aurais voulu

 

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Il est bon que je sois resté ici seul quelques jours. Il est vrai que je vis de manière constante dans votre familiarité, dans celle de votre blog, de votre être comme si c'était la chose la plus simple du monde. En écrivant ces lignes, j'ai conscience du poids de leur portée, mais comment parler de moi, de mon blog à qui il suffit de disparaître pour que l'incroyable vide de l'absence se produit en vous. Quelque mouvement bouge au fond de mon écritude, petit germe d'encre qui, de note en note, conserve l'empreinte de mes sentiments et où mon âme se dépouille de ses écorces. Vos blogs rayonnent toujours du même feu et j'en viens à découvrir votre présence dans le pli de ma terre, avons nous bien conscience alors de la richesse de ces instants d'intimité. Je lis chez vous des terres opprimées, labourées dans l'autorité indiscutable de la vie. L'absurdité demeure toujours à mes côtés jusque dans mes moindres haltes, pauvre mobilité d'épouvantail. L'absence doit-elle donc entraver inéluctablement la marche vers le bonheur. Mais votre présence m'est douce, et je ne puis longtemps vivre loin d'elle. Et puis il y a les écritudes vivaces, celle de l'insoumise, son ciel est étrangement doux, chargé des parfums de la révolte, ce lieu asservi est devenu désormais le mien. Il y a celui de Patounette, le blog de Fiona vibre sur les arpents de terre, chemin de marche à travers la recherche de la conviction. Celui de Mimi, clameur d'amour et cherche à étouffer la phrase qui se bouscule. D'autres blogs où la pénombre entre la page et le buvard est si épaisse, à peine repoussée par la plume qui laisse échapper de fines taches de désorientation. Et puis il y a tous les autres blogs, entassés les uns dans les autres dans les réseaux de résurrection plus ou moins souterrains que le vocabulaire a mis à votre disposition. Et puis il y a tous les autres blogs qui n'existent pas encore, celui de Naik, parce qu'il y a la souffrance qui lui interdit de se poser sur la page, simplement sa plume manque t-elle un peu de sève afin de supporter en avantage le poids de la douleur. Et puis il y a tous les autres, les autres comme c'est un vilain mot ! Ces autres dont nous ne partageons pas l'entièreté en chacun, promesse pour le futur tant la réponse me paraît évidente, écrire, lire pour se conjuguer, vers cette éternelle fécondité que le Maître du jardin nous enseigne et que nous ne savons pas encore tout à fait saisir. Saisir votre âme par ma main comme si je voulais la tirer du rêve, du cauchemars dans une de mes notes, petit rayon de lumière perçant l'ouverture. Et puis il y a ma mère nourricière dont les douleurs d'os et de muscles se plantent dans les miennes, je sais maintenant qu'une promesse en exalte une autre, vous verrez quand vous serez vieux ! Ma mère à l'âme sanguine, elle ne se plaint, ni ne plaint personne dans nos circonstances communes, je crois qu'elle prend la fuite dans la compréhension de sa destinée. Et puis il y a la tendinite de Bernard, il a ausculté mon ordinateur, il est mort l'ordinateur et c'est sans appel car là encore il n'y a aucune injustice de la matière sauf une application de lois subtiles qui met en évidence l'image de la mort omniprésente. Et puis il y a Abel Roy qui est malade, une grippe qui le tenaille depuis trop longtemps, Abel insuffle la vie dans ses pinceaux, lui sait pourquoi et comment insuffler la vie dans ses pinceaux, là sur la toile où réside la difficulté, là où ma poésie jaillit d'elle même de ma plume, mais ne parvient pas sur le chevalet où éclosent travesties mes images toutes habillées d'arrières pensées. Et puis il y a mon amie Élisabeth qui a fait un malaise hier, je vous souhaite un prompt rétablissement ma chère Élisabeth. Et puis il y a cette fâcheuse histoire de malhonnêteté des salaires pour les hommes qui nettoyant le camps militaire, en sont rémunérés au dessous du smic depuis une boite louche dont le siège social est en Allemagne. Et puis il y a ce temps exécrable, cette eau qui tombe sans discontinuer, on a besoin d'eau qu'ils disent, ça meuble la terre et la conversation. Et puis il y a la rumeur, la calomnie comme un murmure parcouru dans l'assemblée communale et en son sommet le silence chez lui, qui s'installe, ponctué de temps à autre par quelques raclements glaireux dus à l'haleine âcre des salives pestilentielles. Et puis ils y a ceux que je déteste ici chez nous, ils se reconnaitrons pauvres fous !

22.01.2010

L'homme aux Valdas


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C'était au tout début de l'année de mon passage au collège. Lui, il restait là debout planté, perdu dans cette immense rigolade dont il était la source, avec une sérieuse envie de pleurer. C'était la première humiliation infligée à un homme qui me fut donner de vivre cruellement. On l'appelait l'homme aux Valdas, il était tout étriqué, les cheveux hirsutes, le visage fuyant et son nom était monsieur Lechat. Je me rappelle encore, du haut de l'estrade, monsieur Lechat nous enjoignait à tour de rôle de nous lever, il vérifiait nos noms, nos prénoms et nos dates de naissance. Puis vint mon tour, je me levai pour répondre : Patrick Delaplace né le 7 aout 1959 à Paris ! Alors se fut une explosion de rire de toute la classe, naturellement tout ce petit monde me connaissait en mes questions rhétoriques et de franches réparties et de rigolades en tout genre, j'étais ce que l'on appelle un enfant clown. La nouvelle avait fait grand bruit, les enfants comme souvent devancent les adultes en bien des points, ce professeur puait de la gueule. J'en voulais à la vie d'avoir affligé à cet homme une étiquette aussi monstrueuse, oubliant sans doute en cet instant que l'intéressé lui même devait en souffrir. A chaque récréation, les enfants s'esclaffaient en des rires obscènes, les professeurs aussi riaient, sans doute pour ne pas laisser deviner leur ignorance se perdre. Pour autant que je me souvienne de son visage, monsieur Lechat ressemblait étrangement à Pierre Bachelet le chanteur, un long nez coulant toujours embarrassé par une rhinite chronique et deux lèvres babines qui épousaient une incroyable mâchoire et qui semblaient vouloir accepter la paternité de ce regard humain, fait d'intimité et de pudeur. C'était bien pratique la Valda, monsieur Lechat, la plaçait dans le coin de sa bouche et il la laissait fondre, il pensait à tort que les effluves d'eucalyptus trahiraient sa mauvaise haleine, mais il n'était qu'un pauvre diable emmuré dans l'hilarité insolite de tous ceux qu'il amusait par leur incongruité. Monsieur Lechat avait une voix douce, presque fluette, à peine avait-il franchi l'estrade à son bureau, il redevenait la risée de la classe. Le pauvre professeur courbait l'échine comme un homme que l'on tyrannise, avec cependant cette assurance surprenante qui émanait de lui comme une sincère sympathie, l'intimité de monsieur Lechat s'était éparpillée telles ces fleurs grainées sur lesquelles on souffle pour connaître notre destin. Lui, le sien de destin était tout tracé, il goûtait intensément les minutes de son métier, peut-être même qu'il se forçait à vivre prévoyant la riposte qui suivrait nos rires et notre insolence. Monsieur Lechat était de ces professeurs qui aimaient le contact avec l'élève et il était naturel de le rencontrer sur telle ou telle table à instruire, à éduquer avec cette passion qui travaille à plein régime. Un après midi j'approchais sans grande conviction ma page dont je m'efforçais à comprendre les hiéroglyphes et c'est là que je connu réellement monsieur Lechat. Il s'approcha de moi, s'assit sur le banc d'à côté, il avait un visage fin, plein d'eau de larmes, du moins très intéressant, la bouche sur le côté comme si elle n'avait pas de force, une bouche qui fuyait, j'aurais aimé la voir sourire. Cette bouche qui avait faim d'humanité et qui voulait s'offrir en partage de l'autre, se refusa et s'ouvrit sur moi. Alors tout changea, monsieur Lechat avait une haleine de sardine, de hareng saur, une épouvantable odeur à me ôter le souffle m'environna et bloqua ma respiration, je tombai dans les pommes. Quand je me remis, monsieur Lechat me regarda, les yeux un peu troubles, il caressa ma joue d'une main qui tremblait légèrement et murmura à mon oreille : Patrick ... Patrick ... vous allez bien ? Je fis comprendre à monsieur Lechat que nous n'étions pas responsables de nos maladies, de nos souffrances, ni même du nom qu'elles vous imposent. Vivre ou survivre exige que l'on doive suivre un long chemin sur soi même, parfois par les voies les plus tortueuses, car l'humain souvent odieux, oublieux de lui même s'absente toujours dans une mobilisation générale dans la comparaison avec autrui et autrui est notre frère, notre sœur. Je n'ai jamais oublié votre regard, votre visage heureux en cet instant d'échange monsieur Lechat, je crois bien que ce jour là vous vous êtes découvert en moi une véritable amitié.

19.01.2010

Tit Jules est parti

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Ma chère Isa,

 

Maman de Tit Jules

 

La douleur, la souffrance, la maladie, l'handicap, tout cet ensemble participe inévitablement au déroulement de la vie et chacun peut s'interroger, accepter ou être en colère. Pourquoi ? Nous ne pouvons répondre à ces questions véritablement qu'au travers du témoignage vécu. En effet le vécu est le résultat de chaque expérience. Tit jules a témoigné, éclairé d'une lumière nouvelle la condition de l'enfant, de l'homme dans ce qu'il y a de plus dramatique, l'altération du corps, de l'organisme et il a tenu mystérieusement caché sa douleur dans la véracité toujours de sa bonne humeur, car il ne se plaignait jamais. Tit Jules a apporté une contribution d'importance à la compréhension de la misère humaine, dans son interprétation, parce qu'il était un petit être animé d'énergies multiples et que la richesse de sa vibration a propulsé les uns et les autres sur un chemin de connaissance à la portée de l'humanité souffrante. Tit Jules a amené chacun à une plus grande conscience de son devenir. Après notre petite Fiona, notre Élisa, voici notre Tit Jules entré dans l'universalité.

 

Je salue sa famille, ses amis avec une profonde émotion et je leur prie d'agréer mes salutations les plus respectueusement attristées.

 

Pat ♫♫♫♥♥♥

16.01.2010

Tremblement de terre en Haïti

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Quand je m'éveillai ce mardi 12 janvier un peu après 6 heures, me levai et allai dans la cour, il y avait un fin voile de rosée comme du coton sur les toits de l'église et les maisons étaient enveloppées de brume blanche. Il y avait un petit vent vif, une fraicheur dans l'air et l'odeur de pain frais de la boulangerie Meunier. Debout à mon portail, regardant les gens où les conciliabules sortaient de bouche en bouche, les visages bleutés et fripés par le sommeil, j'écoutai en moi les événements de la nuit dans un lointain irréel. Le tremblement de terre en Haïti. Je retombai dans une profondeur inquiète et mouvante, mon imagination est d'une habilité déconcertante, douée à la fois pour le sprint et le marathon, je mets en scène l'horreur de la-bas dans laquelle chaque détail est fouillé comme un plan méticuleux de la pellicule, je pense à mon ami Éric, producteur au cinéma. La terre captive, dévoreuse d'hommes qu'on commence à craindre presque par hasard et dont on poursuit la digestion avec passion. Parce que l'homme sait réinventer le monde en nous prenant dans le socle de la charrue à l'intérieur d'une motte friable ou grasse, densité de la terre aux sillons multiples. L'homme d'argile nu devenu le captif de la terre. La terre condamnée à perpétuité, tourne lentement en rond sur elle même. De quoi la terre a t-elle été accusée, sinon de meurtre si horrible, personne n'a jamais vraiment su si elle était coupable, innocente ou baignant dans la folie. La terre depuis toujours s'est murée dans le silence, dissimulation ou amnésie, à l'écouter dans ses parfums, ses herbes, ses arbres, elle n'a l'air ni criminelle, ni démente et pourtant comment sont troublants ses cauchemars, ses rêves, ses hallucinations, ses chagrins et que signifient ses crises de rage, d'actes monstrueux, de colères indomptables. Dans l'océan, les vagues complices savourent déjà l'innommable. Elles surgissent à travers l'étendue d'eau salée, se gonflent, brillantes et lustrées comme un miroir. Durant cet instant unique où tueuses elles vont déferler, l'homme observe du coin de l'œil, il se rend compte qu'il n'y a pas de raison qu'elles soient là, il tend la main furtivement pour en toucher une. Elle a une texture sèche et il s'aperçoit qu'elle est en sable. La mer a des yeux d'un bleu lumineux, elle observe l'homme à la dérobée et jamais son regard ne croise celui de l'homme, elle reporte invariablement sa colère vers le port où les encres des bateaux se croient au dessus de leur modeste condition. Le tremblement de terre lève son visage, il est aussi doux qu'un orgasme et la mer le presse contre elle, tardive manie qui est aussi la notre du temps de la querelle ou du vivre ensemble. Et dans cette tuerie rudement glaciale, l'homme envie ceux qui ont trouvé un refuge sûr où accrocher leur âme. La mer et la terre ont fait claquer la colère sur l'île. La haine ancestrale s'abat comme une crise de nerfs, l'océan et la terre sont sujets à ces crises. Puis l'homme perd connaissance, s'évanouit; les membres désarticulés, brisés, arrachés aux corps, les cœurs s'arrêtent de battre. Il y a la nausée, des enfants se débattent dans tous les sens, il y a de la bave qui coule des bouches et des phrases incohérentes sont prononcées à qui peut encore écouter. Ici et là il se produit des hurlements, des pleurs, des rires, la nature s'est vêtue de pourpre et de rouge. La terre est une nature pleine d'entrain, elle a à la fois des manières bizarres, plaisantes et il se peut bien qu'elle est constituée d'un objet de jalousie ou de vengeance pour l'homme. L'homme qui charcute la terre, boit son sang continuellement, l'homme promoteur des actes terribles qui ont été commis. L'avidité de l'homme dans la personnalisation de l'océan et de la terre et qui a pu en arriver à incarner la mort que l'on essaye de leur imputer. Tout se passe en si peu de temps, sinon que la terre réprimande l'homme par un spectacle abominable, mais elle nous entend certainement puisqu'elle lève ses marées jointes pour implorer sa clémence. Demain est un autre jour, il y aura encore de la froidure, des rafales de pluies, puis les fleurs vont faner et l'homme sera éternellement abasourdit par ces changements. L'homme avec sa conscience lourde, il aura toujours l'air perturbé par le manque de compréhension, il porte en cette heure d'inquiétude le rôle indéfectible de la malheureuse victime.

07.01.2010

De son vrai visage


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C'est ici que sa bouche est terrible, c'est ici qu'elle est puissante. Les paroles innombrables qu'elle couvre de salive apparaissent comme les restes d'une rivière qu'elle a submergé avec ses délires et tous ses caprices. En ce moment, elle est calme, elle pousse avec sa langue une grasse et tranquille glaire. Les trainées d'eau d'yeux qui moirent ses joues transparentes révèlent seules les flots perfides, pourtant, le pli de la commissure des lèvres laisse deviner sa force. Ses crachats qui brisent jettent au visage leur rosée amère. Après chaque bouillonnement, sa langue, de nouveau découverte, répand avec un bruit d'eau, par toute sa trouée béante, des cascades désargentées. La parole fuit sa lèvre misérable, sa phrase hérissée de ratures et de virgules se courbe pour former sa colère. En l'instant, je vois luire comme un feu de verbe qui se déchire. Plus loin encore, son langage rougit à l'horizon, se confond avec la brume légère de son haleine. Ses phrases et ses mots se déguisent d'aspect douteux. Sa prose est tour à tour noire, bleue, verte, et la calomnie qui fait briller ses babines, est maintenant violette d'encre. Son vrai visage vient à grand coup d'air. Les dernières gouttes de sueur tombées de son regard s'éteignent en postillon. Un grand ricoché sur la rivière marque seul l'endroit où ses mots sont couchés. C'est à peine si je vois son langage de granit qui, dans le brouillard du jour, trace la malédiction des outragés. J'entends indistinctement, du jour et de la nuit, le bruit sourd de ses masticages que traverse imperceptiblement le cri de sa rédemption. Sa rédemption est d'une évidence mortelle, et tout ici, sa phrase, son mot et la pensée livide de son triste vocabulaire, tout me dit la désolation du vivre. Seul, son ciel où s'allume ses premières idées, a sur sa réflexion une douceur charmante, elle se croit. Elle se fabrique, son mensonge est léger et profond, souvent voilé par les bancs de brouillard qui viennent et se dressent en un instant, presque toujours couvert par ses hantises qui ressemblent à des rochers coupants et qui lui donne l'air d'une lame aiguisée pour la guerre. Elle laisse voir par sa transparence un rouge qui attire comme l'abime. Dès qu'elle a fini de se croire, sa voix tinte comme la cloche de son église, ses prières naïves s'élèvent dans les lointains de son espérance, se répondant l'une à l'autre. Ses prières naïves qui doivent chanter sa foi pour prouver au monde qu'elle ne dort pas, qu'elle veille au bon grain et à l'ivraie. L'on pourrait croire à sa symphonie, si nous répondions sur les mêmes notes trainantes, débilité de son solfège qui ne connait que le son déchirant de la sirène. Après son chant, sa voix est plate, sans vague et ses sonorités donnent une surface calme à la rivière, prolongeant le doute de l'écoute en sourdine comme si elle avait l'intention de se faire oublier. Sa bouche ne rendait qu'une sorte de susurrement, puis elle fondait de toutes parts dans l'air glacial, elle indiquait par des stalagmites des petits piquants d'écritude qui étaient ses pulsations, les tonalités de son enfermement. Elle était là à nous dire qu'elle nous portait en elle comme des syllabes se conjuguant en autant de négligence, imperceptible, elle était là en nous profonde et infinie comme si elle avait été à l'origine de l'océan et des marées. Ce qui me ravissait c'était son silence insolant, jamais troublé depuis le repos de sa rivière, ses vagues s'étaient figées là. Tout au plus un buvard devait elle imbiber ses impardonnables fautes, l'encre noire frapper sa page, le vent gémir dans sa plume, mais sa langue pâteuse ne s'élevait pour ainsi dire jamais dans le paradisiaque que j'aurais dû avoir devant moi. Le temps va passer, il me faut songer au retour est oublier, suivre de nouveau un autre poème qui m'hébergera, malgré les rivières sans vagues, croire en la lecture de l'autre et de ne pas risquer d'aller au hasard même si les mots sont comme des pierres qui se détachent du texte et qu'il faille souvent retirer les pierres qui comblent le dessus des rochers, les rochers bercés par nos marées inquiètes et nos orgueils démesurés.

03.01.2010

La re-naissance par le verbe


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Il y avait un beau silence, puis le noir craquait. Depuis longtemps, la peur était arrêtée dans la profondeur de son âme. Elle s'était piégée dans l'immaculée nuit nue, la mémoire brute enfoncée dans l'enfance, les idées dures contre le ciel, ses pensées épaissies de haine s'élargissant comme une bouffée d'haleine. Elle attendait. Elle ne savait plus ni rire, ni chanter, ni respirer pour que la vie la chatouille, ni rien. La gaité s'était retirée de ses journées trop fades, trop agrippées à hier, elle était descendue se cacher au profond de son moi intime. Elle restait là, enveloppée de brouillard à se gaver de substance imaginaire du plaisir. Alors ses lourdes pensées faisaient de terribles efforts, mais le regret montait toujours, petit à petit, de plus en plus dans la marge du jour. Un beau matin, la peur abaissa dans l'hiver son regard comme un miroir déformé. Il fallait d'abord suivre son visage, puis entrer dans le violet de ses yeux. On voyait tout de suite une flammèche dans son regard. Une lueur plus intense dans tout ce noir, comme l'âme de la lumière. La vie faisait des bonds et des rebonds, là au milieu, tout autour. Le vivre touchait son être, plongeait dans son être et recolorait sa peau. En absorbant tout entière son épaisseur on commençait au bout d'un moment à sourire, puis il y avait une petite joie et on arrivait au rire. Elle était émue jusqu'à l'étonnement. Il fallait se méfier, rester sur sa garde. Les idées venaient se souder à sa pensée sur le bord de l'envie, même du dégout. Elles étaient à peines plus fluides, plus collantes, un peu plus grises. On ne pouvait pas savoir ce qui était sa pensée, ce qui était ses idées, ce qui la portait, on avait l'impression d'un grand vide, une immobilité, une écriture faite de virgule comme une rature. On ne pouvait savoir que sous cette écritude, il y avait des générations tombées et puis à l'intérieur, des hommes, des femmes, des enfants, des vivants, des morts, des suicidés, des pendus, des mal pendus rembourrés du mot, des phrases à la calomnie, des bouches qui pétrissaient le verbe, des langages qui venaient voir la détresse au chagrin et des petites prières qui couraient dans le brouillard. On ne pouvait pas savoir. Si on voulait savoir, il fallait distinguer, regarder, féconder, il y avait dans l'ossature des traces du drame comme des petites épines de virgule, tant qu'on les voyait, c'étaient ses idées. À l'endroit où ça se modelait, c'était la glaise. Savoir si l'ossature était formée dans le geste. Savoir si, du mouvement l'idée capable de présence dans l'invisible, puis disparaître dans la moulure de son hier, savoir juste savoir ! L'écorchure, elle avait bien pu se lover dans une boule de glaire et puis gueuler tout son saoul à travers cet enchevêtrement de lettres pour aller aborder au delà, vers la parole. Qui pouvait savoir. C'est capable de tout la bouche ! Et puis les lèvres, le silence, plus rien d'espoir, plus rien de ce qui fait l'existence d'une femme avec son histoire. Est -ce que c'était ses vraies idées, dans le dialogue il y avait bien la griffe et puis la rature, et là où çà c'était écorché après le passage de la plume à côté de la marge rouge, il y avait la trace de la tache, oui ça semblait vraie son encre. Ça semble toujours heureux le rire, car la joie. La joie partagée où tout est éteint. La nuit est forcément morte pour être aussi noire comme un linceul. Et il doit y avoir de nouvelles idées qui naissent. Et pourquoi pas des mensonges, faits exprès pour la vérité, la phrase sans orthographe, la ligne discontinue et la nuit ne s'en irait pas dans le cosmos, la nuit est forcément morte, le cosmos est noir, pourquoi, le savez vous seulement ! Alors il faut bien observer, c'est que l'écritude doit s'ouvrir pour bien aérer la page et bien cachée pour qu'elle descende jusque dans vos entrailles chercher vos tripes et vos boyaux. Le temps de rire et de pleurer, d'exister. La vie est belle et le temps écoute. Aujourd'hui la nuit même a coloré son noir du bleu du jour, partout et en tout dans une même prière. La nuit vient de se regarder dans son miroir, elle s'est trouvée si vieille qu'elle se transforme en habitude du bleu du ciel, un petit morceau de ciel à partager dans la nuit enflammée d'une poésie.

28.12.2009

La fille de joie


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Quelquefois je la voyais éblouissante, soumise, résignée à l'humilité. Sous la chaleur rousse des tous derniers jours d'automne, l'une de ces femmes à l'âme pleine, infusée de cette sève qui remonte chaude dans les veines, le sang âcre de sa terre natale traine son flot lourd et rouge, ses caillots bleus et de boue. Ses interminables jambes bottées à la cuisse emplissent l'air d'une vibration musicale et son regard d'archet qui écrase le client envoute d'un sortilège ma lassitude qui m'entraine au delà même du vertige au confins de ma partition. Sa lointaine mémoire où vibre le vide, le rêve affleure en sourde amnésie, sa tristesse pleuvine laissant crever ses nuages répand l'imaginaire de quelques personnages mystérieux comme des fantômes dans la grisaille plombée des reflets douteux du bitume. Depuis longtemps, elle arpente son trottoir squelettique dont l'ombre est palpable, elle offre aux chiens une résistance morale, sa solitude où la misère puise dans la moelle de l'os sa secrète substance. Sa noble justification ne se distingue pas dans l'immobilité au caniveau, mais son geste d'usure toujours le même y est facilement élastique, l'âme insupportable s'accroche coriace au sac à main et du jour ou de la nuit s'incorpore spirituelle à son ombre faite du levain de la chair, du sang dans l'odeur séminale et repoussante de l'égout. Sa féminité élégante scande le rythme liée au goudron de tout son poids, elle laisse en mon âme une sorte d'épine, se mêle voluptueusement aux haleines cinglantes qui chuchotent le spéculatif dans le creux de son oreille. Quelle étrange géographie la sienne, un petit coin locatif sous la nuit de ses paupières, fécondité de l'autre dans son geste déferlant le plus intime de l'intimité d'un homme. Sa chair devient la chair de l'autre et prend corps dans la nuit du doute, c'est à travers sa chair féconde et le corps qu'elle entrevoit la confusion, qu'elle entend les évolutions de l'amour du sexe imposé et les mouvements furtifs de la jouissance dans l'opaque feuillage eucharistique de l'entendement. Tout frémit à travers cette opacité corporelle, les parfums eux-mêmes des allers et venues en fermentation, des odeurs exaltées de l'humus tiède y prennent je ne sais quel goût du plaisir sans en altérer la naturelle et câlinante douceur. Quelle étrange science la sienne, nulle lucidité en elle où pèse la nappe épaisse d'un brouillard qui sépare son irraisonnée clarté, devant l'air suffocant baigné de lumière, des ombres d'hommes glissent, virevoltent piégées dans la raie du réverbère, liées entre elles comme des sangsues qu'elle sont avec leur ourlet de bouche, mais ici on n'embrasse pas sur la bouche. Elle avait crispé ses mains sous les moiteurs de chair et en connaissait du bout des doigts toutes les crispations, les secousses et les palpitations et tous ces arbres d'hommes qui touchait le sien comme une jachère mélancolique, elle en savait tous les raisonnements, tous les éclatements. Elle avait apprit dans la répugnance le détachement de son âme à son corps, son double incorporel dans la meilleur part du prolongement de sa vie en l'autre. Or, aujourd'hui je la sens encore en moi, elle me traverse de son éternelle présence, je sens naitre en moi son rayonnement qui fait communiquer et éteindre les petites lampes de nos discutions intimes. Si elle profitait de l'achat de sa bouteille de lait, de sa vache kiri si rapide à tartiner sur son maigre morceau de baguette, je l'ignore et la question repose sans cesse en moi, que cachait elle en son volcan de laves épaisses, de cendres et de fumées noires, de fou rires qu'elle me conserve encore aujourd'hui ce feu dévorant qui m'enflamme sans cesse quand je crois le savoir éteint. Fallait-il donc que ma pensée demeure limpide en elle pour que son inquiétude mal définie banalise par l' introspection le silence et la vibration, au delà desquelles se perdent toutes les résonances de l'appel à la vie. Je comprends maintenant sa vérité jusqu'alors enfoui en moi, elle avait trouvé en moi ce qu'il n'y avait pas ailleurs, le rivage, l'escale du respect.

20.12.2009

Hommage à mon amie Elisa


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Derrière les palissades qui bloquaient ma vue, mon Élisa laissa son printemps venir accomplir son œuvre de résurrection. Les chagrins qui dévalaient les pentes de ma mémoire regagnèrent leur lit gonflé de vie et de parfum et son flot nourrit d'une force intarissable vibre encore dans ma poitrine. Les mots d'Élisa comme une promesse d'itinérance, chacun de mes membres, de mes organes, de mes os, mon âme, se remit en place sur le chemin dans un mouvement ordonné. Le son de ses mots était musical et je sentais comme une mélodie au bout de mes lèvres que je ne pouvais pas garder pour moi. Élisa avait appris à lire en moi et je sentais son souffle surgir en moi, je vis naître une symphonie, un élan d'amour intraduisible. Étrange sensation que celle de féconder l'autre en sachant découvrir le geste qui permet d'apposer le prolongement de notre force dans tout insaisissable et au dessus de laquelle le sentiment d'amour croît démesurément. Parfois je me retrouvai seul face à l'intraduisible et le malaise, l'incompréhension me poussait à un cheminement intérieur propre et je trainai mon fardeau solidement arrimé entre le ciel et la terre, ne sachant plus comment tenir mon existence, cherchant le remède pour panser mes plaies. La mort affamée, gourmande, mangeuse d'hommes, de moments, je ne l'ignorais pas et souvent le sol m'appelait et tout ce dont j'entrevoyais ressemblait plus à une errance qu'à une résistance. Les mots d'Élisa avaient la puissance d'une immense clarté aux contours de velours et la forêt épineuse devant moi s'adoucissait, je découvrais des étendues de petits arbrisseaux dans lesquels je me reconnaissais. Hier et maintenant fusionnant ensemble laissait apparaître une faune bourgeonnante parmi les cactus et les ronces et tout ce monde me ressemblait, j'avais l'impression soudaine de pouvoir embrasser du regard toute ma vie comme une totalité indivisible que je savais insérer dans le tout de mon existence. En franchissant ses portes où se côtoient les regards, la simplicité, la logique, le dépouillement, la bienveillance, j'y puisais la vigueur avec la sensation de plonger dans l'univers des émotions. Oui j'ai rencontré Élisa, il y avait une telle puissance dans sa voix intérieure, dans ses mots, dans ses yeux, il y avait tant d'émotion et de souffrance contenue derrière chacune de ses apparitions que je ne pouvais m'empêcher de fusionner en elle et elle en moi. J'étais un animal blessé et j'avais l'âme à fleur de peau et dès lors de nos entrevues tout ce décontractait comme par enchantement, je saisissais le sens de la vie et cela me dépassais mystérieusement. Chacune de nos entrevues plus j'avançais et il me semblait le connaître ton visage Élisa, ce visage qui tentait avec douceur de plonger en moi, les images déformées d'autrefois défilaient guéries dans ma mémoire et toutes mes inquiétudes s'estompaient capables d'ambition. Le visage d'Élisa j'en mesure encore aujourd'hui la réflexion, je me souviens ce mercredi où nous avions maîtrisé ta voix machine avec skype, ce fut un élargissement de notre horizon, nous avions apprécié ce merveilleux cadeau de la technologie et cette pensée m'étais venue que finalement nous n'avions pas l'air de malades et que nos corps n'étaient pas si délabrés. Ton étonnement fut immense comme un coup de tonnerre en toi mon amie et les larmes de joie se mêlèrent à ta voix machine et nous avons pu discuter des heures et cela te faisait rire. Aujourd'hui, ce n'est pas ta mort que je pleure, mais ton absence et c'est cela qui fait de toi quelque chose d'irremplaçable en moi, et ton absence je ne peux concevoir de me l'imposer, imposer ton aura par laquelle ta présence se manifeste en moi. Je ne veux pas penser à la mort comme une élaboration irrémédiable en nous, une élaboration de la volonté de densification de Dieu, je veux par la pensé être en toi et toi en moi, à la fois toujours subjugué et déterminé. Je continuerai toujours à me rendre dans tes écrits et je nourrirai mon esprit récalcitrant jusqu'à la confirmation de ma personnalité et je redirai sans cesse la vie est belle mon Élisa.

16.12.2009

Le co- peau du bois


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Des ruisselets de glaise rouge filtraient souvent dans les fissures de mon méristème et il en sortait des bouquets de doigts d'argile bleue qui empestaient l'air tout près d'une débauche de parole statufiée, quand il venait. Sa crasse, sa sueur, sa salive, son odeur, l'éthylisme en chaque geste m'embaumait, car j'étais résigné à succomber sous la lourdeur de la tache. Quelques figures d'eau suintaient de mes ramifications, lourdes et chargées comme pour se débarrasser de la pesanteur de la force enveloppante qui, dans la limpidité immobile et fluide planait, la main y restait invisible derrière les coulées de larmes. Ma mémoire, elle semblait pouvoir sécréter à la longue une noire monotonie et d'absorber mon souvenir joyeux où l'arbre à main frémissait du rameau qui se lovait si vite au feuillage et se nourrissait d'oubli à la racine d'un mamelon de lait au goût acide dans la mémoire ouverte d'un sein nu. Vivre, mais comment sur -vivre où le moindre accroc à l'innocence du feuillage était déjà responsable dans la manifestation insolite du geste de l'arbre à mains, à son doigté de ronces sanglant. Tout autour et alentour était une réelle explosion de prudence et de joie au gré de la retenue, mais c'est seulement en sentant mes écorces en extases que je me libérais de ma résine en chlorophylle qui étourdit. Le tout jeune rameau paré à la fête, se - pare, se - ré-pare, se - sé-pare, oh ! folie de mon enfance, fécondité plus pénétrante que la nouvelle racine qui vient de naître, mon hier comme autant de feuilles mortes est toujours un éternel présent et le temps manie la fourche bien mieux que moi. Non, non, les feuilles mortes ne se ramassent pas à la pelle, les miennes me sont adressées, à – dresser, elles doivent obéir à mes nervures où s' emprisonnent toutes les haleines modelées aux exigences, à la progressive pénétration de la sève, à l'éternelle croissance des retours. Ah ! le bois comme co -peau de l'homme en moi, de mon humanité, ce copeau prêt à prendre flamme au premier feu et dont la force essentielle consiste à sentir au plus profond de mon être, un sens à ma vie, ma croyance en un Dieu cloué réalisant sur le bois toutes mes virtualités croisées, ma réalité fanée, une nouvelle feuille de vulnérabilité cachant la nudité de ma mélancolie et pourtant la vie est belle et si riche de sens ...

09.12.2009

Elisa source d'inspiration


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Élisa est hospitalisée. Osons dire qu'il y a une alliance entre la maladie et le document humain. Il ne s'agit pas de dire la santé pour l'humain, la santé trop sûre d'elle même, mais du vivre à la recherche de soi et d'un point d'encrage et de reconnaissance du document humain quelque peu altéré sous l'écorce. Si nous sommes humains nous sommes malades, il y a l'handicap, quelque soit l'incohérence de la santé, une visibilité qui exige le respect pour le faible et le fort dans l'intuition de notre commune mortalité. Cette exigence de partage nous désigne membre d'une même fraternité, d'une même évidence et dont les fondements sont la démonstration d'une unique universalité. L'évidence de la santé n'en doutons pas résulte d'un subtil raisonnement venu de la lumière de la foi et de la science au service de l'humanité. L'acceptation de la santé passe non pas par une conversion, mais bien par une mutation de la conscience et chacun emprunte un sentier complexe fait d'éducation, de renonciation, d'acquisition, jusqu'à la conviction personnelle et responsable. La dégradation du document humain pouvant servir d'écluse à la bonne conscience ne doit contenir aucune soumission pouvant accorder à celui qui voit, l'obéissance en une quelconque capacité d'abaissement, mais dans le fonctionnement solide d'une espérance toujours renouvelée et non pas dans une circonspection déversée. La question n'est donc pas aujourd'hui de savoir si le manque de santé prend trop de place, mais de constater pour le bien portant, le malade, l'handicapé, la nécessité de se rencontrer sur un universel de la souffrance partagée. Nous ne sommes pas seulement le rédacteur en chef de notre document humain, nous publions chaque jour un éditorial pour stigmatiser les mauvaises consciences et de dénoncer la prétention d'imposture du silence à une santé médiocre. La lecture imparfaite de notre corps est un racisme intellectuel et le mot même de santé est une expression immorale et de censure dont les ramifications aboutissent toujours à un terrorisme culturel. Pour moi la plus claire, la plus forte expression qui n'ait jamais été écrite dans mon éditorial et l'acceptation totale de mon document humain, car elle pose le concept du principe même de ma liberté sans mutilation aucune sur toutes les autres libertés.

07.12.2009

De la terre à la vie


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Il n'a pas de santé ce gamin me disait la rumeur, plus fort que la rumeur tu meurs, rumeur tu ne meurs pas en l'homme d'aujourd'hui. Mais par quel chemin faut-il emprunter la santé, par quel sentier êtes-vous dont passé, existe t-il encore un Dieu qui trace un autre sentier à l'intérieur de la poussière pour que j' y déterre mes espoirs. L'air nauséabond, vicié du mot, je dois pouvoir respirer, car au cours du temps mes poumons se sont adaptés à ce climat et qu'il serait inconséquent de la part d'un écolomédical de ne pas me laisser en cet endroit jusqu'à ce que mes bronches soient devenues aussi vertes que les siennes, aussi blanches que sa blouse. La maigreur de l'âme où je risquais de vous couper l'appétit et vous mélangiez sournoisement l'estomac au cerveau, interdisant l'assiette et le culte de la bonne bouffe pour imposer d'autres substances illicites. L'identité médicale avec ses yeux comme salive passe par l'intérieur de notre corps détesté, s'y imprégnant la glaire dont il n'est pas impossible que le cracheur nous oblige à des travaux d'assainissement et d'évacuation que la continuité des regards ne seraient plus d'aucuns profits. La souffrance, la douleur est un droit, un en-droit car dans la bonté humaine rien ne nous empêche de nous soigner et de nous donner les meilleures chances de survie, alors qu'il est bien préférable de naitre en bonne santé pour que la choquante supériorité des mal en point s'atténue au plus vite pour épargner vos sensibilités numériques. La douleur, tu as bien le droit de gueuler car tu introduis dans l'air un accent, une note qui vous font demander si il est légion ton cri, y aurait- il normalité de gueuler un autre phrasé que vous auriez oublié et qui vous mènerez à de vains souvenirs pour lesquels le temps n'existe plus. M'autoriserez vous le droit de mourir même en paix, car dans ma paix est déjà ensevelie ma sueur et que c'est bien normal de s'étendre et de mourir profondément mêlé à la terre pour laisser la place à la fertilité du terreau. Qui pourrait comprendre l'absolu du compost, la nécessité du terreau à la racine pour le bon épanouissement et le développement de la plante, la croissance de la fleur en exil pourtant chez elle.

05.12.2009

Cause commune, cause toujours


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Le sourire aux lèvres entrelacés de pétales se dessinait avec netteté sur mon visage blanc, transparent, nettoyé par la maladie qui, dans l'unique saison de mon existence envahissait en une haleine bleutée et dentelée tout l'espace rassemblé. Il y avait eu de larges phrases avec des barbelés à perte de vue et des murailles noires dressées, des chagrins comme des douves contre les premières haleines suffocantes. Il y avait eu les petites rides mesquines essaimées comme les vagues de l'aube mêlées à la vieillesse et que signalait la salive crachante dans l'air calme. Il y avait eu le faux semblant dont les mots sonnaient en échos aux pensées fragiles et fatiguées. Un peu plus loin devant moi oscillait la présence, la raideur sous le même corps charpenté de la vie qui se détachait en une pellicule de merveilleux lambeaux. Puis je faisais un arc en ciel avec mes yeux et l'amour s'ouvrait à présent devant l'assemblée, opaque, laiteuse et volontaire, maintenant le Téléton pouvait commencer.

29.11.2009

Mon amie Marianne


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Je ne cherche pas à m'expliquer d'où vient que j'ai du plaisir de parler, d'écrire les mémoires d'amitiés qui tiennent une si grande place dans ma vie. Mais ce dont je ne cesse de m'étonner, c'est que leurs présences familières sont intrinsèquement liées en moi, elles se maintiennent sans céder un pouce et méditant sur le temps passé, je suppute aujourd'hui de quel profit salutaire ont été pour moi ces amitiés. C'était en avril 1983, Marianne venait de fêter son soixante dixième anniversaire. Mon Dieu, pour la première fois de ma vie, je pus admirer véritablement la beauté de l'âme et la pureté des traits de cette femme qui était mon amie. Dans l'odeur du camphre et de l'éther, Marianne était attachée aux barres de son lit d'hôpital, elle déchiffrait sa vie, certaine de pouvoir la lire et la relire, se persuadant qu'elle retenait sans effort aucun et qu'elle pouvait raconter tout ce dont elle croyait déchiffrer. J'étais assis à son côté, son joli visage entre mes mains, à l'intérieur continuait de pousser l'amour, la plus parfaite de toutes les pensées. Cet amour tendre de Marianne, de même que la vérité recouvrait ses pensées, rayonnait encore de la vivacité de son âme. Je caressais la peau blanche de son doux visage aussi délicatement que j'aurais effleuré celle d'un bébé naissant. Que pouvais-je lui apprendre, qu'elle pouvait se cacher dans le souvenir le plus reculé et le plus paisible de son moi intérieur, jusqu'à ne plus sentir Alzheimer persister dans son ciel obscurci. Et les yeux malicieux de Marianne se mettaient à briller d'un éclat égal aux miens, en ces instants, ils communiquaient bien au delà des mots. Marianne avait été institutrice et par dessus tout, elle savait le don le plus précieux était l'éducation qui poussait le savoir et que beaucoup foulaient sans réfléchir. Cette femme modeste et intègre n'avait que sa douceur pour percer les brumes des enfants qu'elle avait en charge, sa force de persuasion était immense, elle recouvrait jusqu'au rectorat même. Ainsi remplie d'humilité, Marianne dissimulait sous le simple manteau d'abnégation, les choses mystérieuses de son existence, la disparition entière de sa famille dans les camps de la mort. Pour Marianne, les savoirs marchaient ensembles et ils nourrissaient les âmes, sans qu'elles se doutent qu'ils contenaient tous les secrets, la vérité et que la lumière de l'enseignement était cachée aux hommes de bonne volonté. En ces temps là, l'éducation nationale instruisait avec cette poignée de ferment, le même ferment qu'utilisaient nos anciens instituteurs se plaisait à dire Marianne, mais ce ferment aujourd'hui était rempli de mauvaises graines, riches de taupins et Marianne avait arrosé cette terre fertile que sont les enfants avec la rosée de son enfance pour qu'elle pénètre en profondeur et que la lumière caresse l'ambition. Marianne avait rempli sa mission au delà même du mot et du geste et chaque graine ainsi plantée avait germé, elle était devenue des fleurs multicolores, mais aussi différentes à la fois, recouvrant les prairies et les collines du savoir. Sur son lit d'hôpital, Marianne me regardait, il y a tant de choses où je n'ai pas été à la hauteur disait-elle et moi de la rassurer, ma présence lui suscitait un tel enthousiasme, elle avait une réelle influence sur Alzheimer. Les maladies ne sont pas toutes si différentes, elles font partie de l'humanité blessée, j'avais isolé Alzheimer de Marianne afin que je puisse toucher son cœur, son âme, avec les mains de ma mémoire et de l'agripper la sienne de mémoire et que notre force commune maitrise et pénètre au plus profond de nos raisonnements. Voilà ce qu'était le bonheur en ces moments là pour Marianne, il était ici en mon humble présence et ici se rencontraient nos fous rires, nos joies et il donnait naissance à toute une foule de créativité. Le bonheur que je lui insufflais cousait sans cesse les fil du tapis de notre amitié, entendre, voir et de toucher l'épiderme de notre moi qui circule dans notre capacité de Dieu en une vie sans cesse renouvelée. Mais Alzheimer broie les graines de l'enfance et noie les fleuves d'espérances et le ruisseau qui coulait dans les veines de Marianne était tari et la mémoire de son corps, de son âme s'élançait vers la mort et la mort si c'était la chose la plus simple du monde.

20.11.2009

La peur nudité de l'âme


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Un étrange élan me pousse. Il me faut continuer à m'interroger. Je sais que je n'ai pas envie de parler de cette chose là, mais j'ai beau m'écarter, m'indigner de mon audace, je dois continuer, je ne peux me taire. Je suis libre et dans ma joie, je suis capable de féconder ma pensée qui repose intacte dans mon âme, je gagne la bataille, ma peur imaginaire se meurt. Élisa parle de sa peur, telle une ombre, à l'extrême limite de sa conscience, avec force, elle lui défend l'accès à sa pensée et elle lui interdit de s'attarder à sa mémoire, car Élisa sait par expérience, le simple fait de nudité, suffit à la faire vaciller et sombrer dans un tourbillon d'idées noires. J'entends que la place tenue par la peur dans notre société humaine grandit de plus en plus et c'est sans doute une erreur à la vouloir ranger parmi les psychanalyses de complaisance. La peur est là dès l'origine, dans les cris de l'enfant qui nait, chez la personne âgée et son illusion à servir encore, chez le malade ou handicapé plongé dans un abime de stupéfaction. La peur est là au Paradis, où es tu demande Dieu à Adam ! J'ai entendu ta voix dans le jardin, j'ai pris peur car j'étais nu et je me suis caché ! On a parfois du mal à parler de sa peur, on est porté plus ou moins à la spéculation, il est vrai que le courage est une denrée rare, à supposer qu'il demeure en chacun de nous un peu de cette témérité qui caractérise notre aptitude à mentir. Le courage est une rassurante fixité de l'âme sur elle même. Avec précaution, aujourd'hui j'évoque ma peur, elle est brouillée, indistincte, comme elle l'a toujours été auparavant. Je place mes idées contre ma raison, elles restent fraiches et je me remémore les moments où mes peurs, en les massant jouissives, rendaient la vie insupportable à mon âme engourdie. Ma peur me fait parfois peur, je sens indistinctement en elle des possibilités déroutantes, j'imagine me découvrir d'extraordinaires ressemblances avec un Saint Paul, un Hitler. Plongés dans la guerre, vivant l'enfer de la mort, du feu, la peur est hallucinante, émouvante, elle est le grand témoin de notre humanité, si fidèle au monde qui ne la condamne pas. La peur si particulière, si intense, si dominatrice qu'elle impose son exigence et sa loi aux siècles. Je suis âgé de seize ans, je rencontre Julia comme une fièvre dévorante qui m'entraine et je cherche un consentement pour y appliquer l'irremplaçable vérité de ma peur, la sienne de peur est plus sauvage, plus abstraite, entre mon hésitation et sitôt sa décision prise, je me presse fort d'accepter. Dans le monde savant, la peur entretient diverses relations, elle donne les moyens de faire les recherches que l'on veut, la manière de tuer et un Georges Bush s'est ingénier à la favoriser par mille mensonges, par mille soins. Ah ! comme je reconnais bien la peur ! ses toits noirs, ses murs de briques et de pierres, ses barreaux, son haleine de chacal, la peur est grosse comme une truie et la fange où elle se vautre est tellement agitée qu'il se trouvera sans aucun doute encore des porcs pour soutenir la raison du lisier. Il y a des hommes qui se laissent rêver à leur propre peur où leur lâcheté est si bien réglée, que le moindre désir de vivre devient stérile, puis ils appliquent leur rêve, ils construisent une éthique qui devient une source d'esclavage par une intelligente contrainte de l'autre et qui souffre sans même s'en rendre compte. J'aime la peur d'Émile Zola, elle ne m'est pas si différente et sa propension à la phobie est mienne, le lisier anti-Dreyfusard, que l'émoi des cochons achevait de troubler, était putride, la minutie, la conscience humaine de Zola abondait au de-là même de toute espérance, le naturalisme comme réponse universelle à la peur. J'ai vu des hommes rechercher dans la peur une exaltation de leur existence et non une diminution de leur vie, miliciens, collabos, nazillons, paraissant au grand jour, ils jouissaient de quelques obscures peurs comme autant de privilèges pensaient-ils. Aujourd'hui, ils poursuivent toujours partout l'autre de leur haine, le genre humain, le noir, l'arabe, le juif, en fait, leur peur en question est l'exemple type d'une dictature scélérate qui impose à l'ensemble de la communauté humaine et animale, une croyance et un état d'esprit qui relève du libre arbitrage et faisant de la peur une opignion conforme à celle établie économiquement par nos générations successives et poétiquement inacceptable, quels que soient les asservissements qu'on puisse avancer. J'ai encore tant de choses à vous dire sur la peur, surtout celle qui emprisonne le détracteur aux malades, aux handicapés, aux blessés de la vie, à ceux qui ont tout perdu ! N'ayez pas peur ! Avait dit Jean Paul II dans son premier grand discours, comme un échos, une particule de fécondité de la pensée de Dieu en l'homme libre ….

15.11.2009

L'Univers corps et âme


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Parfois je me sens tout blessé, froissé de l'intérieur, je ne peux pas supporter de me voir ainsi. En prêtant l'oreille, je peux néanmoins ré-écouter la complexité de mon âme, de mon corps, j'écoute le murmure de l'univers au dedans de moi, lointain et assourdi en pugilat, comme déformé par la conscience de mes terribles impossibilités. C'est l'inhibition salvatrice de Dieu qui ne cesse jamais, source vivifiante faite de rondeur, d'énergie et d'excitation, le filigrane de mes doutes qui me submerge dans la trame intellectuelle et insondable de mes passions déchainées. La complexité comme autant de rébellion se dispute en autant de probabilité, chassée et pourchassée par les démons de l'obscurité, elle tournoie comme les pages d'un livre ainsi à l'intérieur même de mon âme en tentant d'échapper aux griffes des anges qui ont le devoir de la tenter d'expériences et d'images, anges ou démons êtes vous vraiment si différents, maladies, handicaps sont de mêmes natures. Je commence à comprendre pourquoi il y a des âmes qui ne peuvent pas supporter l'inhibition salvatrice de Dieu. L'inhibition salvatrice possède une note désolée pour certains et sa persistance familière à ne pas se réaliser à tous étonne, ses éternels renvois portent sur l'entendement, de l'inquiétude paisible et silencieuse, la musique, la symphonie des corps, mais les hommes ne le savent pas, l'âme et son corps sont qu'Un avec l'univers et l'univers souffre et se rétracte d'amour en expansion à cause de la bonté de la création. Quelle beauté l'univers, quelle beauté indicible, je fusionne avec Lui, à travers Lui plongé dans l'obscurité et tout simplement dans le fait d'être Lui et de marcher ensemble moi dans Moi. Les sentiments de paralysie de mon âme maintiennent l'instinct paternel de mon corps d'os, de chair de poésie dans l'aliénable en Dieu, j'aime sa prose, son intimité confiante, même s'il faut pouvoir continuer à vivre de douleur et de souffrance dans l'impulsion matérielle et la tension qui me stimule. La symphonie de l'univers m'émeut jusqu'aux pleurs, car elle est ronde comme l'âme et définie comme le corps, l'inhibition salvatrice se contient dans une mesure circulaire, c'est la danse de l'univers, la Lumière qui englobe tout. Et c'est si beau dans la lumière de fusionner avec l'univers et de le confronter à notre propre maturité accrue. Cette vie là me trouble, je ne veux pas l'oublier, mais je veux aussi savoir pourquoi elle me trouble, pourquoi elle me rend triste, heureux à la fois. Tout au fond de mon âme, il y a le vide, le rien et la conscience du vivre, ce petit grain de curiosité furtif, craintif, qui je ne le nie pas se développe lentement, trop peut-être. Mon corps, mon âme, dans le Livre de Vie, tu n'es pas qu'une phrase résignée, tu es le juste équilibre entre le côté introverti et le côté extraverti de l'univers, tes expressions, tes traits, l'âme harmonie submergée par la complexité du texte, même aux prix des rêves les plus vains. Ces trésors d'images parlent d'os, de rhumatisme, de cancer, de naufrage que je connais et la plume incisive au regard d'acier, lacère, s'arrête sur moi, hésitante, perplexe, quel corps ennuyeux, c'est à peine s'il vibre, puis la phrase toute prête que j'ai déjà entendu mainte fois et qui ne cesse de me hanter, comme il est différent ce corps, comme elle est différente cette âme, pourtant le soi disant valide ne sait rien sur le champs libre de ma personnalité. Et mon corps est ma maison et ma maison est mon âme, c'est lui qui la dirige entièrement, elle est tout à fait à son aise, car il a l'habitude de parler d'elle en douleur. Cela lui coûte beaucoup de temps et de peine dans l'inévitable amnésie du monde de parler de ma géographie torturée, de la dessiner sous les refus de la foule animée. Âme est corps, corps est âme et ils auront étés modelés ensemble d'une terre déserte, informe et ils vivent côte à côte, l'un dans l'autre toute leur existence fécondée dans l'océan cosmique de l'univers visible et invisible. Se savoir corps et âme, c'est beau de réconfort qu'un tel moment de racine commune avec Dieu soit possible dans un monde déchiré, voilé. Je crois ...

08.11.2009

De vos notes à vos soleils d'espérances


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Il m'arrive d'avoir mal. En fait je n'ai pas peur. Pourtant je maîtrise, mais j'ai le sentiment d'avoir toujours affaire à des phraséologies biscornues, alambiquées et la volonté, l'obligation de comprendre les comportements de tout un chacun. Un coup de griffe comme autant de virgules sur un commentaire, un coup de poignard sous mes côtes, mais je me rebiffe et tout finit par une écritude, comme si la chose était décidée depuis longtemps. Les mots comme des navires claquent dans l'haleine glacée et brisent le verbe d'un bleu profond, il est temps maintenant de jeter l'encre. La page paraît si limpide que je ne sens pas le froid qui s'y agrippe, j'écris en direction de tous les caps, de toutes les marges et ma pensée fait mille détours, elle rie, elle saute, elle ramasse des idées vertes et les jettent dans les soleils d'ignorances. Puis je n'ai nul besoin de permission, je réponds qu'il n'y a rien à demander et que mon émotion leur appartient. Alors ils jettent sur la feuille, leur virgule, leur point d'exclamation, d'interrogation, de suspension et ils écrivent comme des fous sur la ligne fragilisée. Leur colère s'est arrêtée sur un site, au bout de plusieurs heures et le contenu a continué tout seul. Leur écritude coure vraiment très vite, la plume raide, si jeune, si légère, que j'éprouve un peu de tristesse. Je veux leur montrer que ma plume est encore leste, qu'elle a de l'estomac, mais la crainte d'une crampe abdominale me retient. L'odeur du dépit parfumé d'inquiétude écarte mes lèvres et emplie ma bouche de l'horrible, de l'atroce comme une menace lointaine, mystérieuse. Des grappes de phrases s'abattent sur moi, sur eux, sur des franges azurées qu'ils ne comprendront jamais. J'ai enlevé la detresse de mes pensées pour sentir la caresse du mot sur mon âme, mais elle est si lisse et si glissante que sa saison emporte tout sur son passage. Je croise leur blog minutieusement ou à toute vitesse, il me semble que j'ai les cils des yeux courts comme les brins d'un tapis, quand apprendront-ils à s'essuyer le regard avant d'entrer. À la lecture, des colères rouges passent devant mes yeux, se rejoignent à d'autres, deviennent très sombres, je me baigne complétement dans l'encre pour ne pas tomber, me noyer. L'odeur de l'encre reflue vers mes tempes, les touches du clavier haletant et soudain ma réponse vient me soutenir. Je relève le défi en essayant de cacher ma faiblesse, mais il ne le savent pas, ils ne s'aperçoivent de rien. Parfois je rie, je regarde avec tendresse, avec admiration, ainsi leurs pensées me sont plus familières, moins effrayantes, elles me rejoignent chargées d'avoir trop espérées. Souvent leur écritude à le goût de la crasse et l'odeur de l'ardoise, elle refuse la vérité simple, elle part vers les falaises de craie d'avoir trop casser, la page devient laiteuse. Ils m'auscultent, s'interrogent, m'examinent, affolés d'impatience, le mal ne semble pas avoir évolué, je ne suis pas un blogueur ordinaire, je suis invisible. De médire sur un blog, de salir, comprenez moi bien, il ne s'agit pas d'un sentiment dicté par la voracité, non c'est autre chose, une intuition butée qui ne dépend pas d'eux mais d'un système qui les dépassent, les enserrent dans leur propre immoralité, la domination. Leurs bannières remuent elles aussi, comme c'est étrange, certaines s'avancent, reculent, touchent mes yeux et leur notes rouillées pincent comme les barbelés qui empêchent d'y entrer, j'entends le son de leurs mots, il craque comme un roseau. D'autres ont déjà disparus, échec à la fatalité, tous ces blogueurs luttaient dans leurs notes, mais il me semble que le sentiment de la fatalité leur inspirait le chemin de l'impasse, personne ne croit véritablement à son écritude, sur sa durée, son évolution sauf moi peut-être en ce moment où j'écris. Certaines notes me font l'effet de mécaniques obsédantes, pourquoi ont-ils oublié qu'ils étaient jadis des feux et que leur esprit brûlait sans interruption, sinon qu'ils sont devenus des follets, la nature humaine a de ces détours ! Et maintenant je flâne sur vos pages, j'adopte vos mots comme autant de chagrins qui clapotent sur le flan de ma plume, l'encre tremble dans les nuits froides et le bruit du fer sur ma page comme le rideau métallique, je veux aussi toucher vos mots rouillés, vos regrets lissés, mon âme s'accroche à ce petit blog qui ne meurt pas. C'est simplement en sentant votre texture au dessus de la mienne que je suis libre en moi, je me sens submergé non un instant, mais continuellement.

02.11.2009

Hommage à mon père nourricier


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    Gilbert,

 Je demeurai là un moment à admirer mon père, comme il paraissait avoir vieilli ! l'enfance, la jeunesse à peur des rivalités, du mensonge tout nu. Lui si souriant, ses beaux yeux d'enfant n'avaient plus la force d'exprimer la gaité et se posaient sur moi d'un air affolé. Comment pourrais-je vous parler de mon père nourricier, sinon en vous disant qu'il avait l'âme épiderme et les mains intelligentes. Je le revois rentrer dans la cuisine, ce 9 novembre 1962. J'ai 3 ans, je suis un enfant assis sur la chaise, une chaise de gamin, de rotin bleu. Il fait chaud à cause de la cuisinière à bois, je suis là dans cet endroit nouveau, dans une forme de liberté joyeuse, mon père nourricier rentre, c'est un homme de taille moyenne, un brin corpulent, une calvitie qu'il camoufle d'une casquette, il est là devant moi me dévisageant dans sa salopette toute imprégnée de cambouis. Je sais déjà tout, presque tout et je n'ignore rien de ma présence en ces lieux. Je connais que ces deux personnes ne sont pas mes parents et des miens, il ne me reste rien d'autre que cette chose infâme qui a empoisonné les sources de mon affection. Et moi, je frissonne agréablement dans une terreur délicieuse, m'essayant d'étouffer le bruit de ma respiration et je crie subitement un retentissant papa qu'ils se rappelleront fort longtemps. C'est deux là m'avaient aimé du premier regard, pour autant que j'étais habitué à être jugé dans la brutalité du geste, de la phrase assassine. Pour justifier mon existence, j'imagine les avoir toujours connus. Janvier 2004, je n'ai vu que la fatigue sur son visage, une fatigue sans forme qui sortait de ses pupilles, comme si elle ne provenait ni de son corps, ni de son âme, une intruse devenue notre ennemie. En l'espace de trois semaines, son beau visage était devenu crémeux, laiteux, son corps était flasque, j'éprouvais alors un sentiment de révolte qui m'épuisait. Mon père n'aimait pas le réconfort, mais il appréciait ce minimum de sollicitude venant de ma part, il acquiesçait d'un signe de tête approbateur comme une trappe qui se ferme. Cela faisait maintenant quinze jours que mon père attendait son entrée à l'hôpital, ma mère s'attardait sur mes yeux et je la résonnais sans conviction pour cacher mon émotion qui m'embarrassait. Une semaine plus tard, nous étions dans la chambre, cinq médecins et deux infirmières, le diagnostique avait été brutal, c'est un cancer de l'œsophage monsieur Gaucher ! Il va falloir être très fort ! lui asséna l'un des toubibs, oui bof, c'est à la mode ! lui rétorqua mon père. Un flot de sang colorait les joues de ma mère et il était visible qu'elle n'était plus là, se replongeant sans cesse dans la réalité qui se rétrécissait par un sentiment d'inquiétude vertigineux. Les mots de chimiothérapie, de rayons avaient-ils encore un sens pour ma mère qui m'avait souvent accompagné à Gustave Roussy ! Dans le bureau du cancérologue, la franchise m'incommodait, il disposait disait-il, de six mois à deux ans au plus ! J'ai honte de ces gens dont la phraséologie scientifique n'est pas capable d'atteindre une certaine humanité, quand la notre de tristesse avait besoin d'une volonté de puissance. Cette fois ci, dans la grande horloge du temps, nous étions au milieu de la nuit, mais le temps continuerait à avancer, à tourner inlassablement, je m'étais fait la promesse d'être à ses côtés comme un galet dans le rouage de l'horloge. C'était vers juin 2004, les chimiothérapies successives avaient fait régresser la tumeur dans l'œsophage, s'ensuivirent plusieurs mois de radiothérapie et mon père était un héros. Décembre 2004, une nette amélioration, il nous avait semblé que nous pouvions encore espérer, mais ce n'était que quelques secondes de plus accordées par le maître horloger. Un jour de visite, mon père dort, il est si fatigué, l'infirmière me dit : quel homme admirable votre père, jamais il ne se plaint et pourtant comme il souffre ! il fait rire tout le monde au soins palliatifs vous savez ! Oui c'est sur, comme il nous faisait rire à la maison, surtout à table quand il mettait sa serviette sur sa tête pour imiter la grand mère. La psychiatre est dans la chambre : monsieur Gaucher, vous me présentez votre famille ? Voici mes deux garçons et il me regarde : voici mon fils que j'ai élevé depuis tout petit. J'étais là le vendredi tout l'après midi avec mon père, entre deux phases de sommeil, nous avons discuté d'avenir, de son premier petit fils qui allait naître dans un mois et qui aurait pu croire que tu te mourrais tant tu étais si lucide ! Lundi matin 7 heures, le téléphone sonne : c'est la fin, il faut amener tes vêtements ! Nous arrivons dans la chambre, les médecins t'ont placé dans un demi coma, mais tu nous entends nous disent-ils. Chacun te prend les mains, les caresses viennent s'ajouter à tes joues, nous sommes là papa, nous sommes là. Lorsque tu mourus le soir vers 19 heures, certains de l'équipe des soins palliatifs étaient en pleurs, ils nous affirmèrent que c'était la première fois qu'ils voyaient une personne partir dans la paix avec sa famille à ses côtés et entouré avec autant d'amour. Au cimetière, le jeudi, quand je me suis penché tout ému sur ton cercueil mon ami, j'ai dis du profond de mon âme : Je te remercie mon cher et fidèle ami d'avoir bien voulu être mon père. 

26.10.2009

Je suis un vieux buvard


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J'ébauche, ainsi, des signes de négation, d'affirmation et d'ignorance, ma vie est si curieuse. Ma langue à salive d'encre à le goût du papier Claire Fontaine et mes virgules fatiguées s'étirent désespérément comme des cannes de vieillesse. Enfin, me voilà enfin vieux, vieux buvard sous mon adolescence encore toute rabougrie et ma plume d'enfance se contracte insensiblement, elle tressaille au rythme de mes lèvres et des vergetures de mon innocence. Il fait grande nuit et un fin brouillard tendu sur mon rêve m'enveloppe d'images fulgurantes comme d'autant d'étranges paroles dociles sorties de la brume légère de la bouche fraiche d'anxiété. Il m'arrive parfois de ne plus pouvoir bouger, lié à l'amour de tout mon poids, mon corps crispé sur des poignées de prières et mon âme est si délicieusement triste à en mourir. Comment m'affranchir intérieurement et avoir le courage de me détacher de tout, quand ma poitrine est dure et oppressée et que je ne respire plus que par de vagues haleines onduleuses. Se donner et tout donner nous dit la petite Thérèse, mais comment se livrer totalement quand mon âme est déchirée entre les émotions qui m'agitent et qui prennent naissance dans les folles imaginations du déséquilibre et la honte de tout désirer quand beaucoup n'ont déjà plus rien. Quelle terrible responsabilité de dévoiler ce que je ressens, ma curiosité, ma passion quand sans nul doute elle a été capturée par le fiel de la concentration de toutes les rumeurs, jusqu'aux plus nauséabondes. Je m'accroche à la conviction qui me rend digne d'être aimé, mais même obscurci par le soupçon et le mystère, je ne redoute rien dans l'épreuve car je garde au plus profond de moi la raison. On ne m'a jamais offert la permission de rêver, même un rêve ordinaire, rien ne m'aura été épargné parce qu'il fallait que ma vie soit transparente. Depuis toujours dans ce village, de toutes mes forces, je m'efforce de résister, de ne plus me concentrer sur la vilénie qui tue et bien que je me sente plein de mépris et de colère envers les vermines qui sont là, je me sens capable de me débarrasser de tous ces indésirables fardeaux. Souvent, je sens mon cœur bondir d'une façon ridicule pour la plus petite bassesse de ces gens de rien, la crispation de ma bouche fait encore trop défaut dans la confusion de ma pensée. Pourtant qui voudrait accepter ma situation sans rencoeur, sans jamais pouvoir domestiquer l'irritation qu'elle provoque en moi. Un jour, je le sais, bien que je ne sache vraiment quand je serai libre, la paix intérieure, la confiance et bien que j'aurais envie d'éviter leur regard, je me sentirai toujours de force à les regarder bien en face. Je ne veux pas baisser les yeux, car une fois de plus je me sentirai conscient d'être à nouveau ridicule, je n'ai pas à leur demander pardon quand ils ne sont pas doués pour faire des excuses. Moi je ne rêve plus depuis si longtemps, le bonheur, il faut que je le fasse entrer dans ma maison et ma maison est mon corps, mon âme, je comprends que je souffre et cette ligne de pensée est bien douloureuse. Comment prendre conscience du piège qu'ils m'ont tendu, qu'ils étaient capables de commettre des actes répréhensibles, dangereux et cruels avec le ravissement fiévreux d'un jeteur de sorts. Les bruits de leurs paroles dans la nuit de leur silence éclairent comme au grand jour, leurs voix poussent des cris aigus comme s'ils craignaient l'obscurité, l'abjecte finit toujours par occuper la plus grande partie, le plus grand espace de leur lumière. Beaucoup d'entre eux se prétendent des artistes, des peintres, pourtant leur toiles sont déjà mortes avant même d'avoir pu exister, leurs touches de pinceau sur un fond de silence ou le bruit créatif se répercute sans fin, tandis qu'ils peignent à grand bruit d'obscurité et l'on peut sentir l'odeur de la terre de Sienne qui s'infiltre in fécondée dans l'entrebâillement du chevalet. Il y a quelque chose d'horrible de les entendre salir l'interlocuteur indésirable si naturellement et sans qu'ils se rendent véritablement bien compte de la lutte désespérée mais si enrichissante que se livre l'interlocuteur indésirable en silence. C'est devenu un destin commun d'éliminer l'autre, et on doit le savoir. Enfin, me voilà enfin vieux, vieux buvard sous mon adolescence encore toute rabougrie et ma plume d'enfance se contracte insensiblement, elle tressaille au rythme de mes lèvres et des vergetures de mon innocence.

13.10.2009

La fille qui avait mal


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 Vivement, elle vint vers moi et me prit mes yeux. Ses yeux brillaient de joie et de rire, mais sa voix était pleine de privation. La fille était jeune, et pourtant son âme paraissait exprimer l'expérience de tous les âges. Les traits de son visage, ses expressions étaient mobiles, parlants, ils forçaient une indescriptible sérénité mensongère, mais je sentais au delà, la fille donnait une impression d'indolence et une assurance féminine perverse, une plus grande inquiétude l'habitait. J'avais la conviction profonde que le gonflement douloureux de ses paupières traduisait la vérité, que ce qu'elle était vraiment produisait un tel choc chez moi, sans pour autant se révéler aux regards de ceux qui nous entouraient. Alors nos âmes s'étaient effleurées avec un mélange subtil d'intimité, de profondeur et de fécondité, ne réclamant pas d'autre substance que l'amour qui nous avait fait se rencontrer. A la pensée de retenir la fille dans la manifestation de mon entendement, mon âme semblait paralysée par la peur et la frayeur, le silence se prolongeait. La fille était debout près de la porte de la boulangerie, entourée des siens, à son côté celui qui lui servait de compagnon, d'amant, de bourreau. L'homme rôdait autour de la fille en jetant des regards perçants de jalousie comme si ceux qui étaient ici à attendre patiemment, étaient des objets et non des personnes. C'était là ce genre d'homme que j'avais vu, son air distant, railleur, menteur dépouillé de tout faux semblant, imbu de sa petite et insignifiante personne, une masse d'argile informe, dénudée de tout sentiment créateur. La colère montait en moi de leur voir gesticuler, parader, l'homme avait comme bons nombres de bourreaux, les mains intelligentes, il travaillait l'espace de ses doigts avec lesquels il dessinait son alibi, il paraissait s'exprimer à lui même plutôt que de s'adresser à tous en particulier. C'était touchant de la voir, la fille et ses yeux gorgés d'eau, les commissures de ses lèvres tremblaient à chaque mot que l'homme chantait, et je me disais qu'il était peut-être un dangereux malade mental. Toute cette haine en lui procédait d'une capacité créatrice toute chargée de sa propre force de caractère, la spontanéité singulière de sa culpabilité m'ulcérait, car il était passé maître en fait de tromperie. Il en est ainsi de certains êtres humains tueurs d'âmes et tandis qu'ils n'ont pas la moindre raison de vouloir du mal, ils semblent croire êtres aimés pour autant qu'on puisse le savoir. La fille me regardait, je la sentais gênée, troublée, et je pétrissais son âme pour en chasser la douleur, un instant, elle se sentie abritée, retenue par mon regard qui la pulvérisait dans l'infini de ma tendresse. Tandis que je l'enveloppais, sans trop songer, je me sentais envahie d'une étrange sensation de chaleur, et je n'avais pas envie qu'elle s'arrêtât. Je savais que l'homme n'avait pas conscience de ma présence, tout absorbé qu'il était de cacher la moindre nuance d'expression de trahison, depuis le haussement de ses épaules, jusqu'au sourire d'ébauche qui lui retombait de ses lèvres. Aussi longtemps que mon regard étreignait celui de la fille, mon esprit resta prisonnier du sien dans lequel l'amour illuminait avec une chaleur fourmillante. La fille s'élevait en moi sans aucune resistance, et elle s'abandonnait sans la moindre appréhension, et ce sentiment adoptif était plus merveilleux que je n'aurais pu l'imaginer. Les traits du visage de la fille reprenaient leur force d'expression caractéristiques, puisant leur énergie dans la partie la plus primitive de leur intensité, je baissais mes yeux et lui enracinait l'espoir. L'impression de rêve disparut. La fille redevenait réelle en sa réalité, la joie était rompue et elle éprouvait un sentiment de panique, elle me dévisageait avec un étonnement d'enfant, c'était cruel de l'abandonner ainsi à son triste sort. Alors j'eus une terrible peur qui se lût sur mon visage, et je voulais laisser quelques charmes qui auraient pu lui nourrir l'imagination, éclairer son âme d'une nouvelle nuance, d'une nouvelle lumière, un pretexte qui pût l'obliger de découvrir le bonheur, la vérité. La fille me contemplait d'un air méditatif, elle devinait en moi ce qui était impensable en elle, elle m'adressait un rapide sourire toute alourdie d'avoir bu un petit instant d'éternité.

05.10.2009

Se re-découvrir dans l'autre


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 Le mensonge est partout, il est venu l'autre jour dans ma maison. Oui le mensonge habite ma commune et il est ivre, spécifiquement ivre à la vérité. Il rentre par ma fenêtre parce que la vérité est assez solide à cet endroit pour que l'on puisse insister sur sa propre imprudence. J'entends qu'il me submerge de sa voix hermaphrodite, il me dépouille de mes biens spirituels, de ma liberté de mouvement, il jette dans mon studio des ombres fantômes, furtives, incertaines et elles mettent en relief d'étranges mots colorés qui tombent de sa bouche comme des fruits bien trop mûrs. Les mots ritualisés tout à la capitalisation égoïste d'un pouvoir banalise le langage dans le mûrissement de la destruction et c'est si terriblement mystérieux en efficacité. Les mots blessent, les mots tuent, ils font mourir comme autant de sonorités et de gestes verbaux, ils infligent une blessure narcissique aux plus faibles d'entre nous et leurs besoins naturels en nous, nous les font participer criminels dans l'innommable de notre pensée et de notre bonheur incertain du vivre et de la joie d'être. Son pouvoir tient son origine d'un système démentiel et des relations les plus étroites que l'on puisse imaginer, la schizophrénie économique partagée. Le pouvoir accompagne forcément l'esprit de rivalité et confirme le sentiment de la validité de son existence fondée sur la hiérarchie et la concurrence. Les manigances manifestent d'une façon séduisante que j'ai déjà remarqué, elles paraissent sur le point de protester dans un mouvement de lassitude, s'accordent toujours dans une égalité d'économie supposée improvisée, de solidarité de modèle. Le mensonge a donc le don du pouvoir et de créer l'atmosphère qui convient et si nous avions une réelle influence sur lui, je pense que nous n'aurions pas grand effort à faire en faite de conversation, de le provoquer dans son indignité, mais voilà l'esprit de contestation attire peu. Les différentes pathologies du pouvoir échappent à l'invraisemblance de ceux qui gouvernent dans leurs pulsions obscures, ils ignorent que la démocratie finit toujours par ce sentiment noble et généreux d'égalité qui se propage même chez celui qui la combat. Certes le mensonge mène au pouvoir, à la dictature, celle de l'argent roi, l'avidité humaine est décidément trop vive pour que le pouvoir ne rende pas ivre de folie celui qui le détient. Les chocs civilisationnels, toutes les oppressions économiques ne font que conforter ma prudence face à la brutalité du pouvoir en place. Dans ma commune, une incohérence logique m'apparait, le mensonge érigé en philosophie qui excuse tout jusqu'à la vilénie du silence et la tromperie la plus abjecte. Il y a du plaisir à tuer l'autre, dans la résignation, l'absurde, dans la violence faite consciemment, jusque dans l'humour qui débride les solitudes qui s'épaississent. Pourtant nous sommes tous capables de l'autre, l'autre est mon semblable, ainsi, je porte à mon insu les fautes de l'autre, de la plus misérable, à la plus impardonnable et pourtant je sais cette vie riche de sens, elle est belle lorsqu'elle me rend son étreinte. J'éprouve le dégoût du rassemblement à cause de mon individualité, l'angoisse de mes origines est la peur, alors mon âme se sent parfois très désorientée. L'incommunicabilité du pouvoir, c'est à cela que nous devrions nous affranchir car en éprouvant de la haine contre l'autre, nous forgeons notre propre humiliation et toutes les manifestations vexatoires emprisonnent l'âme hors de la joie. Encore, je tente de me remémorer le plus fidèlement possible de l'incroyable surexcitation de joie qui s'empare à chaque fois de moi quand l'amour s'ouvre et qu'il m'inonde de sa paix, il n'existe aucun sentiment au monde de plus prodigieux que l'amour, sa fécondité à mon égard surpasse toutes mes absences quand je suis emporté par la peur. L'autre est une âme et l'âme se sert de l'autre pour me laisser convaincre au plus profond de mon cœur que l'amour est là. L'amour de l'autre, c'est le seul sentiment que l'âme conserve de son passé oublié, l'âme arrachée à la vérité de la ressemblance, mais au lieu d'une image, elle ne porte plus que des taches confuses, sans doute le mensonge a t-il trop séjourné, trop macéré dans l'âme longtemps après qu'elle eut été retirée de la vérité, que le mensonge a effacé l'image ressemblance qui devait s'y trouver dès l'origine. L'inquiétude semble baver comme des virgules salivaires qui s'accrochent aux correspondances, étranges glaires accrochées au langage qui tuent en un horrible sourire de frustration.

29.09.2009

De la dispersion au suicide


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 Voyant ces fonctionnaires embrasser la carrière, l'amour pour le travail public, je comprends la colère et l'amertume qui les tenaillent au point de se suicider. Un être humain n'est pas qu'un chiffre, un numéro, une opération, une formule mathématique et si vous les soustrayez, les divisez, les rajoutez avec cette approbation fallacieuse qu'ils soient jugés non sur ce qu'ils valent, mais sur ce qu'ils coûtent, c'est ainsi qu'ils cessent de discerner les grandes lignes de la vie. Le sentiment de dispersion engendre la peur de se disperser et c'est je crois ce qui les privent du désir de vivre. La colère, elle monte lentement, je la détaille d'un regard désapprobateur, la colère blesse, irrite, la colère est toujours mince comme la maigreur. Le meilleur allié contre la colère est l'audace incroyable, l'effronterie, embrasser sa peur aux portes même de la tentation. Ces fonctionnaires de France Télécom n'ont donc t-ils pas le droit de gravirent les marches du témoignage qui accable et de regarder l'espérance avec les yeux perdus du songe et le regard aussi dure que la pierre de granit, qu'avons nous donc à redouter dans l'émotion, la tendresse et la bonté. L'amertume se crispe puis s'efface pour laisser passer le geste, je l'observe sombrement, il a le visage anorexique, décharné et sa substance est froide, contraignante, il aggrave l'angoisse de ceux qui sont l'image même de la réussite. Les dirigeants, les services compétents sont pourtant alertés, mais ils nous affirment effrontément qu'il n'y a aucune raison de s'alarmer, il n'y a pas d'importance puisqu'il s'agit d'une mode, cessez donc de vous tourmenter dit-il avec son air ironique, mais voilà un homme est mort hier, il s'est jeté vivant du haut du pont. Tandis que les dirigeants de France Télécom remplissent leurs yeux, ils ferment leurs paupières, les mettent dans la spéculation qui ne règle pas l'irraisonnable et la capitulation, ils dévisagent pour gagner du temps avec cet air qui agace sans jamais masquer leur suprématie sur le plus petit. Il faut qu'ils soient raisonnables nos fonctionnaires, mais qu'est-ce qu'être raisonnable quand il faut prouver sa richesse dans sa propre morale et sa justification, au delà même de son existence au travail, dans l'affirmation du don de soi, et d'une honnêteté absolue. Pourquoi se sentent-ils abandonnés nos fonctionnaires de France Télécom, n'avaient-ils pas compris leur situation depuis si longtemps, que veulent-ils que nous pensions déjà et tous ces gestes ne nous incitent-ils pas à la voir ainsi leur raison, une raison imputée à tous et qui nous les amputent de la vie sacrée et universelle. C'est bien la faute ici qui prend la distance, il aurait fallut être aveugle pour ne pas voir ce qui avait changé depuis quelques années et de la protestation, de l'irritation combien d'entre nous ont su voir que cette société avait reniée ses engagements dans la négation même de la parole donnée. Il faut avoir tout son sang froid pour analyser le suicide d'un être humain, vivant, la capacité d'extraire la stupeur et cette impulsion soudaine qui nous les font revivent au travers de notre obscurité commune. Les dirigeants de France Télécom ont perdus la maîtrise, les suicides comme autant de collisions, ont projeté de la prudence dans les médias, dans les foyers et nous sommes incapables de dominer notre imagination dans l'innommable de notre pensée, de porter l'accusation qui ne se dissipe pas. Nous prenons cause grossièrement et maladroitement, car ces gens sont nos frères et qu'ils ont besoin de tout notre soutien et nous posons le regard interrogateur à qui le tour demain. Demain, il faudra prendre conscience de toutes ces morts inutiles, ils ne nous faudra pas être amnésiques, ni allergiques comme le sont les dirigeants de cette société, il faudra se réparer d'un tel traumatisme et je crains que certains ne se souviennent pas de cette plaie qui a exigé ma note. Je veux croire que l'un de ces dirigeants, l'un de ces fonctionnaires passe me lire et qu'il sache que l'handicapé, le malade que je suis éprouve le même sentiment d'insécurité et de peur et que jamais je ne m'effacerais derrière tous ces chocs civilisationnels et que j'aurais toujours l'esprit capable d'initiative contre toutes les oppressions économiques d'où qu'elles viennent. Le grand malheur d'une société démocratique réside dans le fait d'une représentation mensongère de la réalité et la réalité c'est toujours tous ceux qui souffrent ou en situation de souffrance.

16.09.2009

L'alcool de la détresse


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  Jean était assis, recroquevillé, sur un des bancs en bois, à l'ombre du monument aux morts. Au dessus de nous, les branches des pruniers sauvages ne cessaient de s'agiter dans le vent qui s'était levé de la ruelle du professeur louis Arnoult. Le vent faisait claquer ses vêtements et les feuilles des arbres s'accrochaient dans ses cheveux. La fraicheur faisait une couleur orangée sur la peau de ses joues et des traces de larmes parcheminaient ses paupières qui se rabattaient en col roulé sur ses yeux d'où la raison s'enfuyait. Songeait-il à cette heure à tout cet alcool qui l'avait livré à la folie, le dépossédant de son honneur, anéantissant sa moralité et sa réputation. Mais bien qu'il se repentait de ne rien comprendre, il plaisait à Dieu qu'il retrouve des moments de paix. Jean fixait le sol de terre battue, il avait le visage terrible et les yeux injectés de sang, ses yeux éclairaient sa souffrance comme en pleine nuit. Jean avait un visage séduisant, marqué par les rides, bien qu'il était bouffi par les abus. Sa mémoire vacillante dispersait les cendres froides du foyer de ses idées noircies, puis s'oubliait sous l'empire d'une impulsion subite. Jean détournait la tête, il était visible qu'il se mentait à lui-même. Il avait des cheveux noirs, longs, sales et qui grisonnaient sur les tempes, un début de calvitie lui rendait un air amical. Jean se détendait, il m'observait à la dérobée, je lui souriais, le purifiais de sa honte par un large sourire. Il était vêtu d'un vieux blue-jean tout rapiécé et il portait une paire de brodequin usagée, lacée de cordelettes de lieuse. Je le regardais avec compassion, il avait l'air vanné et il me regardait tantôt d'un air indifférent, tantôt d'un air agréable. Il n'y avait personne au monde à qui il aurait pu raconter sa misère et à courtiser le passé comme il le faisait, les choses avouables secouaient la vilaine pensée qui le terrassait continuellement. Je me souviens de son odeur, il puait le vin, le vieux journal, le tabac de papier maïs, il sentait la terre remuée, la grave de nos étangs. J'ignorais son nom de famille, je savais cependant qu'il avait été élevé dans une ferme du voisinage, les murmures les plus odieux chuchotaient les plus obscurs délations à son endroit, mais pouvait-il en être autrement quand l'amour était aussi distant que froid. Je pense que Jean enserrait les restrictions de son être, de son âme, il pénétrait librement, soigneusement la chair de son âme, il commençait d'appeler ses plaies, ses ratures, l'image de son corps n'aurait pas le visage fuyant de l'éternité. Ce n'était pas étrange pour moi de me trouver dans les préoccupations de cet homme et je connaissais qu'il était destiné à vivre en raison de la privation. Oui fiston me disait-il, la vie n'est pas facile et moi de lui trouver les mots doux, la phrase juste qui pouvait le dépassionner de son malheur. Et son âme que je sentais généreuse, elle changeait soudainement d'expression, cette âme troublée était la sienne dans toute sa brusquerie, dans toute l'ironie du courage et de la rudesse du vivre. A tel moment, il montait sur ses grands chevaux, me donnait des ordres de partir ou de revenir, il me critiquait, l'instant d'après faisait mine d'être mon ami, il était très changeant et le vin le rendait hypocrite. Il en voulait énormément au Bon Dieu, je lui disais, Dieu n'a pas créé le mal monsieur Jean ! ni même la maladie, je faisais de mon mieux pour lui expliquer l'absence, la privation de bien qui se caractérise par le mal et toute son emprise dans l'ignorance des hommes. Dans sa musette trainait une bouteille de vin qu'il portait souvent à sa lèvre, il buvait une gorgée et fumait une cigarette mal roulée, après quelques bouffées, il faisait la grimace et l'éteignait. C'était tout un art de le voir ainsi avec sa bouteille, Jean coinçait la bouteille sous son bras, il dévissait le bouchon avec ses dents, il avalait une gorgée, puis une autre gorgée, il attendait un instant les yeux fixé ailleurs, puis buvait une autre gorgée. Cela m'était agréable de le voir boire, son geste le remplissait d'un sentiment d'exaltation et en même temps de le voir s'empiffrer de vin j'étais triste pour lui. Jean avait l'éclat facile et l'influence apaisante de la bouteille dissipait en partie la tension accumulée de toute sa vie d'abandonné et l'alcool achevait de l'incliner à l'indulgence, à la mienne inébranlable. Il avait perdu ses deux parents adoptifs dans un accident de la route et il était mort définitivement avec eux. Personne n'avait manifesté ni patience, ni compréhension, son destin, il l'avait écrit avec l'encre de son sang, il refusait l'amour en le jetant au visage des hommes. Il savait qu'il se réveillerait sur le chemin, la bouche pâteuse, avec la migraine sourde. Sa détresse s'accroisserait au fur et à mesure et que les années passeraient sans apporter la force dans une endurance qui s'épuiserait de jours en jours. C'était il y a quarante ans et je n'avais pas 10 ans, mais l'enfant que j'étais, sensible à souhait, a toujours conservé le souvenir heureux de cet homme attachant que l'adversité du monde avait trahi. J'ai appris quelques années plus tard que son véritable nom était Jean Conte, Conte parce qu'il avait été trouvé tout naissant sur le porche d'une église. Je l'ai revu ensuite à la gare du Mans, il faisait la manche, son visage était méconnaissable, de grosses boules de graisse lui mangeaient la face. Je suis allé à sa rencontre, il n'a pas voulu de mon aide, mais il se rappelait bien du petit garçon d'autrefois qui tentait au mieux de lui rendre son sourire, celui que la vie dans une audace incroyable lui avait refusé. 

10.09.2009

La force de croire


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 Le mystère du subconscient me fascine et je trouve passionnant que mon rêve, ma réalité, son explication ne soit pas exclusivement liée à une image vue dans mon enfance et oubliée. Croire a toujours fait partie de ma joie, même lorsque j'étais agité et que je ne pouvais en supporter davantage et que mes nerfs pouvaient céder sous la pression des horreurs de mon existence. Devant l'adversité, je croyais ouvertement, sans me cacher et je pleurais en remerciant la vie, tout saisi de joie et de plaisir. Quand au crépuscule de ma naissance, il y avait un nuage noir dans mon ciel étoilé, une magnifique prière fut écrite pour moi, sur de longues croches de musiques, montées et disposées en vue de l'essence subtile de ma fécondité. Vêtu ainsi de ma merveilleuse prière, je buvais tout autour de moi chaque détail de la lumière chatoyante et enchantée, je m'enivrais déjà du plaisir d'amour. Ma prière était écrite en bleu de ciel, avec un long rayon de soleil, formé de dentelle et de la chaleur d'un Dieu qui retombait chaude et indéfectiblement assortie à mon âme. Elle avait fait gonfler la joie en mon esprit et mon tempérament, déroulée l'essence la plus mystérieuse de ma nature. Et lorsque les premiers chagrins, les premières émotions arrivèrent de l'intérieur de mon âme, me parvenaient alors les échos musicaux de ma prière, jouées par des notes de musiques célestes, tandis que je recevais la blessure comme une invitée de marque. J'avais appris à me mouvoir rapidement, sans entretenir un doute qui puisse contrôler un peu de ma liberté, je m'étais pris d'un enthousiasme à la légèreté d'être. Mon existence fut bientôt remplie du mal et je me trouvais enclin à l'amour du vivre, j'avais froid et chaud, mon âme rayonnait, c'étaient des moments heureux et parfumés. Je vivais à tout rompre, les blessures, les douleurs n'auraient pu être une seule et même substance en moi si je n'avais pas cru en croire, les coups me parlaient, me conduisaient à l'acceptation d'exister ainsi. Parfois aussi soudainement, le dégout se dressait en moi, son odeur acre emplissait jusqu'à la totalité de ma lumière, il me faisait des petits sourires d'invitation, j'étais venu à si bien le connaître qu'il disparaissait libre dans un bruit de mélancolie. Souvent la fatigue me rendait heureux et tout cela me paraissait si drôle, je riais d'éprouver la force de me reconduire en autant de regrets et de sursauts, mon plaisir je le tenais par la main, par la bride et c'était merveilleux, je maîtrisais. Mon enfance était troublée et l'adversité déposait ses baisers sur ma joue, elle agitait ses barbelés devant mes paysages avec des retranchements nuancés d'espoir, je savais ma maîtrise sur l'embarras du doute. Et jamais je ne me laissais convaincre de m'éloigner de ma misère, car je songeais à la déception des regards et du long échange des murmures et j'avais la consternation du monde qui se répandait en mon sang, l'ironie du sort, la fascination de l'épreuve. Le croire est le doute et d'en éprouver l'atmosphère m'imbibait du sens caché de leur propre substance, le temps de ma réflexion était accentué par une connaissance de rencontres charnelles et spirituelles, je priais dans toutes les directions, les plus obliques, j'étais dans la contemplation qui emporte le désir. J'avais beaucoup de peine de la peine des autres, de la mort des uns, tout cela était brusque en moi, j'étais capable de juger de la sincérité des âmes, même de celles qui avaient porté des coups sur moi. Croire m'obligeait à ne pas me soumettre, mais également à éviter l'exubérance d'un diable porteur du monde, j'avais autorité sur l'interrompre et le méditatif, j'étais Dieu en mon domaine. Croire avait un visage, une odeur à l'approche de quelques dangers, bâillonner l'absurdité de la nuit, façonner la figure de mon humanité, c'était une approche qui me rendait nerveux certes, mais dans une surexcitation craintive. Dans les sursauts de mon imagination, l'arrogance du destin avait un visage écarlate, son expression précipitée s'abaissait poliment devant le solfège de ma foi symphonique et pour moi il n'y avait là rien d'énigmatique, tout s'inclinait sans se détourner de l'absolu. La colère s'emparait souvent de moi et encore aujourd'hui je suis un homme de colère, je suis d'un tempérament vif, je suis une braise et je m'enflamme brusquement à tous les manques d'écarts, c'est une épreuve que je tente à déchiffrer, on ne peut jamais être sûr de mourir naturellement de toutes nos incapacités en sachant que l'agitation humaine cause l'accident. Croire me fait avancer dans ce désert fumant, mon cœur palpite comme après l'effronterie de l'illusion, il y a encore beaucoup à faire pour entrer de plein pied dans l'immédiateté du geste et la nuit reste silencieuse dans ma maison, mon corps. Croire n'est pas tout bonnement religieux et je ne pense pas qu'il y ait beaucoup de gens qui le sachent, sans doute qu'il existe ici particulièrement une certaine lâcheté, un manque de discipline, quelque chose qui vieillit mal, qui filtre malgré tout. Il y a du plaisir à croire l'incroyable quand l'extrémité se brise, quand l'unicité file à toute vitesse sans qu'on puisse la retenir, l'on soudain voit une silhouette qui gravit la pente de l'émotionnel, c'est quelque chose qui vous claque l'entendement comme si toutes les pentes et les recoins vous étaient interdit, ça nous désarçonne sans que l'on ne puisse rien retenir sinon que croire à vive allure nous affole, car il faut être fou pour croire. Notre raisonnement est trop souvent taché de l'humidité de notre mémoire, des querelles et des disputes s'accrochent un peu partout et j'imagine assez aisément celle ou celui qui ne croit pas, je vois le trait émergeant du tas d'embrouilles avec leur regard d'épouvantail et je ne m'en souci pour rien au monde. Il leur faudra prendre les chemins de l'inquiètude pour changer d'expression, pourtant il semble bien que certains soient destinés à l'ironie de la mesure du temps et la mesure du temps est une vaste prairie où se disperse de plus en plus le courage.

03.09.2009

Mon corps est ma maison


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   Certes, je ne peux jamais me faire une idée très nette de mon corps quand je médite tout éveillé, mais en l'examinant par l'âme, je sais que c'est ma maison. Mon corps fusionne avec mon âme dans une exactitude parfaite dans le moindre détail. Mon corps n'est pas étrange, il a une voix que je perçois différente à la mienne et je ne sais pas qui l'a créé si doué de la parole intérieur, ni comment, ni même pourquoi. Je me rappelle de mon corps quand j'étais tout enfant, il me faisait un peu peur parce qu'il me semblait si mystérieux. Mon corps est-ce un arbre réel ? Ou simplement une œuvre d'imagination ? Or mon corps qui marche fraternellement aux côtés de mon âme avec l'énergie tranquille doit pouvoir supporter toutes mes interrogations, tout mon mysticisme, il doit pouvoir aussi se reposer sur une sincérité parfaite, car il me donne droit à l'existence. L'âme s'imagine que c'est elle l'héroïne, elle est en réalité amoureuse du corps qui l'a possède, et il ne m'est pas difficile de rire de la mienne, elle est si ingénue, si distraite. Mon corps a toujours été en mouvement dans ses multiples révolutions sans jamais me disperser malgré l'intrépidité de mes hystéries. En vérité surveiller mon corps est une tache ardue qui suffirait à épuiser n'importe qui, et c'est à peine croyable quand je songe qu'il me porte depuis cinquante ans. Ainsi, tout à d'abord, il a tant reçu tant de coups qu'il exhibe une pâleur seyante et tout son visage a un teint pâle, une impuissance à vivre normalement, mais cela n'a guère d'importance quand il y a tant de douleurs, tant de souffrances à discuter. Et je sens peser sur mon âme l'obligation morale d'employer au mieux tous mes instants de méditations, que je puisse sans cesse consacrer à mon corps, un chaud sourire pour illuminer mon âme, comme si elle était délicatement éclairée de l'intérieur. En ce qui concerne mon corps, j'en conviens, sans regret, il est trop souvent dans la privation du vivre, dans la frustration, dans l'impossibilité d'exister, mais c'est le prix à payer pour mon âme meurtrie d'accéder à la Lumière, tout en conservant une expression aussi sereinement angélique, malgré la douleur et l'insupportable. Peu d'êtres humains savent voir la vérité de leur corps, ils le voient tel qu'il est, dans un individualisme parfaitement inconnu, rongés par l'inquiétude du mourir, ils en espèrent la perfection, quand bien même ils en exigent pas la correction. La laideur d'un corps, la maladie, l'handicap mental ou physique n'est pas l'infirmité, mais bien un rayon d'amour qui dépasse de très loin le côté charnel de l'humanité, c'est la partie enveloppée, ensoleillée de l'âme. Pour que ce corps existe vraiment dans sa compréhension, il faut ouvrir la porte de l'éternité, nous blottir ensemble humainement, car l'âme solitude se sent si naturellement glacée intérieurement, qu'il faut traiter ce corps en invité, faire en sorte chaque jour, qu'il apporte dans nos existences, l'intérêt nouveau qui stimule. Il y a des âmes qui détestent foncièrement leur corps, il leur semble fragile, plein de mollesse, sans force, il les irrite, il constitue un fardeau dont le destin les auraient chargé, s'ils prenaient justement un grand soin de ne jamais montrer un sentiment négatif, un signe de tristesse, mais de faire montre de sympathie et de compréhension, ne serait-ce pour tous ceux qui sont largement plus handicapés, je sais qu'ils ne chercheraient plus les mots pour l'exprimer, quand bien même ils seraient dans l'ignorance partielle. Il existe des corps qui ont perdu toute santé, toute vitalité, mais cela ne fait pas des âmes qui les habitent, des personnes différentes, nous ne sommes pas égaux et ceux qui ont reçu la santé de l'âme et du corps doivent en éprouver une profonde et généreuse reconnaissance, c'est un don du ciel. Le simple cri de douleur, de souffrance, affine l'instinct et aide à prévoir les humeurs de mon corps, en acceptant de fait, je me trouve souvent en situation de les prévenir, je ne me ménage pas, je suis naturellement obstiné, et c'est je crois ce qui me vaut son respect, car mon irritation s'atténue rapidement quand je me sens troublé, blessé, offensé. Mon corps est pour moi comme une âme ouverte, une âme qui à l'origine ne contenait pas grand chose qu'un corps et je l'acceptai pour ce qu'il était, un corps affectueux, avec une attitude gauche, cependant capable de pénétrer mon âme qui ne savait que comprendre. Mon corps est intelligent, et mon âme bornée, parfaitement à l'aise, prête à expliquer ce qu'elle ne comprend pas. Mon âme ni stupide, ni ignorante est depuis l'origine désireuse de m'instruire, et à mesure que s'atténuent les maux de mon corps et mes difficultés d'adaptation, je me rends finalement compte qu'il n'est pas hypocrite avec moi, qu'il est sincère, spontané dans mes douleurs comme dans mes souffrances, mes colères s'écroulent dans mes derniers retranchements, mes derniers ressentiments, notre relation se passe en politesse convenue. Mon âme a reçu assez de subtilité pour comprendre l'intention de son enveloppe et qu'il existera toujours une relation du possible capable de bouleverser la plus informelle des insuffisances de l'éducation au non conformisme. Je suis si heureux de ce corps de douleur et de souffrance que mon âme lui témoigne ouvertement son affection car elle sait maintenant qu'il est sa maison, une maison à la fois amusante et déconcertante.

22.08.2009

La soif du vivre


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Mes pensées me supportent à peine parfois, et je m'aperçois que je tremble bien trop souvent. Je suis furieux de me sentir ainsi aussi faible comme un pantin. Cependant, je ne dois pas me laisser emporter par mon imagination. Cette querelle idiote a causé une cassure suggestive en moi, pourtant je dois écarter de mon pauvre esprit toute idée de ce genre, car elle laisse en mon âme une cicatrice indélébile, et mon esprit est maintenant tout saisi de vertige. Envahi par une colère qui se mue en larmes mal contenues, mes idées écorchées par les mots foulés sans ménagement, je pense sans réfléchir à la douceur du vivre ensemble. Il y a l'amour que j'aime, un immense et accessible amour pour son parfum profond et ses fleurs embaumées. Je suis capable sans effort aucun, je reprends mes sens au bout d'un moment court et j'entends ma propre voix hurler au monde qui m'entoure que je me sens bien. Bientôt une fragile impatience lance un défi, un appel de joie au fond de moi et avec quelle facilité déconcertante, il vibre, laisse pénétrer dans mon âme un flot de senteurs inconnues, imbibé des essences, puis me laisse rêver par les effluves. Le vice et la cruauté s'empare souvent de l'esprit des hommes, c'est alors que la nuit tombe, les mots, les gestes s'en vont ici et là à la rencontre de l'innocence bafouée. Mon amour, notre amour à tous, est de perpétuer sur la terre cette flamme d'amour contre toutes les injustices jusqu'au moment symbolique où elle pourra jaillir entière dans la lumière féconde du jour. Souvent il me suffit de fermer mes yeux, alors je sens en moi couler une source de douceur, elle s'immisce en tout mon être, je suis en paix et ça a le goût du fruit gorgé de sucre et d'eau. Le mal du dire, je sais qu'il ne représente qu'une toute petite et insignifiante parcelle du monde, pourtant il me paraît affligeant d'y épuiser le cours de ses jours sans jamais dépasser la distance qui mène à la joie intense. Il n'y a véritablement que dans l'amour où l'on puisse s'éveiller à la lumière et en effet trouver le mot juste, la prière qui élève pour nous laisser seuls avec notre conscience de blessés de la vie. L'amour qui agit en chacun de nous se peut s'achever un instant par un évènement qui constitue un tournant décisif dans notre existence, la calomnie ne saurait effacer l'amour dans une âme habitée par l'amour, le langage mauvais, inhumain, dont les répercutions se font sentir jusque dans notre être, ce langage immonde qui couvre la chair, a la particularité qui rend populaire son utilisateur et derrière son invisibilité, il excite la curiosité des hommes et tandis que sa sève d'encre empreigne la substance de notre âme vitale, permet pourtant de bien comprendre les rouages du monde qui nous entoure. Mon sentiment à cette absence d'amour me laisse parfois étrangement confus, et je m'indigne sottement de son intrusion dans mon amour et bien que sa puissance soit inférieur au mien, c'est une seconde de trop et si difficile à gérer, je ne veux pas qu'il revienne séjourner en mon esprit, car la catastrophe et la tempête qui s'abat sur mes pétales en pleine floraison m'empêche d'aimer pleinement. J'ai besoin de sérénité pour vivre, de silence pour me sentir capable d'écrire, de parler, mais avec ce désir symphonique, avec une voix, une note de musique qui ne serait plus la mienne, mais la votre. Quand j'étais tout enfant, alors que la vague du grand océan se jetait sur moi pour mieux me démolir, je savais être calme et inébranlable dans chacune de mes décisions, les vagues se succédaient et mon corps était un chalutier, souvent je démâtais par le vent qui balayait mes côtes, mais toujours l'amour était là à travers les vagues déchainées pour sauver mon esprit égaré dans l'impossible, quand ma douleur était si profonde pour s'exprimer avec des larmes de lassitude, j'aimais. La faiblesse des hommes occupe une réelle place chez moi, sa présence me fortifie et me permet d'aiguiser ma propre liberté, je m'efforce de comprendre ce qui me fait croire la mienne opposée, je féconde ma faiblesse avec la faiblesse du monde, je les réunis pour grandir et ma croissance est une tristesse insondable. Je suis un homme symphonique, une vibration et mes notes sont invisibles à ceux qui bafouent mon solfège, mes gammes sont de larges fleurs, de majestueux arbres et ma musique à la tonalité des herbes folles, elle vibre au sens aigu de l'humanité souffrante. Il y a des âmes qui rejettent l'amour plutôt que de courir le risque de se voir rejetés, elles suivent scrupuleusement le chemin de la timidité, ces âmes paraissent éprouver un immense plaisir à la surexcitation et à la curiosité, se sont des âmes dévisagées à l'image d'elles mêmes, c'est une attitude, une sorte de sédatif pour éviter toute communication. Aujourd'hui comme hier, mon cœur agit toujours spontanément, ma seule volonté le dirige et ma confiance n'est jamais trompée, j'ai acquis la perception, la capacité de lire dans l'âme, sa subtilité ne m'est pas étrangère car je connais ma nature spirituelle. Je cultive ma soif du vivre par ma volonté et ma patience, ma fermeté et ma constance, j'ai encore soif de métamorphose à cause de ma liberté et ma force d'aimer.

15.07.2009

La mort au bout de la corde


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 Patiemment, la lumière repousse cette gangue d'ombre qui colore mon ciel étoilé. Elle se fait chaude en moi avec sa courbe familière, mais au fur et à mesure que j'y avance, je constate sa transformation, sa métamorphose, féconde et conjugale. A cet instant, mon ami, mon copain, s'éveille, il se dresse dans ma pensée, faite du souvenir, il demeure assit par la bride, pour un moment. Je m'étonne d'abord et ce n'est qu'en inclinant ma douleur pour éviter ma souffrance que je comprends ce qui est arrivé. Ma volonté reprend son bien et à sa manière enfonce en mon être ses longs doigts d'amour. Ma pensée est toujours menaçante, même au passé le flashback finit par triompher. Ma pensée gueule, hurle, sans ordre sur les bords de mes familiarités. Mes raisonnements nus aux membres flagellés se croisent les uns vers les autres, mêlant leurs adjectifs en d'étranges vocabulaires et construisent au dessus de mon entendement une voute enflammée d'interrogation qui se consume lentement. Pour mon ami, mon copain, les temps de sommeil et les temps d'éveil avaient fusionné depuis longtemps, il promenait son regard comme jadis autour de lui à la recherche de son for intérieur. Cette âme à l'écorce fragile, à la couleur vive, au jour du trouble jetait quelques taches sombres, esquissant une sorte de sourire aux seuls non initiés, un trait de tristesse reconnaissable traversait serein son regard. Mon ami, mon copain n'était pas capable de se tenir debout dans la lumière neuve du jour, la couleur de son jour était entamée, crevassée par le cahot des roches, sur la trop présente dentelle accidentée de sa réalité, là où se lève le rêve qui guide l'existence. Ma pensée est remplie de petites lâchetés, de réponses sans fondements et je suis si petit, si facilement brisé, je tombe sur les premières épines, les premiers barbelés. Mais quel poids a donc cette époque sur l'existence si vite oubliée, sur une pensée insouciante et comme avec quelle audace elle imprime en moi, qu'elle s'incruste en moi avec son regard d'éternité. A présent ma pensée est rouge, striée d'ombres et salie de quelques touffes d'épineux regrets. Il est si normal pour quelques uns de revêtir l'armure de la maturité, les écorchures quotidiennes les effleurent si superficiellement, mon ami, mon copain ne pouvait mentir avec sa conscience tranquille et la rumeur écorche les langues et je ne peux penser que le rouge de la culpabilité infligée pouvait s'étendre jusqu'à son cou. Avec sa tristesse comme un nœud de racine, il n'y avait donc personne pour se douter que mon ami, mon copain était un être humain, une personne vivante, assoiffée et qu'il regardait maigrir le lit de la rivière par lequel le tenait prisonnier le soleil affamé. Je le prononce si souvent ce mot qui pèse sur ma langue depuis des heures que ma bouche, ma langue, mes lèvres le sort très naturellement sans résistance aucune, comme si le fait de dire pourquoi est une formule indifférente, pourquoi, ce mot lancé, prononcé, enveloppé de mon haleine a reçu dans le silence encore meurtrier de la honte mon approbation. Chacun est libre de marcher vers la rivière et descendre la berge, de laisser se plisser son regard durant les temps d'arrêts, on n'y découvre alors toutes sortes de roches et de galets qui se dénudent au contact salvateur de l'eau qui coule, cette eau divine serpente parmi les bancs de sables, touchée pourtant par la lumière salvatrice du soleil. Je pense à tout ce qu'il nous a apporté, mais aussi à tout le sordide de la phrase chiffonnée sur la souche blanche et le bois si brillant de la bave qui écorche ma raison affaissée. Ma mémoire s'écrase, rebondit, elle traine un peu partout en moi et mes visiteurs seront prodigues de fleurs envers mon ami, mon copain, d'autres seront mal à l'aise avec leur caquetage de perroquets. Depuis un moment la rumeur avait été jetée sur nos épaules comme une veste rapiécée et chacun la portait indifférent, négligemment ouverte, certains sûr d'eux mêmes les mains dans les poches. Il y avait toutes sortes de traces nauséabondes sur cette veste, du gras de porc au rouge à lèvres des maquerelles, d'autres s'essuyaient les doigts au col du vêtement et ce faisant on sentait un vague parfum de vomi en émaner, un parfum que je reconnaissais, un parfum que j'avais déjà respiré, cependant quelque chose de fugitif, une odeur si lointaine que le seul fait de nommer son propriétaire emprisonnerait d'étonnement le parfum encore évanescent de la rumeur. Il y aura des lueurs vexées à ma lecture, elles traverseront aussi les regards bleu, alors la rumeur crachera malgré la sécheresse qui s'étend toujours, il y aura de l'irritation et de la colère sèche, alors à vous misérables le crachoir comme le bénitier dont vous usez le fond avec vos doigts de marbre. Au creux de ma poitrine la colère est bouillonnante, elle ronfle sourdement si haute comme depuis si longtemps, elle dénonce l'injustice faite à un homme qui n'a pas compris la rumeur facile et la rancœur était libre et qu'elle couvait comme la poule en eux depuis toujours, qu'il ne faut pas s'attarder devant la frustration. Maintenant il est trop tard, la corde a eu raison du cou de mon ami, mon copain, il n'est que de lire la question sur les visages que je croise depuis hier et leurs yeux curieusement délavés. Il y avait en Toi cette incroyable enfance qui semblait remonter du plus profond de ton être et qui ondulait dans chacun de tes gestes, alors je veux te dire mon ami, mon copain où que tu sois dans le ciel, j'ai été heureux de te connaître. Quand les hommes sont encore des humains, ils savent décider de leurs actes, mais celui qui colporte des rumeurs est tout autre, difficile à définir, il est un lâche !

07.07.2009

Un homme d'exception, l'abbé Jouault


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Année 1966,

Quand l'abbé Jouault arriva chez moi le samedi soir, j'eus l'impression d'un grand chêne, son odeur boisée, musquée, alors entrait avec lui un air puissant tout parfumé de vivacité et qui sentait bon l'écorce, les racines, les bancs, les tables en bois vermoulus des salles du presbytère, la pierre de tuffeau humide de l'église et l'encens de messe. Il était vêtu ainsi de sa soutane et d'une large cape noire et sur sa tête un minuscule chapeau noir de forme octogonale. Il tenait fermement à la main une sacoche en cuir aux attaches métalliques brillantes, elle contenait les secrets de moi. Le Père Jouault était aussi maintenant assis à son aise que s'il avait fait partie de la famille et il nous parlait tout naturellement avec ce grand calme propre aux ecclésiastiques. L'abbé avait la gentillesse qui dure et un large sourire qu'on n'oublie pas. Son odeur continue à flotter en moi et le souvenir de sa voix aujourd'hui encore. Comme au travers d'un brouillard, je voyais les lèvres de l'abbé, celles de mes parents nourriciers s'articuler, je percevais une lueur d'humour dans leurs yeux et cette pose de politesse m'amusait beaucoup. Mon père nourricier, taquin comme à son habitude, souriait légèrement et acquiesçait d'un signe de tête approbateur, je savais qu'il éprouvait du respect pour cet homme dont il ne partageait pas complétement toutes les idées. Il fut convenu dès ce dimanche matin, j'irais au catéchisme, à la messe, j'entamais donc ainsi la première des quatre années d'études en vue de la communion solennelle. Le presbytère ressemblait à ces vieilles photographies jaunies et cette vaste demeure n'était plus à elle et son image vraiment se rattachait à hier, au passé. Les salles dépouillées des existences paraissaient abandonnées, chacune d'elles disposaient de bancs et de tables semblables à ceux de l'école publique. Les plafonds des salles s'affaissaient sous le poids des torchis, des toiles d'araignées pendaient en filaments le long des murs, les montants des fenêtres étaient disloqués et sur les tableaux d'affichages quelques gravures anciennes déchirées. Je ne crois pas que j'avais en mes heures de la veille imaginé cette possibilité d'un endroit si abandonné, j'étais fâché et confus d'autant que l'odeur de poussière m'incommodait fortement. Il y avait ici, la mère Téton et la mère Paul, deux braves femmes déjà très âgées, elles étaient en charge de la première année. Et je méditais dans cette salle, je contrôlais mentalement la distance entre mes petits camarades et moi, rien n'était étrange, avec une connaissance totale, conscient de chaque recoin, chaque courbe, ma pensée ondulait et tournait comme un serpent. Et soudain, je vis une clarté en moi, de celle qui m'avait toujours guidé au bout de ma volonté et une forme de raisonnement, un moment encore et ma lucidité était éclatante, mes doutes avaient disparu. Je répondais aux questions des deux femmes, il y avait quelque chose de stupéfiant, de presque choquant dans la presque soudaineté de leur étonnement. Ma pensée ne m'y avait pas préparé et elles me frappèrent avec leur visage tout abimé de honte et avec une profusion incroyable, ne laissant voir ni remords, ni compassion, rien que cette frustration. À l'église je fus anéanti par la vue de l'homme en croix, là encore je n'avais pas été préparé, je sentais une douleur au creux de l'estomac et des contractions nerveuses au fond de la gorge. Débordant des allée et des travées, une galerie de visages aux bouches ouvertes, aux regards hagards, non décidément je n'étais pas le témoin d'une vision et quelqu'un se détacha de cette oppression humaine, une personne persuasive dont les grands yeux lui faisaient une tête de maître d'école. Les jours passèrent et les deux années suivantes la mère Téton succombait de vie à trépas, exquise et sans défaut nous avait on dit. Mes pas résonnaient sur les dalles de l'église et les arcanes les renvoyaient en échos et j'étais mal à l'aise de causer tant de bruit, ce qui agaçait la mère Paul qui m'avait placé à ses côtés pour mieux me surveiller. A chaque fois la mère Paul m'attendait, les yeux fixés sur mon visage et je m'efforçais toujours de lui adresser un sourire qu'elle ne me rendait jamais, elle m'indiquait séance tenante ma place sous la statue de sainte Thérèse. Elle accentuait particulièrement cette pression comme pour insinuer que la condition où je me trouvais était inférieur à la sienne étant que j'étais un enfant de l'assistance publique, j'aurais bien voulu qu'elle s'en allât. Un dimanche durant la messe, sa haine jusque là sans voix et sourde s'anima étrangement et une couleur rouge monta à ses joues déjà enflammées. Ce changement physiologique était si soudain que j'en fus étonné, c'était comme si la hargne accumulée eût provoqué une libération destructrice au fond d'elle-même, ses yeux ne quittaient pas mon visage : Va au coin devant l'hôtel me dit-elle agressive ! J'étais à genoux devant les grilles de l'hôtel, l'abbé stoppait son homélie et baissait sa grosse tête vers moi et me dit : Alors monsieur Delaplace, ça n'a pas l'air d'aller ce matin, il m'enveloppait de son large sourire et à ma grande stupéfaction se dirigeait vers son micro et réprimandait vertement la mère Paul : Madame Paul ! laissez donc cet enfant tranquille une fois pour toutes ! J'étais sidéré de voir la mère Paul pleurer. Lorsque je croisais l'abbé Jouault dans la rue, il m'appelait toujours monsieur Delaplace : Bonjour monsieur Delaplace, comment allez vous ? Comme je m'en plaignais à ma mère nourricière de ce qu'il tutoyait tous mes camarades, elle me répondait : c'est que tu es un grand personnage va ! Un samedi après midi j'avais rendez vous seul au presbytère avec l'abbé Jouault pour la confession, j'avais non pas oublié la confession commune avec mes petits camarades du Catéchisme, mais bien profité de ne pas m'y rendre sous le prétexte que je n'avais rien à dire ou à dévoiler qui aurait pu me rendre détestable au yeux du Bon Dieu. J'entrais tout hardi dans la salle du presbytère où je fus reçu dans la salle de réception, l'abbé était assit à son bureau : Monsieur Delaplace, je vous présente ma mère ! Mère, je vous présente monsieur Delaplace ! Saviez vous Mère que cet enfant se prétend image de Dieu ? Et qu'il n'est rien puisque Dieu a créé le monde avec rien ! Comme j'allais pour l'embrasser, sa mère défit son châle et me dit l'index et le pouce sur mon menton : Dieu a surement des vues sur cet enfant, j'en ai entendu parlé de cet enfant fit-elle en me dévisageant. Mais de quoi avait-elle entendu parler de moi ! L'abbé resta en place jusqu'à ma communion. Je garde le souvenir content de cet homme bon qui m'avait baptisé et au moment de son départ, il m'invitait riant à poursuivre ma route avec assiduité envers l'adversité car pensait-il : Quand on a une vie comme la votre monsieur Delaplace, il existe toujours une volonté cachée du Père Éternel, ne l'oubliez pas et de temps en temps priez pour moi.

25.06.2009

J'ai rêvé l'homme sans visage


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J'ai rêvé l'autre nuit que je retournais à la maison de mon enfance. J'ai déjà connu plusieurs fois dans ma vie semblable phénomène. Il se produisait les années où je repartais à l'Institut du cancer à Gustave Roussy, le jour où je rencontrais pour la première fois Christiane la sœur de mon père, je n'avais pas 10 ans, le jour de mon accident du travail en 1989, en 1979 le jour où j'ai failli mourir quand les radiations des rayons cobalt 60 m'avaient pourri, irradié l'estomac et m'avaient vidé l'écorce d'une généreuse hémorragie interne, mon coeur s'était arrêté 3 minutes et les jours où je meurs sans pouvoir mourir. J'éprouvais l'autre nuit à présent la même sensation. Il m'est difficile de vous la décrire, sinon en vous disant de cette forme de singularité qu'il s'agit plus pour moi d'une sorte de prise de conscience très particulière, mais cependant très équilibrée. J'étais debout derrière la porte d'entrée près de la table, la porte était fermée à clef et la sortie m'était interdite. Les chaises de la table étaient plus hautes que moi et le plafond était si vaste. Je voyais des particules de poussière danser dans les rayons du soleil qui filtraient entre les carreaux des deux fenêtres. J'appelais, mais personne ne répondait, pourtant je savais que la salle était vide puisque j'étais seul. Celui qui n'a jamais affronté le silence ne peut comprendre mon rêve, j'avais l'impression que tous mes sens étaient anormalement aiguisés et l'espace était net, muet, bien défini, plus clairement dessiné qu'à l'habitude. Au pied de la table le silence n'était plus qu'un buvard, un ruban, la trace des anciennes existences. Le rose du buvard aboli, gagné par les taches d'encre et les ratures, les différents pliages, les coins écornés et les parties trouées d'écritudes étaient les linceuls de ceux qui avaient vécu là. Je tentais en m'élançant de m'accouder sur le rebord d'une des deux fenêtres, mais en vain, pourtant les carreaux des fenêtres reflétaient la rue et les silhouettes invisibles, sauf peut être les bruits et les voix muettes. C'est drôle de penser que tout mon destin serait comme suspendu à cette maison du sépulcre. Et puis il y avait l'homme, le propriétaire de la maison, un fou, un original, il ne m'est pas facile de donner une idée exacte, précise de l'homme sans visage. Un rideau crasseux séparait la pièce en deux, au fond dans la pénombre le lit accoté au mur et juste au milieu entre le rideau et la table, il y avait le placard bas deux portes. J'avais peine à penser clairement, tout envahi que j'étais par une impression d'irréalité. Le temps s'était enfui, j'avais l'esprit vidé et je ne parvenais plus à réfléchir, à faire un effort tant j'étais fatigué à examiner ma situation. Au moment où je retenais mes larmes, j'entendais un craquement sec et le bruit de la clef dans le logement de la serrure et tandis que l'homme sans visage forçait la serrure, je jetais un coup d'œil à ma droite, à ma gauche, de face et ne voyais qu'une masse informe se jeter sur moi. L'homme anonyme levait la tête sur moi, et la pâleur de son visage souillé de sueur me faisait peur. L'homme sans visage s'essuyait la bouche et le front sur la manche de sa veste et tandis que ses mains s'abattaient lourdes sur ma tête, il frappait, il frappait et je sentais sur ma joue une fraicheur nouvelle, la douleur était complétement tombée. Mon corps tout entier s'exprimait par ma voix, ce que n'appréciait pas l'homme sans visage et tous les cris que je cherchais désespérément me semblaient creux et maladroits. Le corps de l'homme sans visage au son de ma voix frémissait légèrement, et des secousses le parcouraient, puis il s'échouait là sur le lit comme sur un banc de sable, incapable du moindre mouvement. L'homme sans visage ronflait, je me souviens de son odeur, il puait fortement, il était fou en même temps qu'il était ivre et le mépris de moi lui durcissait le visage, c'est drôle que je ne puisse pas me rappeler son visage pourtant mes yeux étaient dans ses yeux quand il me prenait et me soulevait par le cou. Parfois je voyais sa bouche se serrer en ligne dure et il me regardait violemment, il y avait en même temps que la force, de la honte en lui, il n'avait pas le courage de soutenir mon regard, alors il devenait fou furieux, il me soulevait de terre d'une main et m'envoyait valdinguer à travers les airs où je rebondissais sur le lit. Il ne m'aurait servi à rien de parler à l'homme sans visage avec mon langage d'enfant et je m'étais détaché et j'étais tombé jusqu'au jour où la femme était venue me chercher, tout était définitivement terminé, pourtant mes lèvres s'étaient amincies en un sourire sans joie. Aujourd'hui à près de 50 ans, d'ici le 7 août prochain, bons nombres de mes nuits sont toujours peuplées de mon fantôme, il me faut vérifier les serrures de mes portes, longtemps j'aurais dormi avec la lumière, ma cheville droite me fait souffrir comme au temps où je portais des chaussures orthopédiques, l'homme sans visage m'avait brisé la cheville, c'était à l'environ du 19 août 1959 suivant la déclaration du commissaire divisionnaire Couvignou et je n'avais pas 12 jours. En 1975, j'ai appris que l'homme sans visage était mort clochard dans une rue du 10 ème arrondissement de Paris et j'ai su qu'il avait été enterré à la fosse commune à Thiais. Oui ! L'année 2003, je me suis rendu à Thiais et non ! arrivé au cimetière j'ai rebroussé chemin, surement j'aurais dû aller jusqu'au bout, les médecins appellent cela faire son deuil. C'est bizarre cette impression, jamais j'en ai voulu à l'homme sans visage sauf d'avoir oublié son visage.

05.06.2009

Thérèse et le Dakota KN 500


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 L'air embaume la sueur des étables et les animaux de la ferme gesticulent, grognent d'une étrange manière, la pluie, la neige tombe épaisse et la nuit est sombre à la ferme près du château des Bondes. L'obscurité violacée entre chacun des bâtiments tombe rapidement et Thérèse traine dans la cour de la ferme à rêvasser les étoiles, elle voyage dans son subconscient, cela lui fait retrouver des odeurs enfouies d'avant guerre, des émotions contenues, elle est résolument gaie. La vie à la ferme est laborieuse, le travail ne manque pas et Thérèse alors âgée de 15 ans n'est pas la dernière à la tache, la prière et les longues méditations ponctuent chaque heure de ses dures journées. Depuis la fin de la guerre, Thérèse ressent l'ordre nouveau des choses, la rigueur du geste, sa conception du monde à les yeux de l'évidence, elle poursuit son évolution corps à corps avec les événements, ses inquiétudes, ses impatiences, sa foi lui paraît moins vaste qu'autrefois, cependant elle n'est plus aussi nue, la violence des dernières années l'a éprouvé avec cette impression que son âme est désormais plus mûre. Tandis que Thérèse donne à manger aux petits veaux, soudain un bruit venant du ciel, un bruit sourd dont l'écho impitoyable l'a renvoie aux années de guerre et instinctivement Thérèse en comprend toute la signification, ce bruit lancinant qui déchire le ciel c'est le bruit d'un moteur d'avion. Thérèse se retrouve face à la peur, le regard intérieur suspendu à la réalité du moment et pas un cri ne jaillit de sa poitrine, l'avion descend sa trajectoire trop vite au sol, il s'écrase dans un boucan infernal et la terre est en feu. Paralysée par la peur Thérèse prouve sa force et s'extrait de sa rigidité, l'avion explose, l'air dégage une telle odeur de cramé, un tel goût de moisi, les flammes peuvent atteindre plus de 5 mètres. Plusieurs minutes lourdes s'égrènent ainsi dans le doute et l'incompréhension, entre la matérialité de l'énigme, il lui faut vite résoudre ce qui décontenance si fortement son entendement. Thérèse est dans un état d'engourdissement puis d'inconscience et ce malaise se prolonge quelques minutes, un instant elle croit voir des silhouettes qui se profilent dans son esprit avec une acuité déconcertante et étonnante, il lui apparait maintenant qu'elle est l'unique témoin du crash d'un avion. Thérèse prend ses jambes à son cou, elle accomplit ainsi un déplacement effréné, elle se met à éprouver la curieuse sensation de s'enfoncer dans le sol, elle oblique de droite à gauche et le chemin qui mène à la ferme lui semble démesurément loin, elle marche si somnanbule que le froid de la nuit, seul est susceptible de rendre la réalité qui s'éloigne, disparait et revient et c'est toute essoufflée qu'elle raconte son incroyable aventure à son père qui part sur le champs dans l'espoir de trouver des survivants. Le lendemain à l'aube,Thérèse accompagne son père à l'endroit du crash et c'est une vision de cauchemard, d'enfer, la ferraille de la carlingue fume encore et l'odeur des chairs calcinées est incommodante, là à tel endroit des dents, des os, des membres déchiquetés et des morceaux entiers de chair sont accrochés aux branches des arbres, des boites à chaussures et des chaussures jonchent tout le périmètre. L'affaire fait grand bruit dans la petite commune de Téloché et de Ruaudin d'où dépendent le château des Bondes, les terres et les fermes environnantes et l'enquête est rapidement menée grâce à l'identification de l'appareil. Le Douglas C 47 B3 Dk immatriculé KN 500 de la Royale Air Force venant de la région du Proche Orient avait fait une escale à la base d'Istres pour rejoindre leurs familles en Angleterre et en survolant la ville du Mans, les aviateurs cherchaient à atterrir suite à une gigantesque tempête de neige et de pluie, la nuit survenue, la tempête de neige et la pluie ont désorienté l'avion qui s'est écrasé au niveau de la ligne électrique à très haute tension. Les restes de 11 malheureuses victimes et ceux incomplets d'une 12 ème victime ont été transférées sur l'hôpital du Mans, les dépouilles furent transportées au cimetière anglais du Grand Lucé où un hommage militaire et civil leur fut rendu. Pour que ce tragique accident et le sacrifice de ces héros ne tombe pas dans l'oubli, deux amis Claude Blondeau et Gérard Chartier en 2004, après quatre intenses années de recherche ont pu inviter les familles spécialement arrivées d'Angleterre où un vibrant hommage fut rendu et l'inauguration d'une stèle érigée en mémoire des onze aviateurs. 11 héros, officiers et sous officiers britanniques, ils étaient âgés de 22 à 31 ans, ils revenaient de la guerre victorieux rejoindre leurs familles, pour fêter leur retour, ils avaient embarqués des cadeaux, des chaussures pour leurs épouses et leurs proches. Le jour de l'inauguration du 4 février 1946, monsieur Maurice Croiseau, dans son émouvant discours avait dit : Nous plaignons les morts, nous plaignons leurs familles. Nous sommes en deuil avec leur pays, notre population fait le serment de toujours veiller sur leurs tombes. Nous sommes fier de rendre hommage à nos amis anglais. Un serment respecté jusqu'à nos jours. Soixante ans plus tard la stèle est dévoilée par monsieur R. Houdus, Maire de Téloché et monsieur A. Delafoy, Maire de Ruaudin, les sommités politiques de la région et de la France, quatre familles anglaises étaient présentes, dont madame Funelle âgée de 87 ans, veuve d'un des onze pilotes, monsieur John Thomas représentant l'ambassadeur d'Angleterre en France et parmi tous les invités de marque, une petite dame invitée d'honneur, très émue et très digne a participé aux cérémonies et a déposé une gerbe de rose rouge près de la stèle, la petite Thérèse l'unique témoin du drame, Thérèse Hellaux née Foin, nos amies comprennent maintenant la signification de son pseudo la fouine.

21.05.2009

Les mystères de la forêt


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 Un petit vent chaud me pousse hors du village et je marche lentement vers le tertre, tentant de suivre serein la route qui mène à la forêt. Le soleil orangé darde presque ses rayons lorsque j'arrive en haut du monticule. La forêt m'ouvre ses bras avec son amour de branches entrelacées et son corps qui sent bon toute la richesse de son étendue boisée m'enivre. Quel formidable contraste avec l'âpreté du village dont je sors à peine. J'entre dans les bois et un lourd murmure en émane comme la prière rituelle des feuillages, la forêt m'apparait soudainement comme un seul peuple victorieux et recueilli. L'odeur de la mousse et les parfums engageants, les couleurs les plus subtiles flottent dans les allées et les recoins et c'est un véritable plaisir pour moi de redécouvrir l'arbre dont se découpent les délices de l'âme dans l'odeur des raies du soleil et le bleu maternant du ciel. Mes deux yeux inquisiteurs dévorent l'air ambiant, découvrent l'intimité des jeunes pousses vivifiantes et d'autres si rebelles, parfois si dévastatrices, l'écorce n'est pas seulement le bandage sur la plaie, elle transforme jusqu'aux racines profondes l'existence, la nature même de toute cette végétation de la vie obscurcie par l'oubli et la mémoire. L'arbre pluriel est une articulation phonétique de l'univers et le son de sa sève est un monde ouvert, mystérieux, la prophétie des langages dans la terre de vie. Seuls quelques maitres arbres s'avancent en bordure de lisière, les pieds dans la mousse humide, se frayant un passage parmi le jaune ocre des raies chaudes du soleil. L'arbre diffuse en mon être sa tranquille fraicheur et j'entre vivant dans le bois, il y a comme un cri silencieux qui perce mon cœur, la lumière du soleil tout d'un coup devient blanche, elle enveloppe en écharpe l'âme des arbres et s'enfonce vivement dans leurs écorces, dans leur chair et en ressort par les feuilles ruisselantes de sueur et de chaleur. Je suis hébété par cette effusion d'amour et ma respiration intense, saccadée est la plus belle des promesses, la lumière me serre, m'enveloppe, me prend jusqu'aux racines lierres de tout mon être et mes deux branches d'une profondeur inouïe m'enlacent, il me faut longtemps pour me détacher de mes larges feuilles qui ruissellent toujours et de leurs nervures d'où s'échappe le tendre sourire des petits plis confus aux creux des nœuds de ma branche malade. Un vieil arbre me raconte l'esprit de la forêt né du grand silence des solitudes, du temps où les âmes étaient en dehors des écorces de chair, au paradis de l'arbre de vie où les âmes fusionnaient avec les âmes, au jour de gourmandise où elles mangèrent du fruit de l'arbre, au jour des différences où elles endossèrent le manteau des feuilles pour cacher leur nudité. Je porte là mon cœur avec simplicité vers des allées d'arbres aux branches blanches, elles se dissimulent à couvert dans la pénombre et c'est pour moi de les contempler une fraîcheur de pensée, leur vieillesse a la même couleur de bonté que la terre qui les portent et elles m'entrainent si loin avec cette force étrange qui m'attire vers elles, je suis là vivant sans me disperser, la main sur l'écorce de l'une d'elles et pétrissant de ma présence tout son être en proie à une émotion intense. Plus loin à même la mousse tendre et humide, des troncs malades, vermoulus d'où s'échappe une sève violacée et blanche, ils n'ont jamais même su se lever bien qu'un flot scintillant borde par endroit l'ensemble de leurs écorces. Ils sont là allongés depuis la nuit des temps , appuyés sur leurs branches malades, s'effritant dans l'éternité des déraisons, parfois ils me lancent un regard d'infini tendresse avec un large sourire vers mon visage qui d'une étrange pâleur en est tout ébranlé au point où la rosée perle au coin de mes paupières et tandis qu'au sol toute la force des feuilles mortes bouillonne à portée de ma pensée, elle fermentée et enivrée de plaisir. Je n'ose à peine respirer ou murmurer pour mieux recevoir les flots de lumière que les arbres déversent en mon cœur, je remarque l'écorce chatoyante de ceux qui s'enlacent entres eux et les autres arbres ne trouvent rien à en dire. La multiplicité des arbres, leur couleur, leur odeur ne m'interpelle pas et même si le soleil se décide à ne pas percer mes brumes rebelles, je suis sublimé par cette lumière car le maître du jardin est là. Plus loin au cœur même de la forêt des arbres prestigieux se croisent et s'enchevêtrent, se sont des spoliateurs, ils manient sereinement le langage de l'autorité, ils se vêtent des feuilles des petits arbres, des plus miséreux. À mesure que j'avance, je remarque beaucoup d'arbres, d'arbustes, de petites fleurs qui se coupent de leur racines, leur méditation forcée, orientée vers les idées de la créativité, mais l'épanouissement avec la forêt n'est plus, bien qu'ils soient toujours capables d'amour, leur parfum résiste encore à l'harmonie. Les arbres ont des voix particulières, rocailleuses pour certains, cristallines pour d'autres, j'aime les différences qui les animes car elles me font entrer de plein pied dans l'originel de leur nature, les âmes des arbres sont semblables et uniques. Quelques petites fleurs se sont cachées sous la terre, sous les feuilles des bois, elles brillent par un prodige qui m'interpelle et bien qu'elles soient dans la pénombre épaisse, leur parfum vient fouetter d'un petit vent agréable mes narines. Des ronces lierres cohabitent dans la forêt, parfois elles hurlent, elles parlent, agissent sournoisement et bien qu'elles soient dans une quasi obscurité leur âmes croisent les regards, elles échangent, leurs idées sont toujours soulevées par les vents chauds, certaine fois leur lumière décline, s'étend ou se désagrège. La forêt est une mélodie et l'on apprend beaucoup à méditer sa partition, c'est une sensation confuse que je ne peux expliquer comme les discordes qui jaillissent ici et là, cependant la forêt se laisse deviner à la seule condition d'y croire, de croire en sa poésie, de se fondre en elle et d'y féconder en amour.

Diaporama de la forêt