06.02.2010
Rétrospection de 15 jours
J'aurais voulu
16:49 Publié dans Mes écritudes | Lien permanent | Commentaires (15) | Envoyer cette note
22.01.2010
L'homme aux Valdas

12:36 Publié dans Mes écritudes | Lien permanent | Commentaires (6) | Envoyer cette note | Tags : mauvaise haleine, cruauté, odeur
19.01.2010
Tit Jules est parti
Ma chère Isa,
Maman de Tit Jules
La douleur, la souffrance, la maladie, l'handicap, tout cet ensemble participe inévitablement au déroulement de la vie et chacun peut s'interroger, accepter ou être en colère. Pourquoi ? Nous ne pouvons répondre à ces questions véritablement qu'au travers du témoignage vécu. En effet le vécu est le résultat de chaque expérience. Tit jules a témoigné, éclairé d'une lumière nouvelle la condition de l'enfant, de l'homme dans ce qu'il y a de plus dramatique, l'altération du corps, de l'organisme et il a tenu mystérieusement caché sa douleur dans la véracité toujours de sa bonne humeur, car il ne se plaignait jamais. Tit Jules a apporté une contribution d'importance à la compréhension de la misère humaine, dans son interprétation, parce qu'il était un petit être animé d'énergies multiples et que la richesse de sa vibration a propulsé les uns et les autres sur un chemin de connaissance à la portée de l'humanité souffrante. Tit Jules a amené chacun à une plus grande conscience de son devenir. Après notre petite Fiona, notre Élisa, voici notre Tit Jules entré dans l'universalité.
Je salue sa famille, ses amis avec une profonde émotion et je leur prie d'agréer mes salutations les plus respectueusement attristées.
Pat ♫♫♫♥♥♥
09:17 Publié dans Mes écritudes | Lien permanent | Commentaires (9) | Envoyer cette note | Tags : enfant, mort, maladie, deuil
16.01.2010
Tremblement de terre en Haïti
16:31 Publié dans Mes écritudes | Lien permanent | Commentaires (12) | Envoyer cette note | Tags : colères, morts, haïti, souffrance, douleur
07.01.2010
De son vrai visage
16:54 Publié dans Mes écritudes | Lien permanent | Commentaires (5) | Envoyer cette note | Tags : camouflage, vérité, faux, mensonge
03.01.2010
La re-naissance par le verbe
10:31 Publié dans Mes écritudes | Lien permanent | Commentaires (14) | Envoyer cette note | Tags : ecrire, dire, parler, vivre
28.12.2009
La fille de joie
16:51 Publié dans Mes écritudes | Lien permanent | Commentaires (10) | Envoyer cette note | Tags : prostitution, corps, viol
20.12.2009
Hommage à mon amie Elisa

17:32 Publié dans Mes écritudes | Lien permanent | Commentaires (15) | Envoyer cette note | Tags : amitié, vie, existence, éternité
16.12.2009
Le co- peau du bois

07:14 Publié dans Mes écritudes | Lien permanent | Commentaires (7) | Envoyer cette note | Tags : moi, peau, écorce, résine
09.12.2009
Elisa source d'inspiration
10:39 Publié dans Mes écritudes | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note | Tags : malade, fatigue, source, souffrance, douleur
07.12.2009
De la terre à la vie
10:37 Publié dans Mes écritudes | Lien permanent | Commentaires (6) | Envoyer cette note | Tags : terre, eau, plante, fleur
05.12.2009
Cause commune, cause toujours
14:00 Publié dans Mes écritudes | Lien permanent | Commentaires (4) | Envoyer cette note | Tags : téléton, sidaton, associattion
29.11.2009
Mon amie Marianne
10:09 Publié dans Mes écritudes | Lien permanent | Commentaires (7) | Envoyer cette note | Tags : alzheimer, mort, mémoire, souvenir
20.11.2009
La peur nudité de l'âme
14:41 Publié dans Mes écritudes | Lien permanent | Commentaires (14) | Envoyer cette note | Tags : peur, mort, nudité
15.11.2009
L'Univers corps et âme
18:58 Publié dans Mes écritudes | Lien permanent | Commentaires (5) | Envoyer cette note | Tags : matière, corps, âme
08.11.2009
De vos notes à vos soleils d'espérances

13:58 Publié dans Mes écritudes | Lien permanent | Commentaires (16) | Envoyer cette note | Tags : ecrire, se donner, se livrer
02.11.2009
Hommage à mon père nourricier
Je demeurai là un moment à admirer mon père, comme il paraissait avoir vieilli ! l'enfance, la jeunesse à peur des rivalités, du mensonge tout nu. Lui si souriant, ses beaux yeux d'enfant n'avaient plus la force d'exprimer la gaité et se posaient sur moi d'un air affolé. Comment pourrais-je vous parler de mon père nourricier, sinon en vous disant qu'il avait l'âme épiderme et les mains intelligentes. Je le revois rentrer dans la cuisine, ce 9 novembre 1962. J'ai 3 ans, je suis un enfant assis sur la chaise, une chaise de gamin, de rotin bleu. Il fait chaud à cause de la cuisinière à bois, je suis là dans cet endroit nouveau, dans une forme de liberté joyeuse, mon père nourricier rentre, c'est un homme de taille moyenne, un brin corpulent, une calvitie qu'il camoufle d'une casquette, il est là devant moi me dévisageant dans sa salopette toute imprégnée de cambouis. Je sais déjà tout, presque tout et je n'ignore rien de ma présence en ces lieux. Je connais que ces deux personnes ne sont pas mes parents et des miens, il ne me reste rien d'autre que cette chose infâme qui a empoisonné les sources de mon affection. Et moi, je frissonne agréablement dans une terreur délicieuse, m'essayant d'étouffer le bruit de ma respiration et je crie subitement un retentissant papa qu'ils se rappelleront fort longtemps. C'est deux là m'avaient aimé du premier regard, pour autant que j'étais habitué à être jugé dans la brutalité du geste, de la phrase assassine. Pour justifier mon existence, j'imagine les avoir toujours connus. Janvier 2004, je n'ai vu que la fatigue sur son visage, une fatigue sans forme qui sortait de ses pupilles, comme si elle ne provenait ni de son corps, ni de son âme, une intruse devenue notre ennemie. En l'espace de trois semaines, son beau visage était devenu crémeux, laiteux, son corps était flasque, j'éprouvais alors un sentiment de révolte qui m'épuisait. Mon père n'aimait pas le réconfort, mais il appréciait ce minimum de sollicitude venant de ma part, il acquiesçait d'un signe de tête approbateur comme une trappe qui se ferme. Cela faisait maintenant quinze jours que mon père attendait son entrée à l'hôpital, ma mère s'attardait sur mes yeux et je la résonnais sans conviction pour cacher mon émotion qui m'embarrassait. Une semaine plus tard, nous étions dans la chambre, cinq médecins et deux infirmières, le diagnostique avait été brutal, c'est un cancer de l'œsophage monsieur Gaucher ! Il va falloir être très fort ! lui asséna l'un des toubibs, oui bof, c'est à la mode ! lui rétorqua mon père. Un flot de sang colorait les joues de ma mère et il était visible qu'elle n'était plus là, se replongeant sans cesse dans la réalité qui se rétrécissait par un sentiment d'inquiétude vertigineux. Les mots de chimiothérapie, de rayons avaient-ils encore un sens pour ma mère qui m'avait souvent accompagné à Gustave Roussy ! Dans le bureau du cancérologue, la franchise m'incommodait, il disposait disait-il, de six mois à deux ans au plus ! J'ai honte de ces gens dont la phraséologie scientifique n'est pas capable d'atteindre une certaine humanité, quand la notre de tristesse avait besoin d'une volonté de puissance. Cette fois ci, dans la grande horloge du temps, nous étions au milieu de la nuit, mais le temps continuerait à avancer, à tourner inlassablement, je m'étais fait la promesse d'être à ses côtés comme un galet dans le rouage de l'horloge. C'était vers juin 2004, les chimiothérapies successives avaient fait régresser la tumeur dans l'œsophage, s'ensuivirent plusieurs mois de radiothérapie et mon père était un héros. Décembre 2004, une nette amélioration, il nous avait semblé que nous pouvions encore espérer, mais ce n'était que quelques secondes de plus accordées par le maître horloger. Un jour de visite, mon père dort, il est si fatigué, l'infirmière me dit : quel homme admirable votre père, jamais il ne se plaint et pourtant comme il souffre ! il fait rire tout le monde au soins palliatifs vous savez ! Oui c'est sur, comme il nous faisait rire à la maison, surtout à table quand il mettait sa serviette sur sa tête pour imiter la grand mère. La psychiatre est dans la chambre : monsieur Gaucher, vous me présentez votre famille ? Voici mes deux garçons et il me regarde : voici mon fils que j'ai élevé depuis tout petit. J'étais là le vendredi tout l'après midi avec mon père, entre deux phases de sommeil, nous avons discuté d'avenir, de son premier petit fils qui allait naître dans un mois et qui aurait pu croire que tu te mourrais tant tu étais si lucide ! Lundi matin 7 heures, le téléphone sonne : c'est la fin, il faut amener tes vêtements ! Nous arrivons dans la chambre, les médecins t'ont placé dans un demi coma, mais tu nous entends nous disent-ils. Chacun te prend les mains, les caresses viennent s'ajouter à tes joues, nous sommes là papa, nous sommes là. Lorsque tu mourus le soir vers 19 heures, certains de l'équipe des soins palliatifs étaient en pleurs, ils nous affirmèrent que c'était la première fois qu'ils voyaient une personne partir dans la paix avec sa famille à ses côtés et entouré avec autant d'amour. Au cimetière, le jeudi, quand je me suis penché tout ému sur ton cercueil mon ami, j'ai dis du profond de mon âme : Je te remercie mon cher et fidèle ami d'avoir bien voulu être mon père.
19:15 Publié dans Mes écritudes | Lien permanent | Commentaires (7) | Envoyer cette note | Tags : amour, père, parent, cancer
26.10.2009
Je suis un vieux buvard

J'ébauche, ainsi, des signes de négation, d'affirmation et d'ignorance, ma vie est si curieuse. Ma langue à salive d'encre à le goût du papier Claire Fontaine et mes virgules fatiguées s'étirent désespérément comme des cannes de vieillesse. Enfin, me voilà enfin vieux, vieux buvard sous mon adolescence encore toute rabougrie et ma plume d'enfance se contracte insensiblement, elle tressaille au rythme de mes lèvres et des vergetures de mon innocence. Il fait grande nuit et un fin brouillard tendu sur mon rêve m'enveloppe d'images fulgurantes comme d'autant d'étranges paroles dociles sorties de la brume légère de la bouche fraiche d'anxiété. Il m'arrive parfois de ne plus pouvoir bouger, lié à l'amour de tout mon poids, mon corps crispé sur des poignées de prières et mon âme est si délicieusement triste à en mourir. Comment m'affranchir intérieurement et avoir le courage de me détacher de tout, quand ma poitrine est dure et oppressée et que je ne respire plus que par de vagues haleines onduleuses. Se donner et tout donner nous dit la petite Thérèse, mais comment se livrer totalement quand mon âme est déchirée entre les émotions qui m'agitent et qui prennent naissance dans les folles imaginations du déséquilibre et la honte de tout désirer quand beaucoup n'ont déjà plus rien. Quelle terrible responsabilité de dévoiler ce que je ressens, ma curiosité, ma passion quand sans nul doute elle a été capturée par le fiel de la concentration de toutes les rumeurs, jusqu'aux plus nauséabondes. Je m'accroche à la conviction qui me rend digne d'être aimé, mais même obscurci par le soupçon et le mystère, je ne redoute rien dans l'épreuve car je garde au plus profond de moi la raison. On ne m'a jamais offert la permission de rêver, même un rêve ordinaire, rien ne m'aura été épargné parce qu'il fallait que ma vie soit transparente. Depuis toujours dans ce village, de toutes mes forces, je m'efforce de résister, de ne plus me concentrer sur la vilénie qui tue et bien que je me sente plein de mépris et de colère envers les vermines qui sont là, je me sens capable de me débarrasser de tous ces indésirables fardeaux. Souvent, je sens mon cœur bondir d'une façon ridicule pour la plus petite bassesse de ces gens de rien, la crispation de ma bouche fait encore trop défaut dans la confusion de ma pensée. Pourtant qui voudrait accepter ma situation sans rencoeur, sans jamais pouvoir domestiquer l'irritation qu'elle provoque en moi. Un jour, je le sais, bien que je ne sache vraiment quand je serai libre, la paix intérieure, la confiance et bien que j'aurais envie d'éviter leur regard, je me sentirai toujours de force à les regarder bien en face. Je ne veux pas baisser les yeux, car une fois de plus je me sentirai conscient d'être à nouveau ridicule, je n'ai pas à leur demander pardon quand ils ne sont pas doués pour faire des excuses. Moi je ne rêve plus depuis si longtemps, le bonheur, il faut que je le fasse entrer dans ma maison et ma maison est mon corps, mon âme, je comprends que je souffre et cette ligne de pensée est bien douloureuse. Comment prendre conscience du piège qu'ils m'ont tendu, qu'ils étaient capables de commettre des actes répréhensibles, dangereux et cruels avec le ravissement fiévreux d'un jeteur de sorts. Les bruits de leurs paroles dans la nuit de leur silence éclairent comme au grand jour, leurs voix poussent des cris aigus comme s'ils craignaient l'obscurité, l'abjecte finit toujours par occuper la plus grande partie, le plus grand espace de leur lumière. Beaucoup d'entre eux se prétendent des artistes, des peintres, pourtant leur toiles sont déjà mortes avant même d'avoir pu exister, leurs touches de pinceau sur un fond de silence ou le bruit créatif se répercute sans fin, tandis qu'ils peignent à grand bruit d'obscurité et l'on peut sentir l'odeur de la terre de Sienne qui s'infiltre in fécondée dans l'entrebâillement du chevalet. Il y a quelque chose d'horrible de les entendre salir l'interlocuteur indésirable si naturellement et sans qu'ils se rendent véritablement bien compte de la lutte désespérée mais si enrichissante que se livre l'interlocuteur indésirable en silence. C'est devenu un destin commun d'éliminer l'autre, et on doit le savoir. Enfin, me voilà enfin vieux, vieux buvard sous mon adolescence encore toute rabougrie et ma plume d'enfance se contracte insensiblement, elle tressaille au rythme de mes lèvres et des vergetures de mon innocence.
12:33 Publié dans Mes écritudes | Lien permanent | Commentaires (14) | Envoyer cette note | Tags : détresse, fatigue, violence
13.10.2009
La fille qui avait mal
15:02 Publié dans Mes écritudes | Lien permanent | Commentaires (10) | Envoyer cette note | Tags : violence faite aux femmes, bourreaux, folie
05.10.2009
Se re-découvrir dans l'autre
08:47 Publié dans Mes écritudes | Lien permanent | Commentaires (3) | Envoyer cette note | Tags : mensonge, tuer, ignorance
29.09.2009
De la dispersion au suicide
17:16 Publié dans Mes écritudes | Lien permanent | Commentaires (20) | Envoyer cette note | Tags : mortt, dispersion, peur, dictature
16.09.2009
L'alcool de la détresse

13:59 Publié dans Mes écritudes | Lien permanent | Commentaires (5) | Envoyer cette note | Tags : alcool, mort, vivre
10.09.2009
La force de croire
13:55 Publié dans Mes écritudes | Lien permanent | Commentaires (26) | Envoyer cette note | Tags : croire, doute, mortt, vivre
03.09.2009
Mon corps est ma maison
17:49 Publié dans Mes écritudes | Lien permanent | Commentaires (6) | Envoyer cette note
22.08.2009
La soif du vivre
21:01 Publié dans Mes écritudes | Lien permanent | Commentaires (9) | Envoyer cette note | Tags : poésie
15.07.2009
La mort au bout de la corde
08:06 Publié dans Mes écritudes | Lien permanent | Commentaires (10) | Envoyer cette note
07.07.2009
Un homme d'exception, l'abbé Jouault
Quand l'abbé Jouault arriva chez moi le samedi soir, j'eus l'impression d'un grand chêne, son odeur boisée, musquée, alors entrait avec lui un air puissant tout parfumé de vivacité et qui sentait bon l'écorce, les racines, les bancs, les tables en bois vermoulus des salles du presbytère, la pierre de tuffeau humide de l'église et l'encens de messe. Il était vêtu ainsi de sa soutane et d'une large cape noire et sur sa tête un minuscule chapeau noir de forme octogonale. Il tenait fermement à la main une sacoche en cuir aux attaches métalliques brillantes, elle contenait les secrets de moi. Le Père Jouault était aussi maintenant assis à son aise que s'il avait fait partie de la famille et il nous parlait tout naturellement avec ce grand calme propre aux ecclésiastiques. L'abbé avait la gentillesse qui dure et un large sourire qu'on n'oublie pas. Son odeur continue à flotter en moi et le souvenir de sa voix aujourd'hui encore. Comme au travers d'un brouillard, je voyais les lèvres de l'abbé, celles de mes parents nourriciers s'articuler, je percevais une lueur d'humour dans leurs yeux et cette pose de politesse m'amusait beaucoup. Mon père nourricier, taquin comme à son habitude, souriait légèrement et acquiesçait d'un signe de tête approbateur, je savais qu'il éprouvait du respect pour cet homme dont il ne partageait pas complétement toutes les idées. Il fut convenu dès ce dimanche matin, j'irais au catéchisme, à la messe, j'entamais donc ainsi la première des quatre années d'études en vue de la communion solennelle. Le presbytère ressemblait à ces vieilles photographies jaunies et cette vaste demeure n'était plus à elle et son image vraiment se rattachait à hier, au passé. Les salles dépouillées des existences paraissaient abandonnées, chacune d'elles disposaient de bancs et de tables semblables à ceux de l'école publique. Les plafonds des salles s'affaissaient sous le poids des torchis, des toiles d'araignées pendaient en filaments le long des murs, les montants des fenêtres étaient disloqués et sur les tableaux d'affichages quelques gravures anciennes déchirées. Je ne crois pas que j'avais en mes heures de la veille imaginé cette possibilité d'un endroit si abandonné, j'étais fâché et confus d'autant que l'odeur de poussière m'incommodait fortement. Il y avait ici, la mère Téton et la mère Paul, deux braves femmes déjà très âgées, elles étaient en charge de la première année. Et je méditais dans cette salle, je contrôlais mentalement la distance entre mes petits camarades et moi, rien n'était étrange, avec une connaissance totale, conscient de chaque recoin, chaque courbe, ma pensée ondulait et tournait comme un serpent. Et soudain, je vis une clarté en moi, de celle qui m'avait toujours guidé au bout de ma volonté et une forme de raisonnement, un moment encore et ma lucidité était éclatante, mes doutes avaient disparu. Je répondais aux questions des deux femmes, il y avait quelque chose de stupéfiant, de presque choquant dans la presque soudaineté de leur étonnement. Ma pensée ne m'y avait pas préparé et elles me frappèrent avec leur visage tout abimé de honte et avec une profusion incroyable, ne laissant voir ni remords, ni compassion, rien que cette frustration. À l'église je fus anéanti par la vue de l'homme en croix, là encore je n'avais pas été préparé, je sentais une douleur au creux de l'estomac et des contractions nerveuses au fond de la gorge. Débordant des allée et des travées, une galerie de visages aux bouches ouvertes, aux regards hagards, non décidément je n'étais pas le témoin d'une vision et quelqu'un se détacha de cette oppression humaine, une personne persuasive dont les grands yeux lui faisaient une tête de maître d'école. Les jours passèrent et les deux années suivantes la mère Téton succombait de vie à trépas, exquise et sans défaut nous avait on dit. Mes pas résonnaient sur les dalles de l'église et les arcanes les renvoyaient en échos et j'étais mal à l'aise de causer tant de bruit, ce qui agaçait la mère Paul qui m'avait placé à ses côtés pour mieux me surveiller. A chaque fois la mère Paul m'attendait, les yeux fixés sur mon visage et je m'efforçais toujours de lui adresser un sourire qu'elle ne me rendait jamais, elle m'indiquait séance tenante ma place sous la statue de sainte Thérèse. Elle accentuait particulièrement cette pression comme pour insinuer que la condition où je me trouvais était inférieur à la sienne étant que j'étais un enfant de l'assistance publique, j'aurais bien voulu qu'elle s'en allât. Un dimanche durant la messe, sa haine jusque là sans voix et sourde s'anima étrangement et une couleur rouge monta à ses joues déjà enflammées. Ce changement physiologique était si soudain que j'en fus étonné, c'était comme si la hargne accumulée eût provoqué une libération destructrice au fond d'elle-même, ses yeux ne quittaient pas mon visage : Va au coin devant l'hôtel me dit-elle agressive ! J'étais à genoux devant les grilles de l'hôtel, l'abbé stoppait son homélie et baissait sa grosse tête vers moi et me dit : Alors monsieur Delaplace, ça n'a pas l'air d'aller ce matin, il m'enveloppait de son large sourire et à ma grande stupéfaction se dirigeait vers son micro et réprimandait vertement la mère Paul : Madame Paul ! laissez donc cet enfant tranquille une fois pour toutes ! J'étais sidéré de voir la mère Paul pleurer. Lorsque je croisais l'abbé Jouault dans la rue, il m'appelait toujours monsieur Delaplace : Bonjour monsieur Delaplace, comment allez vous ? Comme je m'en plaignais à ma mère nourricière de ce qu'il tutoyait tous mes camarades, elle me répondait : c'est que tu es un grand personnage va ! Un samedi après midi j'avais rendez vous seul au presbytère avec l'abbé Jouault pour la confession, j'avais non pas oublié la confession commune avec mes petits camarades du Catéchisme, mais bien profité de ne pas m'y rendre sous le prétexte que je n'avais rien à dire ou à dévoiler qui aurait pu me rendre détestable au yeux du Bon Dieu. J'entrais tout hardi dans la salle du presbytère où je fus reçu dans la salle de réception, l'abbé était assit à son bureau : Monsieur Delaplace, je vous présente ma mère ! Mère, je vous présente monsieur Delaplace ! Saviez vous Mère que cet enfant se prétend image de Dieu ? Et qu'il n'est rien puisque Dieu a créé le monde avec rien ! Comme j'allais pour l'embrasser, sa mère défit son châle et me dit l'index et le pouce sur mon menton : Dieu a surement des vues sur cet enfant, j'en ai entendu parlé de cet enfant fit-elle en me dévisageant. Mais de quoi avait-elle entendu parler de moi ! L'abbé resta en place jusqu'à ma communion. Je garde le souvenir content de cet homme bon qui m'avait baptisé et au moment de son départ, il m'invitait riant à poursuivre ma route avec assiduité envers l'adversité car pensait-il : Quand on a une vie comme la votre monsieur Delaplace, il existe toujours une volonté cachée du Père Éternel, ne l'oubliez pas et de temps en temps priez pour moi.
22:48 Publié dans Mes écritudes | Lien permanent | Commentaires (15) | Envoyer cette note
25.06.2009
J'ai rêvé l'homme sans visage
19:55 Publié dans Mes écritudes | Lien permanent | Commentaires (16) | Envoyer cette note
05.06.2009
Thérèse et le Dakota KN 500
L'air embaume la sueur des étables et les animaux de la ferme gesticulent, grognent d'une étrange manière, la pluie, la neige tombe épaisse et la nuit est sombre à la ferme près du château des Bondes. L'obscurité violacée entre chacun des bâtiments tombe rapidement et Thérèse traine dans la cour de la ferme à rêvasser les étoiles, elle voyage dans son subconscient, cela lui fait retrouver des odeurs enfouies d'avant guerre, des émotions contenues, elle est résolument gaie. La vie à la ferme est laborieuse, le travail ne manque pas et Thérèse alors âgée de 15 ans n'est pas la dernière à la tache, la prière et les longues méditations ponctuent chaque heure de ses dures journées. Depuis la fin de la guerre, Thérèse ressent l'ordre nouveau des choses, la rigueur du geste, sa conception du monde à les yeux de l'évidence, elle poursuit son évolution corps à corps avec les événements, ses inquiétudes, ses impatiences, sa foi lui paraît moins vaste qu'autrefois, cependant elle n'est plus aussi nue, la violence des dernières années l'a éprouvé avec cette impression que son âme est désormais plus mûre. Tandis que Thérèse donne à manger aux petits veaux, soudain un bruit venant du ciel, un bruit sourd dont l'écho impitoyable l'a renvoie aux années de guerre et instinctivement Thérèse en comprend toute la signification, ce bruit lancinant qui déchire le ciel c'est le bruit d'un moteur d'avion. Thérèse se retrouve face à la peur, le regard intérieur suspendu à la réalité du moment et pas un cri ne jaillit de sa poitrine, l'avion descend sa trajectoire trop vite au sol, il s'écrase dans un boucan infernal et la terre est en feu. Paralysée par la peur Thérèse prouve sa force et s'extrait de sa rigidité, l'avion explose, l'air dégage une telle odeur de cramé, un tel goût de moisi, les flammes peuvent atteindre plus de 5 mètres. Plusieurs minutes lourdes s'égrènent ainsi dans le doute et l'incompréhension, entre la matérialité de l'énigme, il lui faut vite résoudre ce qui décontenance si fortement son entendement. Thérèse est dans un état d'engourdissement puis d'inconscience et ce malaise se prolonge quelques minutes, un instant elle croit voir des silhouettes qui se profilent dans son esprit avec une acuité déconcertante et étonnante, il lui apparait maintenant qu'elle est l'unique témoin du crash d'un avion. Thérèse prend ses jambes à son cou, elle accomplit ainsi un déplacement effréné, elle se met à éprouver la curieuse sensation de s'enfoncer dans le sol, elle oblique de droite à gauche et le chemin qui mène à la ferme lui semble démesurément loin, elle marche si somnanbule que le froid de la nuit, seul est susceptible de rendre la réalité qui s'éloigne, disparait et revient et c'est toute essoufflée qu'elle raconte son incroyable aventure à son père qui part sur le champs dans l'espoir de trouver des survivants. Le lendemain à l'aube,Thérèse accompagne son père à l'endroit du crash et c'est une vision de cauchemard, d'enfer, la ferraille de la carlingue fume encore et l'odeur des chairs calcinées est incommodante, là à tel endroit des dents, des os, des membres déchiquetés et des morceaux entiers de chair sont accrochés aux branches des arbres, des boites à chaussures et des chaussures jonchent tout le périmètre. L'affaire fait grand bruit dans la petite commune de Téloché et de Ruaudin d'où dépendent le château des Bondes, les terres et les fermes environnantes et l'enquête est rapidement menée grâce à l'identification de l'appareil. Le Douglas C 47 B3 Dk immatriculé KN 500 de la Royale Air Force venant de la région du Proche Orient avait fait une escale à la base d'Istres pour rejoindre leurs familles en Angleterre et en survolant la ville du Mans, les aviateurs cherchaient à atterrir suite à une gigantesque tempête de neige et de pluie, la nuit survenue, la tempête de neige et la pluie ont désorienté l'avion qui s'est écrasé au niveau de la ligne électrique à très haute tension. Les restes de 11 malheureuses victimes et ceux incomplets d'une 12 ème victime ont été transférées sur l'hôpital du Mans, les dépouilles furent transportées au cimetière anglais du Grand Lucé où un hommage militaire et civil leur fut rendu. Pour que ce tragique accident et le sacrifice de ces héros ne tombe pas dans l'oubli, deux amis Claude Blondeau et Gérard Chartier en 2004, après quatre intenses années de recherche ont pu inviter les familles spécialement arrivées d'Angleterre où un vibrant hommage fut rendu et l'inauguration d'une stèle érigée en mémoire des onze aviateurs. 11 héros, officiers et sous officiers britanniques, ils étaient âgés de 22 à 31 ans, ils revenaient de la guerre victorieux rejoindre leurs familles, pour fêter leur retour, ils avaient embarqués des cadeaux, des chaussures pour leurs épouses et leurs proches. Le jour de l'inauguration du 4 février 1946, monsieur Maurice Croiseau, dans son émouvant discours avait dit : Nous plaignons les morts, nous plaignons leurs familles. Nous sommes en deuil avec leur pays, notre population fait le serment de toujours veiller sur leurs tombes. Nous sommes fier de rendre hommage à nos amis anglais. Un serment respecté jusqu'à nos jours. Soixante ans plus tard la stèle est dévoilée par monsieur R. Houdus, Maire de Téloché et monsieur A. Delafoy, Maire de Ruaudin, les sommités politiques de la région et de la France, quatre familles anglaises étaient présentes, dont madame Funelle âgée de 87 ans, veuve d'un des onze pilotes, monsieur John Thomas représentant l'ambassadeur d'Angleterre en France et parmi tous les invités de marque, une petite dame invitée d'honneur, très émue et très digne a participé aux cérémonies et a déposé une gerbe de rose rouge près de la stèle, la petite Thérèse l'unique témoin du drame, Thérèse Hellaux née Foin, nos amies comprennent maintenant la signification de son pseudo la fouine.
22:00 Publié dans Mes écritudes | Lien permanent | Commentaires (11) | Envoyer cette note | Tags : poésie
21.05.2009
Les mystères de la forêt
Un petit vent chaud me pousse hors du village et je marche lentement vers le tertre, tentant de suivre serein la route qui mène à la forêt. Le soleil orangé darde presque ses rayons lorsque j'arrive en haut du monticule. La forêt m'ouvre ses bras avec son amour de branches entrelacées et son corps qui sent bon toute la richesse de son étendue boisée m'enivre. Quel formidable contraste avec l'âpreté du village dont je sors à peine. J'entre dans les bois et un lourd murmure en émane comme la prière rituelle des feuillages, la forêt m'apparait soudainement comme un seul peuple victorieux et recueilli. L'odeur de la mousse et les parfums engageants, les couleurs les plus subtiles flottent dans les allées et les recoins et c'est un véritable plaisir pour moi de redécouvrir l'arbre dont se découpent les délices de l'âme dans l'odeur des raies du soleil et le bleu maternant du ciel. Mes deux yeux inquisiteurs dévorent l'air ambiant, découvrent l'intimité des jeunes pousses vivifiantes et d'autres si rebelles, parfois si dévastatrices, l'écorce n'est pas seulement le bandage sur la plaie, elle transforme jusqu'aux racines profondes l'existence, la nature même de toute cette végétation de la vie obscurcie par l'oubli et la mémoire. L'arbre pluriel est une articulation phonétique de l'univers et le son de sa sève est un monde ouvert, mystérieux, la prophétie des langages dans la terre de vie. Seuls quelques maitres arbres s'avancent en bordure de lisière, les pieds dans la mousse humide, se frayant un passage parmi le jaune ocre des raies chaudes du soleil. L'arbre diffuse en mon être sa tranquille fraicheur et j'entre vivant dans le bois, il y a comme un cri silencieux qui perce mon cœur, la lumière du soleil tout d'un coup devient blanche, elle enveloppe en écharpe l'âme des arbres et s'enfonce vivement dans leurs écorces, dans leur chair et en ressort par les feuilles ruisselantes de sueur et de chaleur. Je suis hébété par cette effusion d'amour et ma respiration intense, saccadée est la plus belle des promesses, la lumière me serre, m'enveloppe, me prend jusqu'aux racines lierres de tout mon être et mes deux branches d'une profondeur inouïe m'enlacent, il me faut longtemps pour me détacher de mes larges feuilles qui ruissellent toujours et de leurs nervures d'où s'échappe le tendre sourire des petits plis confus aux creux des nœuds de ma branche malade. Un vieil arbre me raconte l'esprit de la forêt né du grand silence des solitudes, du temps où les âmes étaient en dehors des écorces de chair, au paradis de l'arbre de vie où les âmes fusionnaient avec les âmes, au jour de gourmandise où elles mangèrent du fruit de l'arbre, au jour des différences où elles endossèrent le manteau des feuilles pour cacher leur nudité. Je porte là mon cœur avec simplicité vers des allées d'arbres aux branches blanches, elles se dissimulent à couvert dans la pénombre et c'est pour moi de les contempler une fraîcheur de pensée, leur vieillesse a la même couleur de bonté que la terre qui les portent et elles m'entrainent si loin avec cette force étrange qui m'attire vers elles, je suis là vivant sans me disperser, la main sur l'écorce de l'une d'elles et pétrissant de ma présence tout son être en proie à une émotion intense. Plus loin à même la mousse tendre et humide, des troncs malades, vermoulus d'où s'échappe une sève violacée et blanche, ils n'ont jamais même su se lever bien qu'un flot scintillant borde par endroit l'ensemble de leurs écorces. Ils sont là allongés depuis la nuit des temps , appuyés sur leurs branches malades, s'effritant dans l'éternité des déraisons, parfois ils me lancent un regard d'infini tendresse avec un large sourire vers mon visage qui d'une étrange pâleur en est tout ébranlé au point où la rosée perle au coin de mes paupières et tandis qu'au sol toute la force des feuilles mortes bouillonne à portée de ma pensée, elle fermentée et enivrée de plaisir. Je n'ose à peine respirer ou murmurer pour mieux recevoir les flots de lumière que les arbres déversent en mon cœur, je remarque l'écorce chatoyante de ceux qui s'enlacent entres eux et les autres arbres ne trouvent rien à en dire. La multiplicité des arbres, leur couleur, leur odeur ne m'interpelle pas et même si le soleil se décide à ne pas percer mes brumes rebelles, je suis sublimé par cette lumière car le maître du jardin est là. Plus loin au cœur même de la forêt des arbres prestigieux se croisent et s'enchevêtrent, se sont des spoliateurs, ils manient sereinement le langage de l'autorité, ils se vêtent des feuilles des petits arbres, des plus miséreux. À mesure que j'avance, je remarque beaucoup d'arbres, d'arbustes, de petites fleurs qui se coupent de leur racines, leur méditation forcée, orientée vers les idées de la créativité, mais l'épanouissement avec la forêt n'est plus, bien qu'ils soient toujours capables d'amour, leur parfum résiste encore à l'harmonie. Les arbres ont des voix particulières, rocailleuses pour certains, cristallines pour d'autres, j'aime les différences qui les animes car elles me font entrer de plein pied dans l'originel de leur nature, les âmes des arbres sont semblables et uniques. Quelques petites fleurs se sont cachées sous la terre, sous les feuilles des bois, elles brillent par un prodige qui m'interpelle et bien qu'elles soient dans la pénombre épaisse, leur parfum vient fouetter d'un petit vent agréable mes narines. Des ronces lierres cohabitent dans la forêt, parfois elles hurlent, elles parlent, agissent sournoisement et bien qu'elles soient dans une quasi obscurité leur âmes croisent les regards, elles échangent, leurs idées sont toujours soulevées par les vents chauds, certaine fois leur lumière décline, s'étend ou se désagrège. La forêt est une mélodie et l'on apprend beaucoup à méditer sa partition, c'est une sensation confuse que je ne peux expliquer comme les discordes qui jaillissent ici et là, cependant la forêt se laisse deviner à la seule condition d'y croire, de croire en sa poésie, de se fondre en elle et d'y féconder en amour.
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