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06.02.2010

Rétrospection de 15 jours


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J'aurais voulu

 

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Il est bon que je sois resté ici seul quelques jours. Il est vrai que je vis de manière constante dans votre familiarité, dans celle de votre blog, de votre être comme si c'était la chose la plus simple du monde. En écrivant ces lignes, j'ai conscience du poids de leur portée, mais comment parler de moi, de mon blog à qui il suffit de disparaître pour que l'incroyable vide de l'absence se produit en vous. Quelque mouvement bouge au fond de mon écritude, petit germe d'encre qui, de note en note, conserve l'empreinte de mes sentiments et où mon âme se dépouille de ses écorces. Vos blogs rayonnent toujours du même feu et j'en viens à découvrir votre présence dans le pli de ma terre, avons nous bien conscience alors de la richesse de ces instants d'intimité. Je lis chez vous des terres opprimées, labourées dans l'autorité indiscutable de la vie. L'absurdité demeure toujours à mes côtés jusque dans mes moindres haltes, pauvre mobilité d'épouvantail. L'absence doit-elle donc entraver inéluctablement la marche vers le bonheur. Mais votre présence m'est douce, et je ne puis longtemps vivre loin d'elle. Et puis il y a les écritudes vivaces, celle de l'insoumise, son ciel est étrangement doux, chargé des parfums de la révolte, ce lieu asservi est devenu désormais le mien. Il y a celui de Patounette, le blog de Fiona vibre sur les arpents de terre, chemin de marche à travers la recherche de la conviction. Celui de Mimi, clameur d'amour et cherche à étouffer la phrase qui se bouscule. D'autres blogs où la pénombre entre la page et le buvard est si épaisse, à peine repoussée par la plume qui laisse échapper de fines taches de désorientation. Et puis il y a tous les autres blogs, entassés les uns dans les autres dans les réseaux de résurrection plus ou moins souterrains que le vocabulaire a mis à votre disposition. Et puis il y a tous les autres blogs qui n'existent pas encore, celui de Naik, parce qu'il y a la souffrance qui lui interdit de se poser sur la page, simplement sa plume manque t-elle un peu de sève afin de supporter en avantage le poids de la douleur. Et puis il y a tous les autres, les autres comme c'est un vilain mot ! Ces autres dont nous ne partageons pas l'entièreté en chacun, promesse pour le futur tant la réponse me paraît évidente, écrire, lire pour se conjuguer, vers cette éternelle fécondité que le Maître du jardin nous enseigne et que nous ne savons pas encore tout à fait saisir. Saisir votre âme par ma main comme si je voulais la tirer du rêve, du cauchemars dans une de mes notes, petit rayon de lumière perçant l'ouverture. Et puis il y a ma mère nourricière dont les douleurs d'os et de muscles se plantent dans les miennes, je sais maintenant qu'une promesse en exalte une autre, vous verrez quand vous serez vieux ! Ma mère à l'âme sanguine, elle ne se plaint, ni ne plaint personne dans nos circonstances communes, je crois qu'elle prend la fuite dans la compréhension de sa destinée. Et puis il y a la tendinite de Bernard, il a ausculté mon ordinateur, il est mort l'ordinateur et c'est sans appel car là encore il n'y a aucune injustice de la matière sauf une application de lois subtiles qui met en évidence l'image de la mort omniprésente. Et puis il y a Abel Roy qui est malade, une grippe qui le tenaille depuis trop longtemps, Abel insuffle la vie dans ses pinceaux, lui sait pourquoi et comment insuffler la vie dans ses pinceaux, là sur la toile où réside la difficulté, là où ma poésie jaillit d'elle même de ma plume, mais ne parvient pas sur le chevalet où éclosent travesties mes images toutes habillées d'arrières pensées. Et puis il y a mon amie Élisabeth qui a fait un malaise hier, je vous souhaite un prompt rétablissement ma chère Élisabeth. Et puis il y a cette fâcheuse histoire de malhonnêteté des salaires pour les hommes qui nettoyant le camps militaire, en sont rémunérés au dessous du smic depuis une boite louche dont le siège social est en Allemagne. Et puis il y a ce temps exécrable, cette eau qui tombe sans discontinuer, on a besoin d'eau qu'ils disent, ça meuble la terre et la conversation. Et puis il y a la rumeur, la calomnie comme un murmure parcouru dans l'assemblée communale et en son sommet le silence chez lui, qui s'installe, ponctué de temps à autre par quelques raclements glaireux dus à l'haleine âcre des salives pestilentielles. Et puis ils y a ceux que je déteste ici chez nous, ils se reconnaitrons pauvres fous !

22.01.2010

L'homme aux Valdas


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C'était au tout début de l'année de mon passage au collège. Lui, il restait là debout planté, perdu dans cette immense rigolade dont il était la source, avec une sérieuse envie de pleurer. C'était la première humiliation infligée à un homme qui me fut donner de vivre cruellement. On l'appelait l'homme aux Valdas, il était tout étriqué, les cheveux hirsutes, le visage fuyant et son nom était monsieur Lechat. Je me rappelle encore, du haut de l'estrade, monsieur Lechat nous enjoignait à tour de rôle de nous lever, il vérifiait nos noms, nos prénoms et nos dates de naissance. Puis vint mon tour, je me levai pour répondre : Patrick Delaplace né le 7 aout 1959 à Paris ! Alors se fut une explosion de rire de toute la classe, naturellement tout ce petit monde me connaissait en mes questions rhétoriques et de franches réparties et de rigolades en tout genre, j'étais ce que l'on appelle un enfant clown. La nouvelle avait fait grand bruit, les enfants comme souvent devancent les adultes en bien des points, ce professeur puait de la gueule. J'en voulais à la vie d'avoir affligé à cet homme une étiquette aussi monstrueuse, oubliant sans doute en cet instant que l'intéressé lui même devait en souffrir. A chaque récréation, les enfants s'esclaffaient en des rires obscènes, les professeurs aussi riaient, sans doute pour ne pas laisser deviner leur ignorance se perdre. Pour autant que je me souvienne de son visage, monsieur Lechat ressemblait étrangement à Pierre Bachelet le chanteur, un long nez coulant toujours embarrassé par une rhinite chronique et deux lèvres babines qui épousaient une incroyable mâchoire et qui semblaient vouloir accepter la paternité de ce regard humain, fait d'intimité et de pudeur. C'était bien pratique la Valda, monsieur Lechat, la plaçait dans le coin de sa bouche et il la laissait fondre, il pensait à tort que les effluves d'eucalyptus trahiraient sa mauvaise haleine, mais il n'était qu'un pauvre diable emmuré dans l'hilarité insolite de tous ceux qu'il amusait par leur incongruité. Monsieur Lechat avait une voix douce, presque fluette, à peine avait-il franchi l'estrade à son bureau, il redevenait la risée de la classe. Le pauvre professeur courbait l'échine comme un homme que l'on tyrannise, avec cependant cette assurance surprenante qui émanait de lui comme une sincère sympathie, l'intimité de monsieur Lechat s'était éparpillée telles ces fleurs grainées sur lesquelles on souffle pour connaître notre destin. Lui, le sien de destin était tout tracé, il goûtait intensément les minutes de son métier, peut-être même qu'il se forçait à vivre prévoyant la riposte qui suivrait nos rires et notre insolence. Monsieur Lechat était de ces professeurs qui aimaient le contact avec l'élève et il était naturel de le rencontrer sur telle ou telle table à instruire, à éduquer avec cette passion qui travaille à plein régime. Un après midi j'approchais sans grande conviction ma page dont je m'efforçais à comprendre les hiéroglyphes et c'est là que je connu réellement monsieur Lechat. Il s'approcha de moi, s'assit sur le banc d'à côté, il avait un visage fin, plein d'eau de larmes, du moins très intéressant, la bouche sur le côté comme si elle n'avait pas de force, une bouche qui fuyait, j'aurais aimé la voir sourire. Cette bouche qui avait faim d'humanité et qui voulait s'offrir en partage de l'autre, se refusa et s'ouvrit sur moi. Alors tout changea, monsieur Lechat avait une haleine de sardine, de hareng saur, une épouvantable odeur à me ôter le souffle m'environna et bloqua ma respiration, je tombai dans les pommes. Quand je me remis, monsieur Lechat me regarda, les yeux un peu troubles, il caressa ma joue d'une main qui tremblait légèrement et murmura à mon oreille : Patrick ... Patrick ... vous allez bien ? Je fis comprendre à monsieur Lechat que nous n'étions pas responsables de nos maladies, de nos souffrances, ni même du nom qu'elles vous imposent. Vivre ou survivre exige que l'on doive suivre un long chemin sur soi même, parfois par les voies les plus tortueuses, car l'humain souvent odieux, oublieux de lui même s'absente toujours dans une mobilisation générale dans la comparaison avec autrui et autrui est notre frère, notre sœur. Je n'ai jamais oublié votre regard, votre visage heureux en cet instant d'échange monsieur Lechat, je crois bien que ce jour là vous vous êtes découvert en moi une véritable amitié.

19.01.2010

Tit Jules est parti

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Ma chère Isa,

 

Maman de Tit Jules

 

La douleur, la souffrance, la maladie, l'handicap, tout cet ensemble participe inévitablement au déroulement de la vie et chacun peut s'interroger, accepter ou être en colère. Pourquoi ? Nous ne pouvons répondre à ces questions véritablement qu'au travers du témoignage vécu. En effet le vécu est le résultat de chaque expérience. Tit jules a témoigné, éclairé d'une lumière nouvelle la condition de l'enfant, de l'homme dans ce qu'il y a de plus dramatique, l'altération du corps, de l'organisme et il a tenu mystérieusement caché sa douleur dans la véracité toujours de sa bonne humeur, car il ne se plaignait jamais. Tit Jules a apporté une contribution d'importance à la compréhension de la misère humaine, dans son interprétation, parce qu'il était un petit être animé d'énergies multiples et que la richesse de sa vibration a propulsé les uns et les autres sur un chemin de connaissance à la portée de l'humanité souffrante. Tit Jules a amené chacun à une plus grande conscience de son devenir. Après notre petite Fiona, notre Élisa, voici notre Tit Jules entré dans l'universalité.

 

Je salue sa famille, ses amis avec une profonde émotion et je leur prie d'agréer mes salutations les plus respectueusement attristées.

 

Pat ♫♫♫♥♥♥

16.01.2010

Tremblement de terre en Haïti

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Quand je m'éveillai ce mardi 12 janvier un peu après 6 heures, me levai et allai dans la cour, il y avait un fin voile de rosée comme du coton sur les toits de l'église et les maisons étaient enveloppées de brume blanche. Il y avait un petit vent vif, une fraicheur dans l'air et l'odeur de pain frais de la boulangerie Meunier. Debout à mon portail, regardant les gens où les conciliabules sortaient de bouche en bouche, les visages bleutés et fripés par le sommeil, j'écoutai en moi les événements de la nuit dans un lointain irréel. Le tremblement de terre en Haïti. Je retombai dans une profondeur inquiète et mouvante, mon imagination est d'une habilité déconcertante, douée à la fois pour le sprint et le marathon, je mets en scène l'horreur de la-bas dans laquelle chaque détail est fouillé comme un plan méticuleux de la pellicule, je pense à mon ami Éric, producteur au cinéma. La terre captive, dévoreuse d'hommes qu'on commence à craindre presque par hasard et dont on poursuit la digestion avec passion. Parce que l'homme sait réinventer le monde en nous prenant dans le socle de la charrue à l'intérieur d'une motte friable ou grasse, densité de la terre aux sillons multiples. L'homme d'argile nu devenu le captif de la terre. La terre condamnée à perpétuité, tourne lentement en rond sur elle même. De quoi la terre a t-elle été accusée, sinon de meurtre si horrible, personne n'a jamais vraiment su si elle était coupable, innocente ou baignant dans la folie. La terre depuis toujours s'est murée dans le silence, dissimulation ou amnésie, à l'écouter dans ses parfums, ses herbes, ses arbres, elle n'a l'air ni criminelle, ni démente et pourtant comment sont troublants ses cauchemars, ses rêves, ses hallucinations, ses chagrins et que signifient ses crises de rage, d'actes monstrueux, de colères indomptables. Dans l'océan, les vagues complices savourent déjà l'innommable. Elles surgissent à travers l'étendue d'eau salée, se gonflent, brillantes et lustrées comme un miroir. Durant cet instant unique où tueuses elles vont déferler, l'homme observe du coin de l'œil, il se rend compte qu'il n'y a pas de raison qu'elles soient là, il tend la main furtivement pour en toucher une. Elle a une texture sèche et il s'aperçoit qu'elle est en sable. La mer a des yeux d'un bleu lumineux, elle observe l'homme à la dérobée et jamais son regard ne croise celui de l'homme, elle reporte invariablement sa colère vers le port où les encres des bateaux se croient au dessus de leur modeste condition. Le tremblement de terre lève son visage, il est aussi doux qu'un orgasme et la mer le presse contre elle, tardive manie qui est aussi la notre du temps de la querelle ou du vivre ensemble. Et dans cette tuerie rudement glaciale, l'homme envie ceux qui ont trouvé un refuge sûr où accrocher leur âme. La mer et la terre ont fait claquer la colère sur l'île. La haine ancestrale s'abat comme une crise de nerfs, l'océan et la terre sont sujets à ces crises. Puis l'homme perd connaissance, s'évanouit; les membres désarticulés, brisés, arrachés aux corps, les cœurs s'arrêtent de battre. Il y a la nausée, des enfants se débattent dans tous les sens, il y a de la bave qui coule des bouches et des phrases incohérentes sont prononcées à qui peut encore écouter. Ici et là il se produit des hurlements, des pleurs, des rires, la nature s'est vêtue de pourpre et de rouge. La terre est une nature pleine d'entrain, elle a à la fois des manières bizarres, plaisantes et il se peut bien qu'elle est constituée d'un objet de jalousie ou de vengeance pour l'homme. L'homme qui charcute la terre, boit son sang continuellement, l'homme promoteur des actes terribles qui ont été commis. L'avidité de l'homme dans la personnalisation de l'océan et de la terre et qui a pu en arriver à incarner la mort que l'on essaye de leur imputer. Tout se passe en si peu de temps, sinon que la terre réprimande l'homme par un spectacle abominable, mais elle nous entend certainement puisqu'elle lève ses marées jointes pour implorer sa clémence. Demain est un autre jour, il y aura encore de la froidure, des rafales de pluies, puis les fleurs vont faner et l'homme sera éternellement abasourdit par ces changements. L'homme avec sa conscience lourde, il aura toujours l'air perturbé par le manque de compréhension, il porte en cette heure d'inquiétude le rôle indéfectible de la malheureuse victime.

07.01.2010

De son vrai visage


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C'est ici que sa bouche est terrible, c'est ici qu'elle est puissante. Les paroles innombrables qu'elle couvre de salive apparaissent comme les restes d'une rivière qu'elle a submergé avec ses délires et tous ses caprices. En ce moment, elle est calme, elle pousse avec sa langue une grasse et tranquille glaire. Les trainées d'eau d'yeux qui moirent ses joues transparentes révèlent seules les flots perfides, pourtant, le pli de la commissure des lèvres laisse deviner sa force. Ses crachats qui brisent jettent au visage leur rosée amère. Après chaque bouillonnement, sa langue, de nouveau découverte, répand avec un bruit d'eau, par toute sa trouée béante, des cascades désargentées. La parole fuit sa lèvre misérable, sa phrase hérissée de ratures et de virgules se courbe pour former sa colère. En l'instant, je vois luire comme un feu de verbe qui se déchire. Plus loin encore, son langage rougit à l'horizon, se confond avec la brume légère de son haleine. Ses phrases et ses mots se déguisent d'aspect douteux. Sa prose est tour à tour noire, bleue, verte, et la calomnie qui fait briller ses babines, est maintenant violette d'encre. Son vrai visage vient à grand coup d'air. Les dernières gouttes de sueur tombées de son regard s'éteignent en postillon. Un grand ricoché sur la rivière marque seul l'endroit où ses mots sont couchés. C'est à peine si je vois son langage de granit qui, dans le brouillard du jour, trace la malédiction des outragés. J'entends indistinctement, du jour et de la nuit, le bruit sourd de ses masticages que traverse imperceptiblement le cri de sa rédemption. Sa rédemption est d'une évidence mortelle, et tout ici, sa phrase, son mot et la pensée livide de son triste vocabulaire, tout me dit la désolation du vivre. Seul, son ciel où s'allume ses premières idées, a sur sa réflexion une douceur charmante, elle se croit. Elle se fabrique, son mensonge est léger et profond, souvent voilé par les bancs de brouillard qui viennent et se dressent en un instant, presque toujours couvert par ses hantises qui ressemblent à des rochers coupants et qui lui donne l'air d'une lame aiguisée pour la guerre. Elle laisse voir par sa transparence un rouge qui attire comme l'abime. Dès qu'elle a fini de se croire, sa voix tinte comme la cloche de son église, ses prières naïves s'élèvent dans les lointains de son espérance, se répondant l'une à l'autre. Ses prières naïves qui doivent chanter sa foi pour prouver au monde qu'elle ne dort pas, qu'elle veille au bon grain et à l'ivraie. L'on pourrait croire à sa symphonie, si nous répondions sur les mêmes notes trainantes, débilité de son solfège qui ne connait que le son déchirant de la sirène. Après son chant, sa voix est plate, sans vague et ses sonorités donnent une surface calme à la rivière, prolongeant le doute de l'écoute en sourdine comme si elle avait l'intention de se faire oublier. Sa bouche ne rendait qu'une sorte de susurrement, puis elle fondait de toutes parts dans l'air glacial, elle indiquait par des stalagmites des petits piquants d'écritude qui étaient ses pulsations, les tonalités de son enfermement. Elle était là à nous dire qu'elle nous portait en elle comme des syllabes se conjuguant en autant de négligence, imperceptible, elle était là en nous profonde et infinie comme si elle avait été à l'origine de l'océan et des marées. Ce qui me ravissait c'était son silence insolant, jamais troublé depuis le repos de sa rivière, ses vagues s'étaient figées là. Tout au plus un buvard devait elle imbiber ses impardonnables fautes, l'encre noire frapper sa page, le vent gémir dans sa plume, mais sa langue pâteuse ne s'élevait pour ainsi dire jamais dans le paradisiaque que j'aurais dû avoir devant moi. Le temps va passer, il me faut songer au retour est oublier, suivre de nouveau un autre poème qui m'hébergera, malgré les rivières sans vagues, croire en la lecture de l'autre et de ne pas risquer d'aller au hasard même si les mots sont comme des pierres qui se détachent du texte et qu'il faille souvent retirer les pierres qui comblent le dessus des rochers, les rochers bercés par nos marées inquiètes et nos orgueils démesurés.

03.01.2010

La re-naissance par le verbe


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Il y avait un beau silence, puis le noir craquait. Depuis longtemps, la peur était arrêtée dans la profondeur de son âme. Elle s'était piégée dans l'immaculée nuit nue, la mémoire brute enfoncée dans l'enfance, les idées dures contre le ciel, ses pensées épaissies de haine s'élargissant comme une bouffée d'haleine. Elle attendait. Elle ne savait plus ni rire, ni chanter, ni respirer pour que la vie la chatouille, ni rien. La gaité s'était retirée de ses journées trop fades, trop agrippées à hier, elle était descendue se cacher au profond de son moi intime. Elle restait là, enveloppée de brouillard à se gaver de substance imaginaire du plaisir. Alors ses lourdes pensées faisaient de terribles efforts, mais le regret montait toujours, petit à petit, de plus en plus dans la marge du jour. Un beau matin, la peur abaissa dans l'hiver son regard comme un miroir déformé. Il fallait d'abord suivre son visage, puis entrer dans le violet de ses yeux. On voyait tout de suite une flammèche dans son regard. Une lueur plus intense dans tout ce noir, comme l'âme de la lumière. La vie faisait des bonds et des rebonds, là au milieu, tout autour. Le vivre touchait son être, plongeait dans son être et recolorait sa peau. En absorbant tout entière son épaisseur on commençait au bout d'un moment à sourire, puis il y avait une petite joie et on arrivait au rire. Elle était émue jusqu'à l'étonnement. Il fallait se méfier, rester sur sa garde. Les idées venaient se souder à sa pensée sur le bord de l'envie, même du dégout. Elles étaient à peines plus fluides, plus collantes, un peu plus grises. On ne pouvait pas savoir ce qui était sa pensée, ce qui était ses idées, ce qui la portait, on avait l'impression d'un grand vide, une immobilité, une écriture faite de virgule comme une rature. On ne pouvait savoir que sous cette écritude, il y avait des générations tombées et puis à l'intérieur, des hommes, des femmes, des enfants, des vivants, des morts, des suicidés, des pendus, des mal pendus rembourrés du mot, des phrases à la calomnie, des bouches qui pétrissaient le verbe, des langages qui venaient voir la détresse au chagrin et des petites prières qui couraient dans le brouillard. On ne pouvait pas savoir. Si on voulait savoir, il fallait distinguer, regarder, féconder, il y avait dans l'ossature des traces du drame comme des petites épines de virgule, tant qu'on les voyait, c'étaient ses idées. À l'endroit où ça se modelait, c'était la glaise. Savoir si l'ossature était formée dans le geste. Savoir si, du mouvement l'idée capable de présence dans l'invisible, puis disparaître dans la moulure de son hier, savoir juste savoir ! L'écorchure, elle avait bien pu se lover dans une boule de glaire et puis gueuler tout son saoul à travers cet enchevêtrement de lettres pour aller aborder au delà, vers la parole. Qui pouvait savoir. C'est capable de tout la bouche ! Et puis les lèvres, le silence, plus rien d'espoir, plus rien de ce qui fait l'existence d'une femme avec son histoire. Est -ce que c'était ses vraies idées, dans le dialogue il y avait bien la griffe et puis la rature, et là où çà c'était écorché après le passage de la plume à côté de la marge rouge, il y avait la trace de la tache, oui ça semblait vraie son encre. Ça semble toujours heureux le rire, car la joie. La joie partagée où tout est éteint. La nuit est forcément morte pour être aussi noire comme un linceul. Et il doit y avoir de nouvelles idées qui naissent. Et pourquoi pas des mensonges, faits exprès pour la vérité, la phrase sans orthographe, la ligne discontinue et la nuit ne s'en irait pas dans le cosmos, la nuit est forcément morte, le cosmos est noir, pourquoi, le savez vous seulement ! Alors il faut bien observer, c'est que l'écritude doit s'ouvrir pour bien aérer la page et bien cachée pour qu'elle descende jusque dans vos entrailles chercher vos tripes et vos boyaux. Le temps de rire et de pleurer, d'exister. La vie est belle et le temps écoute. Aujourd'hui la nuit même a coloré son noir du bleu du jour, partout et en tout dans une même prière. La nuit vient de se regarder dans son miroir, elle s'est trouvée si vieille qu'elle se transforme en habitude du bleu du ciel, un petit morceau de ciel à partager dans la nuit enflammée d'une poésie.

28.12.2009

La fille de joie


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Quelquefois je la voyais éblouissante, soumise, résignée à l'humilité. Sous la chaleur rousse des tous derniers jours d'automne, l'une de ces femmes à l'âme pleine, infusée de cette sève qui remonte chaude dans les veines, le sang âcre de sa terre natale traine son flot lourd et rouge, ses caillots bleus et de boue. Ses interminables jambes bottées à la cuisse emplissent l'air d'une vibration musicale et son regard d'archet qui écrase le client envoute d'un sortilège ma lassitude qui m'entraine au delà même du vertige au confins de ma partition. Sa lointaine mémoire où vibre le vide, le rêve affleure en sourde amnésie, sa tristesse pleuvine laissant crever ses nuages répand l'imaginaire de quelques personnages mystérieux comme des fantômes dans la grisaille plombée des reflets douteux du bitume. Depuis longtemps, elle arpente son trottoir squelettique dont l'ombre est palpable, elle offre aux chiens une résistance morale, sa solitude où la misère puise dans la moelle de l'os sa secrète substance. Sa noble justification ne se distingue pas dans l'immobilité au caniveau, mais son geste d'usure toujours le même y est facilement élastique, l'âme insupportable s'accroche coriace au sac à main et du jour ou de la nuit s'incorpore spirituelle à son ombre faite du levain de la chair, du sang dans l'odeur séminale et repoussante de l'égout. Sa féminité élégante scande le rythme liée au goudron de tout son poids, elle laisse en mon âme une sorte d'épine, se mêle voluptueusement aux haleines cinglantes qui chuchotent le spéculatif dans le creux de son oreille. Quelle étrange géographie la sienne, un petit coin locatif sous la nuit de ses paupières, fécondité de l'autre dans son geste déferlant le plus intime de l'intimité d'un homme. Sa chair devient la chair de l'autre et prend corps dans la nuit du doute, c'est à travers sa chair féconde et le corps qu'elle entrevoit la confusion, qu'elle entend les évolutions de l'amour du sexe imposé et les mouvements furtifs de la jouissance dans l'opaque feuillage eucharistique de l'entendement. Tout frémit à travers cette opacité corporelle, les parfums eux-mêmes des allers et venues en fermentation, des odeurs exaltées de l'humus tiède y prennent je ne sais quel goût du plaisir sans en altérer la naturelle et câlinante douceur. Quelle étrange science la sienne, nulle lucidité en elle où pèse la nappe épaisse d'un brouillard qui sépare son irraisonnée clarté, devant l'air suffocant baigné de lumière, des ombres d'hommes glissent, virevoltent piégées dans la raie du réverbère, liées entre elles comme des sangsues qu'elle sont avec leur ourlet de bouche, mais ici on n'embrasse pas sur la bouche. Elle avait crispé ses mains sous les moiteurs de chair et en connaissait du bout des doigts toutes les crispations, les secousses et les palpitations et tous ces arbres d'hommes qui touchait le sien comme une jachère mélancolique, elle en savait tous les raisonnements, tous les éclatements. Elle avait apprit dans la répugnance le détachement de son âme à son corps, son double incorporel dans la meilleur part du prolongement de sa vie en l'autre. Or, aujourd'hui je la sens encore en moi, elle me traverse de son éternelle présence, je sens naitre en moi son rayonnement qui fait communiquer et éteindre les petites lampes de nos discutions intimes. Si elle profitait de l'achat de sa bouteille de lait, de sa vache kiri si rapide à tartiner sur son maigre morceau de baguette, je l'ignore et la question repose sans cesse en moi, que cachait elle en son volcan de laves épaisses, de cendres et de fumées noires, de fou rires qu'elle me conserve encore aujourd'hui ce feu dévorant qui m'enflamme sans cesse quand je crois le savoir éteint. Fallait-il donc que ma pensée demeure limpide en elle pour que son inquiétude mal définie banalise par l' introspection le silence et la vibration, au delà desquelles se perdent toutes les résonances de l'appel à la vie. Je comprends maintenant sa vérité jusqu'alors enfoui en moi, elle avait trouvé en moi ce qu'il n'y avait pas ailleurs, le rivage, l'escale du respect.

20.12.2009

Hommage à mon amie Elisa


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Derrière les palissades qui bloquaient ma vue, mon Élisa laissa son printemps venir accomplir son œuvre de résurrection. Les chagrins qui dévalaient les pentes de ma mémoire regagnèrent leur lit gonflé de vie et de parfum et son flot nourrit d'une force intarissable vibre encore dans ma poitrine. Les mots d'Élisa comme une promesse d'itinérance, chacun de mes membres, de mes organes, de mes os, mon âme, se remit en place sur le chemin dans un mouvement ordonné. Le son de ses mots était musical et je sentais comme une mélodie au bout de mes lèvres que je ne pouvais pas garder pour moi. Élisa avait appris à lire en moi et je sentais son souffle surgir en moi, je vis naître une symphonie, un élan d'amour intraduisible. Étrange sensation que celle de féconder l'autre en sachant découvrir le geste qui permet d'apposer le prolongement de notre force dans tout insaisissable et au dessus de laquelle le sentiment d'amour croît démesurément. Parfois je me retrouvai seul face à l'intraduisible et le malaise, l'incompréhension me poussait à un cheminement intérieur propre et je trainai mon fardeau solidement arrimé entre le ciel et la terre, ne sachant plus comment tenir mon existence, cherchant le remède pour panser mes plaies. La mort affamée, gourmande, mangeuse d'hommes, de moments, je ne l'ignorais pas et souvent le sol m'appelait et tout ce dont j'entrevoyais ressemblait plus à une errance qu'à une résistance. Les mots d'Élisa avaient la puissance d'une immense clarté aux contours de velours et la forêt épineuse devant moi s'adoucissait, je découvrais des étendues de petits arbrisseaux dans lesquels je me reconnaissais. Hier et maintenant fusionnant ensemble laissait apparaître une faune bourgeonnante parmi les cactus et les ronces et tout ce monde me ressemblait, j'avais l'impression soudaine de pouvoir embrasser du regard toute ma vie comme une totalité indivisible que je savais insérer dans le tout de mon existence. En franchissant ses portes où se côtoient les regards, la simplicité, la logique, le dépouillement, la bienveillance, j'y puisais la vigueur avec la sensation de plonger dans l'univers des émotions. Oui j'ai rencontré Élisa, il y avait une telle puissance dans sa voix intérieure, dans ses mots, dans ses yeux, il y avait tant d'émotion et de souffrance contenue derrière chacune de ses apparitions que je ne pouvais m'empêcher de fusionner en elle et elle en moi. J'étais un animal blessé et j'avais l'âme à fleur de peau et dès lors de nos entrevues tout ce décontractait comme par enchantement, je saisissais le sens de la vie et cela me dépassais mystérieusement. Chacune de nos entrevues plus j'avançais et il me semblait le connaître ton visage Élisa, ce visage qui tentait avec douceur de plonger en moi, les images déformées d'autrefois défilaient guéries dans ma mémoire et toutes mes inquiétudes s'estompaient capables d'ambition. Le visage d'Élisa j'en mesure encore aujourd'hui la réflexion, je me souviens ce mercredi où nous avions maîtrisé ta voix machine avec skype, ce fut un élargissement de notre horizon, nous avions apprécié ce merveilleux cadeau de la technologie et cette pensée m'étais venue que finalement nous n'avions pas l'air de malades et que nos corps n'étaient pas si délabrés. Ton étonnement fut immense comme un coup de tonnerre en toi mon amie et les larmes de joie se mêlèrent à ta voix machine et nous avons pu discuter des heures et cela te faisait rire. Aujourd'hui, ce n'est pas ta mort que je pleure, mais ton absence et c'est cela qui fait de toi quelque chose d'irremplaçable en moi, et ton absence je ne peux concevoir de me l'imposer, imposer ton aura par laquelle ta présence se manifeste en moi. Je ne veux pas penser à la mort comme une élaboration irrémédiable en nous, une élaboration de la volonté de densification de Dieu, je veux par la pensé être en toi et toi en moi, à la fois toujours subjugué et déterminé. Je continuerai toujours à me rendre dans tes écrits et je nourrirai mon esprit récalcitrant jusqu'à la confirmation de ma personnalité et je redirai sans cesse la vie est belle mon Élisa.

16.12.2009

Le co- peau du bois


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Des ruisselets de glaise rouge filtraient souvent dans les fissures de mon méristème et il en sortait des bouquets de doigts d'argile bleue qui empestaient l'air tout près d'une débauche de parole statufiée, quand il venait. Sa crasse, sa sueur, sa salive, son odeur, l'éthylisme en chaque geste m'embaumait, car j'étais résigné à succomber sous la lourdeur de la tache. Quelques figures d'eau suintaient de mes ramifications, lourdes et chargées comme pour se débarrasser de la pesanteur de la force enveloppante qui, dans la limpidité immobile et fluide planait, la main y restait invisible derrière les coulées de larmes. Ma mémoire, elle semblait pouvoir sécréter à la longue une noire monotonie et d'absorber mon souvenir joyeux où l'arbre à main frémissait du rameau qui se lovait si vite au feuillage et se nourrissait d'oubli à la racine d'un mamelon de lait au goût acide dans la mémoire ouverte d'un sein nu. Vivre, mais comment sur -vivre où le moindre accroc à l'innocence du feuillage était déjà responsable dans la manifestation insolite du geste de l'arbre à mains, à son doigté de ronces sanglant. Tout autour et alentour était une réelle explosion de prudence et de joie au gré de la retenue, mais c'est seulement en sentant mes écorces en extases que je me libérais de ma résine en chlorophylle qui étourdit. Le tout jeune rameau paré à la fête, se - pare, se - ré-pare, se - sé-pare, oh ! folie de mon enfance, fécondité plus pénétrante que la nouvelle racine qui vient de naître, mon hier comme autant de feuilles mortes est toujours un éternel présent et le temps manie la fourche bien mieux que moi. Non, non, les feuilles mortes ne se ramassent pas à la pelle, les miennes me sont adressées, à – dresser, elles doivent obéir à mes nervures où s' emprisonnent toutes les haleines modelées aux exigences, à la progressive pénétration de la sève, à l'éternelle croissance des retours. Ah ! le bois comme co -peau de l'homme en moi, de mon humanité, ce copeau prêt à prendre flamme au premier feu et dont la force essentielle consiste à sentir au plus profond de mon être, un sens à ma vie, ma croyance en un Dieu cloué réalisant sur le bois toutes mes virtualités croisées, ma réalité fanée, une nouvelle feuille de vulnérabilité cachant la nudité de ma mélancolie et pourtant la vie est belle et si riche de sens ...

09.12.2009

Elisa source d'inspiration


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Élisa est hospitalisée. Osons dire qu'il y a une alliance entre la maladie et le document humain. Il ne s'agit pas de dire la santé pour l'humain, la santé trop sûre d'elle même, mais du vivre à la recherche de soi et d'un point d'encrage et de reconnaissance du document humain quelque peu altéré sous l'écorce. Si nous sommes humains nous sommes malades, il y a l'handicap, quelque soit l'incohérence de la santé, une visibilité qui exige le respect pour le faible et le fort dans l'intuition de notre commune mortalité. Cette exigence de partage nous désigne membre d'une même fraternité, d'une même évidence et dont les fondements sont la démonstration d'une unique universalité. L'évidence de la santé n'en doutons pas résulte d'un subtil raisonnement venu de la lumière de la foi et de la science au service de l'humanité. L'acceptation de la santé passe non pas par une conversion, mais bien par une mutation de la conscience et chacun emprunte un sentier complexe fait d'éducation, de renonciation, d'acquisition, jusqu'à la conviction personnelle et responsable. La dégradation du document humain pouvant servir d'écluse à la bonne conscience ne doit contenir aucune soumission pouvant accorder à celui qui voit, l'obéissance en une quelconque capacité d'abaissement, mais dans le fonctionnement solide d'une espérance toujours renouvelée et non pas dans une circonspection déversée. La question n'est donc pas aujourd'hui de savoir si le manque de santé prend trop de place, mais de constater pour le bien portant, le malade, l'handicapé, la nécessité de se rencontrer sur un universel de la souffrance partagée. Nous ne sommes pas seulement le rédacteur en chef de notre document humain, nous publions chaque jour un éditorial pour stigmatiser les mauvaises consciences et de dénoncer la prétention d'imposture du silence à une santé médiocre. La lecture imparfaite de notre corps est un racisme intellectuel et le mot même de santé est une expression immorale et de censure dont les ramifications aboutissent toujours à un terrorisme culturel. Pour moi la plus claire, la plus forte expression qui n'ait jamais été écrite dans mon éditorial et l'acceptation totale de mon document humain, car elle pose le concept du principe même de ma liberté sans mutilation aucune sur toutes les autres libertés.

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